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Villiers: Les dénonciations en question
Par Jean-Pierre VERGES
LeJDD.fr
Une semaine après le vaste coup de filet, à grand renfort de caméras, à Villiers-le-Bel, suite aux émeutes qui avaient secoué la cité
francilienne en novembre dernier, l'heure est à l'interrogation. Le cas de certains accusés, dénoncés pour, à en croire les témoignages, s'en être directement pris aux forces de l'ordre,
pose en effet problème. Leurs soutiens crient à la délation.
Le 7 février, Adama, 27 ans, serrait la main de Christine Boutin au ministère du Logement et de la Ville. Avec un éducateur sportif et deux autres "grands
frères" de Villiers-le-Bel, ce Français d'origine sénégalaise était venu plaider la cause de cette cité du Val-d'Oise, où la mort de deux jeunes percutés par un véhicule de police avait
entraîné deux soirées d'émeutes. "Un rendez-vous très constructif, indique aujourd'hui Ephra Kazadi, l'un des participants. La ministre veut nous aider à promouvoir l'emploi
des jeunes issus des quartiers défavorisés." Vendredi, Adama a pourtant été mis en examen pour "tentative d'homicide volontaire sur agent de la force publique". Le débat sur
la mise en détention de cet homme marié, père de trois enfants, a été différé à mercredi. La justice le soupçonne d'avoir tiré des plombs et de la grenaille sur des CRS, dont certains
avaient été sérieusement blessés.
Juge de paix ou caïd?
A Villiers, la mise en cause de cet ancien médiateur, qui dirige avec sa femme une entreprise de sécurité, a surpris. "Ici, on connaît plus Adama que le
maire de la ville", assure Dida, un natif de la cité devenu champion du monde de boxe thaïe. "C'était une grande gueule qui se mêlait de tout. Il avait tendance à vouloir régler
les problèmes. Beaucoup le jalousaient." Si certains le voient comme un juge de paix, les policiers eux parlent d'un caïd de cité ayant eu maille à partir avec la justice. "De
nombreux témoignages concordent pour dire qu'il était le meneur des affrontements", confie un enquêteur.
Placé en détention provisoire, Adama clame pourtant son innocence. "Il a tout fait pour calmer les jeunes, plaide son défenseur, Me Sylvie
Noachovitch. Son passé le rattrape." L'avocate, qui a longtemps fréquenté le plateau de l'émission Sans aucun doute sur TF1, connaît bien son client qui soutenait sa candidature
UMP à l'élection municipale de Villiers-le-Bel... "Je souhaite que sa mise en cause n'ait rien à voir avec ce combat politique", espère Dida. Certains se demandent pourtant si la
proximité d'Adama avec le parti de la majorité ne lui aurait pas valu d'être "balancé".
Son frère Abou et trois autres personnes ont aussi été mises en examen dans ce volet de l'enquête. Hier après-midi, un nouveau suspect a été présenté au juge
d'instruction. Désigné par un indic'et présenté comme un habitué de la mosquée de Villiers-le-Bel, Maka est soupçonné d'avoir tiré au fusil de chasse sur les policiers. Comme pour les
treize autres personnes mises en examen - pour l'agression d'un commissaire de police après l'accident, le caillassage des policiers, les incendies de la bibliothèque et de l'école
maternelle -, les témoignages constituent le socle des investigations en l'absence d'ADN ou de preuves photographiques. Après l'appel à témoins lancé par la direction régionale de la
police judiciaire (DRPJ) de Versailles et la promesse d'une rétribution, certains ont voulu dénoncer les responsables de façon anonyme.
"Ils voulaient me faire avouer des choses que je n'avais pas faites"
"Certaines dénonciations ne sont pas assez précises, il y en avait quatre ou cinq vraiment exploitables", reconnaît un enquêteur. "C'est un
procédé contestable. Comment se défendre quand il ne peut pas y avoir de confrontations? On sait que les tireurs étaient cagoulés, comment ont-ils pu être reconnus?" s'interroge
Sylvie Noachovitch. Me Joseph Cohen-Sabban, qui défend Saïd, un chauffeur de taxi accusé d'avoir transporté de l'essence pour les incendiaires, envisage de contester le témoignage sous X
qui accuse son client. "Mais c'est une telle usine à gaz!", avoue-t-il.
"Moi, on m'a d'abord dit que j'avais été dénoncé puis que j'avais été filmé", affirme un jeune de Villiers qui a passé 24 heures en garde à vue et
qui veut garder l'anonymat. "En fait, ils voulaient me faire avouer des choses que je n'avais pas faites." "Grizzly", qui lui est ressorti libre après 40 heures de garde à vue,
se demande qui sont les deux personnes qui l'auraient vu frapper un policier alors qu'il était n'était pas à Villiers-le-Bel. Quant aux 7 400 euros retrouvés dans sa poche, dont la prise
avait été annoncée par la procureure de Pontoise, ils proviennent selon lui de la vente d'un véhicule...
Vendredi, la magistrate a annoncé que sur la quarantaine de personnes interpellées, dix-huit avaient été mises en examen et onze écrouées. Elle s'est
félicitée de la "réussite" de l'enquête, avant d'aller sabler le champagne avec ses collaborateurs. Hier, une cinquantaine de jeunes se sont réunis en silence à Villiers-le-Bel
pour dénoncer cette opération médiatico-policière. Sur l'une des affichettes placardées sur les murs, on pouvait lire cette interrogation: "La délation est-elle devenue une
preuve?"
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