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actualité politique nationale et internationale

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PARTI DEMOCRATE A L AMERICAINE

Réponse de Denis Colin à Jacques Antony

 

[DC] Oui je suis bien Denis Collin, le même qui a travaillé avec la NES dans les années 80 et beaucoup écrit dans « Données et arguments », le bulletin du « groupe Mélenchon » à l’époque. Pour compléter l’historique peut-être nécessaire ici, j’ai quitté le PS en 1991 car je pensais que la guerre du Golfe était une affaire majeure et qu’il fallait une rupture nette. Je me suis retrouvé en opposition avec Dray et Mélenchon l’année d’après sur la question de Maastricht. J’ai voté et fait campagne pour le « non ». Les bons camarades de la direction de SOS racisme et du groupe Dray m’ont reproché de « faire le jeu du FN » et je n’ai pu avoir aucune discussion avec Mélenchon sur ce sujet. Du reste, quand on n’est pas un « chef », il est difficile de discuter avec Jean-Luc dès lors que surgit un désaccord sérieux…

                       

J’ai donc rejoint Chevènement et le MDC jusqu’à la campagne de 2002, incluse. J’ai écrit plusieurs papiers pour essayer de comprendre les raisons de l’explosion en plein vol du MRC (il y en a des traces sur «  La Sociale  » (www.la-sociale.net ). Je suis revenu au PS en 2004 quand il m’a semblé que la prise de position de Fabius en faveur du « non » au TCE ouvrait à nouveau le jeu. Soit cette ouverture n’était qu’une illusion, soit nous avons mal agi, soit les deux à la fois. Mais force est de reconnaître que de l’appel au OUI contre les électeurs de gauche jusqu’à la nouvelle déclaration de principes, nous avons une nouvelle étape de l’évolution du PS et, loin d’être le moment d’une vraie réforme intérieure, c’est la confirmation du tournant radical du PS sur les traces de Blair, Schröder and Co, c’est-à-dire de la transformation d’un vieux parti « ouvrier » bien décati en « parti démocrate » du type américain.

 

Il faudrait écrire l’histoire de tout cette évolution, c’est-à-dire l’histoire des années 80 à aujourd’hui. Avec mon ami Jacques Cotta nous avons donné en 2001 une première contribution à cette histoire à travers L’illusion plurielle. Pourquoi la gauche n’est plus la gauche. (JC Lattès, 2001) J’ai eu l’espoir en 2004 que notre pronostic pessimiste de 2001 allait être fort heureusement invalidé. Je regrette sincèrement que nous ne nous soyons pas trompé.

 

Tu me demandes un recette. Je n’en ai pas. Mais je vais me permettre une comparaison. On peut réparer ou restaurer une vieille bicoque, mais encore faut-il que les murs soient bons, ou que la charpente tienne ou qu’elle ait quelque beauté vénérable à respecter. Mais si elle n’a rien de tout cela et qu’on veut construire un maison sur ce terrain, le mieux est de faire passer le bulldozer et de rebâtir sur des bases saines quelque chose de neuf. Je crois que nous en sommes-là. La social-démocratie s’est couvert de honte à toutes les occasions importantes depuis près d’un siècle. De 14 à la première guerre du Golfe en passant par les guerres coloniales. Donc ce n’est pas un monument historique à préserver. Elle pourrait être malgré tout le parti qui organise les ouvriers ou les prolétaires. Ce n’est pas le cas. Ses succès à Lyon et à Paris dans la « upper middle class » démontrent à l’envi qu’elle a déplacé son centre de gravité vers les classes dominantes mondialisées. Quant à l’appareil, il est entièrement verrouillé par des personnages falots, des minables genre Hollande, sans envergure, sans pensée, sans talent, sinon d’être de bons bureaucrates, des médiocrités éminentes sélectionnées selon les méthodes par lesquels les capitalistes sélectionnent leur petit personnel.

 

La solitude de Marc Dolez est emblématique. Il fut le seul socialiste à voter « non » à Versailles en 2005. Il se retrouve à nouveau tout seul. Voilà le vrai rapport de forces. Au lieu de parler des choses sérieuses JLM est occupé depuis plusieurs semaines à faire l’amuseur public sur cette affaire tibétaine montée de toutes pièces pour détourner l’attention. Évidemment ça évite de se prononcer sur ce qui est au centre des questions politiques aujourd’hui.

 

Je ne rejoins pas Besancenot, parce que cette opération est la énième opération du même genre et elle est vouée au même sort. Ces gens sont des boutiquiers, préoccupés uniquement de leur boutique. Besancenot est d’ailleurs fort soutenu par la presse et les médias dominants, car là aussi, c’est l’opposant idéal et pas dangereux du tout. Il est un produit du marketing politique. Si je fais le tour de ce qu’il y a en magasin, c’est partout la même chose.

 

Tu me demandes si rien n’a changé depuis la NES. Je te réponds « si ! beaucoup de choses » mais pour l’essentiel en pire. Mais je commence au moins à savoir ce qu’il ne faut pas faire et quelles sont les causes du marasme présent.

 

La première de ces causes est l’abandon de la réflexion théorique. Les gens de mon âge ont une longue histoire politique et ils sont les héritiers d’une longue histoire politique que nous avons été incapables de comprendre et d’analyser. Du fait qu’historiquement le communisme a été identifié au stalinisme ou au trotskysme, nous croyons que nous devons oublier d’où vient le communisme et de quoi il est porteur. Nous avons cherché à faire un nouveau réformisme à l’heure où le réformisme perdait toute base objective dans la réalité des rapports de forces et dans la conscience ouvrière. Nous tenons pour une sorte de modèle, le dernier qui nous reste, l’État keynésien et le salariat de « l’économie mixte ». Nous reconstruisons le passé en espérant qu’il reviendra et comme nous le rêvons. J’ai pas mal écrit sur ces sujets aussi. J’ai même écrit un livre, Revive la République (A. Colin, 2005) pour tenter de définir quelques perspectives nouvelles. Mais j’ai souvent l’impression d’être bien seul, au moins dans le milieu politique de la gauche socialiste.

 

La deuxième cause me semble être un certain genre de rapports politiques. La gauche est structurée autour de chefs qui sont des parrains. Je n’en fais pas la liste mais tu les connais tous. Tous ou presque sont foncièrement incapables de concevoir les rapports avec les militants qui les soutiennent sur le mode d’un rapport d’égal à égal. Et tous ces groupes, organisations, courants, fractions, sont soumis aux dernières élucubrations et dernières ambitions du chef. Les rapports à l’intérieur de ces groupes sont de type féodal. Et le plus souvent quand on n’est pas d’accord il ne reste qu’à se faire soi-même seigneur ou trouver un nouveau suzerain à qui prêter hommage. Ce n’est évidemment pas propre à la social-démocratie. Le trotskysme est mort de cela. Il nous faut un caudillo ! (entre nous, c’est peut-être cela qui explique le goût invétéré d’une certaine gauche française pour le modèle latino-américain du caudillo).

 

Je sais bien qu’on ne peut être spontanéiste. Il nous faut un prince (au sens de Machiavel). Mais d’une part aucun des chefs de la gauche (de gauche) n’a la vertu princière machiavélienne (pour comprendre ce que je veux dire, on se reportera à l’interview de JLM au club de la presse d’internet ou Schneidermann dit à JLM : « j’entends un brillant analyste politique. Mais faire de la politique, c’est prendre ses responsabilités » et suit une réponse de JLM qui vaut son pesant de cacahuètes et permet de comprendre ce qui va se passer). Et d’autre part, comme Gramsci le faisait déjà remarquer, le prince, c’était bien pour un monde encore féodal, aujourd’hui il faut un prince pour notre temps qui ne peut être qu’un organisme collectif (voir les pages de Gramsci que j’ai traduites sur http://denis-collin.viabloga.com )

 

Donc si on peut faire quelque chose sans trancher dans le vif des choix partisans ou organisationnels des uns ou des autres, c’est essayer de créer un organisme collectif de réflexion qui ne soit pas une machine de guerre pour les ambitions, au PS ou ailleurs, de tel ou tel. Un organisme collectif avec une réflexion collective capable de reprendre les choses à la racine, de confronter l’analyse théorique à la réalité empirique… On pourrait même, histoire de rire, appeler cela « Nouvelle école socialiste »…

 

Salut et fraternité

 

Denis COLLIN

http://denis-collin.viabloga.com

 

 

 

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