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«J’ai honte pour mon pays»
Une ONG médicale organise des tournées pour soigner les 47 millions d’Américains non couverts.
Envoyé spécial à Oakdale (Tennessee) Philippe Grangereau QUOTIDIEN : mardi 22 avril 2008 Il est quatre heures du matin, et il pleut sur Oakdale. Nous sommes au cœur du Tennessee : un Etat où les gens ont l’accent traînant du sud, vont beaucoup à l’église, votent de préférence républicain et sont plus pauvres que la moyenne. Une lumière blafarde éclaire le porche de la petite école du village, sous lequel une centaine de silhouettes sont alignées devant l’entrée. Des hommes, des femmes, quelques enfants, des sacs de couchage, des amas de couvertures, des lits de camp, des chaises pliables. Certains dorment à même le sol, pour garder leur place, tandis que des membres de leur famille se reposent, à tour de rôle, dans la voiture rouillée sur le parking.
Gymnase. Remote Area medical (RAM), une ONG médicale américaine, effectue à Oakdale sa 538e mission, qui consiste ici à offrir gratuitement, pendant tout un week-end, des soins dentaires et des lunettes aux populations démunies d’assurance santé, ou bien aux personnes dont l’assurance ne couvre pas ce type de soins. Au Tennessee, même les personnes en situation précaire qui bénéficient de l’aide alimentaire (food stamps) et médicale (medicaid) n’y ont pas accès. Dans tous les Etats-Unis, 47 millions d’Américains vivent sans couverture santé, et des dizaines de millions d’autres ont des assurances précaires. Une situation qui s’aggrave avec la récession. Les portes s’ouvrent enfin pour laisser entrer les patients. Jerry Randall, un charpentier d’une cinquantaine d’années, est l’un des premiers. «J’ai perdu mon travail il y a deux mois, car avec la crise des subprimes, la construction est sinistrée. Ca fait quinze ans que je n’ai plus d’assurance santé et je crois que je ne pourrais jamais plus en avoir. Il y a deux semaines, je me suis brûlé les mains au deuxième degré, et j’ai dû me soigner tout seul, sans faire appel à un médecin… Tant qu’il n’y aura pas un système de santé universel aux Etats-Unis, il y aura de plus en plus de gens dans ma situation.» «Parfois, dit Edna Smith, une ouvrière au chômage de 47 ans qui est venue se faire arracher des dents, il faut que j’aille demander de l’aide à mon église pour payer mon assurance santé. Toute ma vie j’ai été indépendante, mais aujourd’hui tout se débine. Ma mère, diabétique, n’a pas pu prendre ses médicaments depuis trois semaines, faute d’argent. J’ai honte, pas pour moi tellement, mais j’ai honte pour mon pays. On est supposé être le pays le plus riche du monde et regardez ce qui ce passe. C’est indigne.»
«Camp de réfugiés». Les deux candidats démocrates aux présidentielles de novembre, Hillary Clinton et Barack Obama, promettent tous les deux de mettre en place un système de santé universel s’ils sont élus. Mais à entendre les médecins volontaires de la RAM, ce n’est pas pour demain. Même si l’un des deux candidats est élu «ça ne changera rien», pense Pamela Davis, une étudiante en médecine de l’université du Tennessee : «L’industrie médicale et pharmaceutique, l’industrie de l’assurance, tous ces lobbies opposés à la mise en œuvre d’un système de santé public sont si puissants dans ce pays que ce sont eux qui font la loi. Ils iront jusqu’au bout pour conserver leurs bénéfices.» http://www.liberation.fr/actualite/monde/322521.FR.php
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