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Par FISCHER
Italie: Berlusconi fait adopter un projet de loi lui assurant l'immunité
ROME (AFP)
Silvio Berlusconi a fait adopter vendredi par son gouvernement un projet de loi sur l'immunité pénale des quatre plus hautes charges de l'Etat, soulevant l'indignation d'une partie de
l'opposition qui l'accuse de chercher pour lui-même "l'impunité" face aux juges.
Ce projet de loi prévoit "la suspension temporaire" des procédures judiciaires contre le président de la République, les présidents du Sénat et de la Chambre des députés ainsi que le chef du
gouvernement. Cette suspension, dont la durée est égale à la durée du mandat, entraîne aussi une suspension des délais de prescription.
Le projet, qui doit encore être adopté par le Parlement avant d'entrer en vigueur, en principe au plus tard en septembre, prévoit aussi que l'accusé puisse renoncer à l'immunité s'il le
souhaite.
L'objectif de cette loi est de protéger "le déroulement serein des fonctions des plus hautes charges de l'Etat", a expliqué le ministre de la Justice, Angelino Alfano, dans son introduction.
Silvio Berlusconi est "contraint de gouverner sous les attaques constantes des juges", avait dénoncé mardi son avocat, Niccolo Ghedini, également député du Parti des Libertés (PDL), le mouvement
du chef du gouvernement. "Du 1er au 18 juillet 2008 il est convoqué à 8 reprises par la justice", ce qui ne lui permet pas de se concentrer sur le gouvernement du pays, a ajouté Me Ghedini. "Il
n'en peut plus de cette situation. Lui aussi a droit à une année sabbatique", a estimé l'avocat.
"Nous nous opposerons à la demande d'immunité et d'impunité pour les plus hautes charges de l'Etat", a annoncé immédiatement l'ancien juge-vedette des procès anti-corruption, Antonio Di Pietro,
également chef du petit parti Italie des valeurs (IDV). Le chef du principal parti d'opposition Walter Veltroni avait dénoncé mercredi "la grande précipitation" de Silvio Berlusconi dans le
domaine de la justice, sans commenter précisément le projet de loi sur l'immunité.
M. Berlusconi a déjà fait adopter par son gouvernement un projet de loi, voté par le Sénat et en cours de discussion à la chambre basse, visant à suspendre des dizaines de milliers de procès pour
donner la priorité aux affaires les plus graves, passibles de plus de 10 ans de prison. Parmi les procès concernés par la suspension figure celui en cours à Milan (nord de l'Italie) contre M.
Berlusconi et son ex-avocat britannique David Mills.
Le chef du gouvernement italien est accusé d'avoir versé à M. Mills 600.000 dollars en échange de faux témoignages en sa faveur devant la justice italienne lors de deux procès remontant à la fin
des années 90. M. Berlusconi, propriétaire de l'empire médiatique Mediaset, est aussi poursuivi pour corruption par le parquet de Naples (sud) qui enquête sur ses relations avec un dirigeant de
la télévision publique Rai.
Sur les quatre plus hauts responsables de l'Etat, M. Berlusconi est le seul à avoir des problèmes avec la justice de son pays.
Il y a deux jours, il s'était fait siffler et huer lors d'un discours devant des entrepreneurs du commerce quand il avait qualifié les "juges et procureurs politisés" de "métastase de la
démocratie".
Le chef du gouvernement, dont les relations avec la justice de son pays sont notoirement mauvaises, accuse la gauche de chercher à l'éliminer de la scène politique avec l'aide de ce qu'il appelle
les "juges rouges" parce qu'elle ne réussit pas à le faire par les urnes.
M. Berlusconi "a une obsession: les magistrats. Et une passion: les avocats. Naturellement les premiers sont contre lui, les seconds, il les fait élire au Parlement", écrivait en début de semaine
l'influent hebdomadaire catholique Famiglia Cristiana qui ne peut pas être qualifié de gauche.
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