actualité politique nationale et internationale
"Bruno Guigue, tu connais !?"
"ancien sous-préfet de Saintes, ville de la Charente-Maritime en France"
"tu fais bien de préciser parce que tout le monde sur Internet ne connais pas comme si la France est le nombril du monde !"
"que lui arrive-t-il à ce haut fonctionnaire de la non moins haute administration française ?"
"il est viré."
"viré... viré... au chômage ?"
"non, seulement rétrogradé"
"ah bon, ce n'est donc pas tout à fait grave, il est peut-être syndiqué"
"non... pas à ce niveau... un sous-préfet obéit et exécute point barre"
"pas le droit de réfléchir, de penser !?"
"peut-être de penser mais pas de réfléchir..."
"c'est quoi la différence ?"
"penser c'est exercer son esprit en combinant des idées, alors que réfléchir c'est penser mûrement et plus d'une fois à quelque chose"
"en somme, réfléchir c'est penser plus !"
"pas seulement... ça peut aussi signifier qu'on a un doute sur le sujet"
"oui, je vois... un sous-préfet n'a pas le droit de douter"
"pas du tout, sinon il risque de ne plus obéir et par conséquent ne plus exécuter..."
"comme Jean Moulin !"
"un peu... je ne connais pas le parcours de Bruno Guigue mais celui de Jean Moulin est éloquent et mérite qu'on s'attarde un petit peu..."
"allons-y alors !"
En 1922, Jean Moulin entre dans l'administration préfectorale, comme chef de cabinet du préfet de la Savoie, poste très
important pour son âge, sous la présidence d'Alexandre Millerand.
De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il est à l'époque le plus jeune sous-préfet de France, sous la présidence de Gaston Doumergue.
En 1930, il est sous-préfet de Châteaulin dans le Finistère. Il y fréquentera des poètes locaux comme Saint-Pol-Roux à Camaret et Max Jacob à Quimper.
En 1932, Pierre Cot homme politique radical-socialiste, le nomme chef adjoint de son cabinet aux Affaires étrangères en décembre 1932 sous la présidence de Paul Doumer.
En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement la fonction de chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air sous la présidence d'Albert Lebrun.
En 1934, il est sous-préfet de Montargis et secrétaire général de la préfecture de la Somme à Amiens.
En 1936, il est à nouveau nommé chef de cabinet au ministère de l'Air du Front populaire d'où il aide les résistants républicains espagnols anti-franquistes en leur envoyant des avions et des
pilotes.
En janvier 1937, il devient le plus jeune préfet de France d'Aveyron, à Rodez à l'âge de 38 ans.
En 1938, il est préfet de Charente.
"carrière prestigieuse... dis donc !"
En 1939, il est nommé préfet d'Eure-et-Loir à Chartres.
Sergent de réserve, il veut s'engager, mais l'administration l'oblige à conserver son poste de préfet d'où il s'emploie à assurer la sécurité de la population.
Il est arrêté en juin 1940 sous le Régime de Vichy par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs africains de l'Armée française d'avoir commis des atrocités envers des
civils à La Taye, un hameau près de Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombardements allemands. Maltraité et enfermé pour refus de complicité avec les Allemands, il tente de se
suicider en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Il évite la mort de peu et gardera à vie une cicatrice qu'il cachera sous une écharpe.
"il était enclin à réfléchir !"
En raison de ses idées républicaines marquées à gauche comme radical-socialiste et de son appartenance à la franc-maçonnerie, il est révoqué par le Régime de Vichy du maréchal Philippe Pétain le 2 novembre 1940 et placé en disponibilité.
"un peu comme ce qui arrive à Bruno Guigue"
Il s'installe dans sa maison familiale de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) d'où, à la suite de l'appel du 18 juin 1940 par le
général de Gaulle depuis Londres, il prend contact et entre dans la Résistance française.
En septembre 1941, il rejoint Londres en passant par l'Espagne et le Portugal, par ses propres moyens, sous le nom de Joseph Jean Mercier. Il est reçu par le général de Gaulle à qui il fait un
compte-rendu controversé de l'état de la Résistance en France et de ses besoins notamment financiers et en armement. Son compte-rendu donnera lieu à de nombreuses contestations de la part des
mouvements de résistance comme portant atteinte aux actions de renseignements au profit de l'armée anglaise, au financement et à la fourniture d'armes au profit de chacun d'entre eux
.
"il fait plus que douter... il désobéit, purement et simplement et fait le choix de résister à l'occupation !"
Misant sur l'intelligence et les capacités de Jean Moulin, le général de Gaulle le charge d'unifier les mouvements de
résistance et tous leurs différents services (propagande, renseignements, sabotage, entraide, etc.) sur le territoire français et notamment le plus important mouvement Combat dirigé par Henri
Frenay, afin d'en faire une armée secrète des forces françaises libres complètement placée sous ses ordres. Avec des ordres de mission, des moyens financiers et de communication directe avec le
général de Gaulle à Londres, il est parachuté dans les Alpilles dans la nuit du 1er janvier 1942 à 15 km de Saint-Andiol qu'il rejoint à pied. Il prend le pseudonyme évocateur de Rex dans la
Résistance.
Le 27 novembre 1942 est créé le Comité de coordination de Zone Sud à Collonges au Mont d'Or dans le but de coordonner avec la mouvance communiste les trois mouvements principaux de résistance de
la zone libre.
Jean Moulin et ses alliés communistes cherchent - non sans mal - à y être prépondérant sur les trois chefs Henri Frenay (Combat), Emmanuel d'Astier de La Vigerie (Libération-Sud) et Jean-Pierre
Lévy (Franc-Tireur).
Il utilise ensuite ses dons artistiques pour sa couverture de marchand d'art et ouvre la galerie d'art « Romanin » - pseudonyme d'artiste de Jean Moulin - au 22 rue de France à Nice. En février
1943, il retourne rendre compte de sa mission à Londres avec le général Delestraint, le chef de l'Armée Secrète communément choisi par les mouvements de résistance et par le général de Gaulle
pour uniquement diriger leurs actions militaires sous l'ordre direct de ce dernier.
Ceux-ci considèrent alors la reconnaissance du général de Gaulle et de son délégué unique Jean Moulin en tant que chefs politiques de la Résistance comme étant uniquement politique et donc
prématurée.
En février 1943, Jean Moulin retourne à Londres rendre compte de sa mission au général de Gaulle qui le décore de la Croix de la Libération et le nomme secrètement comme ministre membre du Comité
national français et seul représentant de ce Comité en métropole.
"de préfet, il devient même ministre !"
Il retourne en France le 21 mars 1943, sous le pseudonyme de Max, chargé de créer le CNR (Conseil national de la
Résistance), tâche complexe, car il reste toujours mal reconnu par les mouvements de résistance. La première réunion en séance plénière du CNR se tient à Paris, 48 rue du Four, le 27 mai
1943.
Il parvient non sans mal à se faire admettre en tant que chef du CNR qui réunit les chefs de tous les groupes de résistance française. Le CNR représente alors l'unité des forces militaires
secrètes françaises reconstituées aux yeux des alliés et la légitimité de la France et du général de Gaulle comme seul chef de cette armée et chef politique de la France.
Il favorise avec les mouvements communistes la création du grand maquis du Vercors également controversé par les mouvements de résistance [2]comme étant trop important et trop vulnérable pour
entreprendre efficacement des actions de guérilla. Ce maquis sera effectivement détruit par les forces nazies dans des conditions sanglantes début 1944.
Il est arrêté à la suite d'une dénonciation supposée le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire (Rhône), dans la banlieue de Lyon dans la maison du docteur Dugoujon, où se tenait une réunion avec les
principaux chefs de la Résistance. Après avoir été identifié et interrogé par le chef de la Gestapo Klaus Barbie au Fort Montluc de Lyon, il est transféré à la Gestapo de Paris où il est torturé.
Il meurt le 8 juillet 1943 aux environs de Metz, dans le train Paris-Berlin qui le conduisait en Allemagne pour être de nouveau interrogé.
"ça te bouche un trou !"
"oh oui ! .. au fait, à quoi a-t-il réfléchi l'ancien sous-préfet Bruno Guigue ?"
"à ce qui arrive en Palestine sous occupation..."
"ah d'accord"
Al Faraby
Mercredi, 26 mars 2008
Ps.
Dans une tribune publié le jeudi 13 mars 2008, M. Guigue estime notamment qu'Israël est "le seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles". Il ironise
également sur les "geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s'interrompt de torturer pendant Shabbat".
La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a été mise au courant du contenu de cette tribune et a immédiatement décidé de mettre fin aux fonctions de M. Guigue, a-t-on indiqué au ministère
de l'Intérieur.