Les jeunes en pleine Obamania
Primaires. Le candidat a pour l’instant recueilli en moyenne 42 % des voix des 18-29 ans.
De notre correspondant à Washington PHILIPPE GRANGEREAU
QUOTIDIEN : jeudi 21 février 2008
Barack Obama a remis l’idéalisme à la mode. Jamais les jeunes Américains n’ont été autant mobilisés par un candidat démocrate. Mardi, dans les
primaires du Wisconsin, les trois quarts des 18-29 ans ont voté Obama, laissant seulement 26 % à Hillary Clinton. Et c’est presque partout la même chose. Dans la trentaine d’Etats qui ont
déjà voté dans les primaires démocrates, le sénateur noir a remporté, selon un sondage de la chaîne CNN, en moyenne 42 % des voix jeunes, contre 31 % pour Hillary Clinton.
L’Obamania est dans l’air du temps. Yes we can !, une vidéo musicale en noir et blanc créée par des artistes partisans à partir d’un des
discours du sénateur de l’Illinois, a été mise en ligne sur YouTube le 2 février : elle a déjà été vue 3,5 millions de fois. Des «clubs démocrates», pratiquement tous acquis au jeune
politicien (46 ans), ont été créés dans nombre d’établissement d’enseignement secondaire. Les réseaux Obama se sont tissés au fil des mois sur le Web. A travers tout le pays, des centaines
de groupes de discussion («Generation Obama» «Students for Obama», etc.) se sont formés grâce aux blogs rattachés au site Internet de campagne du candidat. Et même en dehors : un
groupe de discussion consacré à Obama sur le célèbre site Facebook vient de dépasser le million d’abonnés.
«Superhéros».
Malgré leur maigre porte-monnaie, beaucoup donnent 20, 30, voire 100 dollars (68 euros) via Internet à la campagne du candidat.
D’autres se transforment en fundraisers (leveurs de fonds) en faveur d’Obama. L’émulation est entretenue par un classement des meilleurs fundraisers, consultable sur le Web. En
janvier, Obama a ainsi moissonné 35 millions de dollars (24 millions d’euros), principalement chez les petits donateurs.
A Silver Spring, une ville du Maryland, l’équipe de campagne de Barack Obama a loué un demi-étage dans un immeuble de bureaux. Dans les pièces
moquettées, des dizaines de volontaires s’affairent au téléphone, à même le sol faute de meubles. Le plus jeune, Jeremiah Banks, qui achève sa dernière année de lycée, vient d’avoir 18 ans.
«Dans mon école, je ne connais personne qui vote républicain et mes copains, de 17 ans ou plus, sont tous, Blancs et Noirs, pour Obama… Et ils vont voter pour lui. Obama est un
superhéros qui peut arrêter la guerre», s’enthousiasme-t-il.
La loi permet aux jeunes de 17 ans de voter dans les primaires si tant est qu’ils auront 18 ans lors de la présidentielle du
4 novembre. «Il s’est d’emblée opposé à la guerre et on aurait dû l’écouter… Beaucoup de jeunes soldats ont été tués et blessés […] J’ai aussi choisi Obama à cause de sa race, parce que
c’est un Africain-américain éduqué… Peut-être que les choses changeront vraiment avec un président africain-américain», dit Banks, qui est noir. «Obama est tout simplement une
rock star. D’ailleurs, les stations de radio hip-hop militent spontanément pour lui», constate Christopher Wallas, un étudiant en sciences politiques de 19 ans qui habite chez une
copine dans la banlieue sud de Washington. Les deux livres du candidat (les Rêves de mon père et l’Audace de l’espoir) ont, selon lui, beaucoup contribué à le faire connaître
auprès des étudiants. «On voit que c’est quelqu’un qui a eu la vie dure et qui a dû surmonter plein d’obstacles pour arriver à façonner sa personnalité. Et ça, c’est quelque chose qui le rend
très proche de nous.»
«Blessures».
Wallas, qui trime pour payer ses études, a donné 100 dollars pour la campagne d’Obama. «J’aurais pu m’acheter un iPod, mais je n’ai pas
besoin d’un iPod. Je veux qu’on arrête cette guerre stupide [en Irak], je ne veux plus avoir honte d’être américain et avec lui, je suis sûr que mon argent n’ira pas engraisser les
lobbyistes.» Si Obama gagne la Maison Blanche prédit-il, «cela soulèvera un immense espoir, du simple fait qu’il sera un président noir. On le croit capable de cicatriser les vieilles
blessures comme l’esclavage, la ségrégation, l’appauvrissement des minorités, les inégalités sociales, l’environnement, la guerre d’Irak. L’attente sera donc immense, car les gens veulent une
sorte de New Deal. S’il ne parvient pas à tenir ses promesses, les désillusions risquent d’être dramatiques».
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