Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

actualité politique nationale et internationale

Publicité

LE DIX HUIT BRUMAIRE DE LOUIS NAPOLEON BONAPARTE

 

 

Un peu d’histoire : la fin de la IIème République et l’avènement du Second Empire (1848-1852)

 

Ceci est un texte purement historique ; toute ressemblance avec des hommes politiques existants ou ayant existé serait purement fortuite.

 

Louis-Napoléon Bonaparte, né avec une cuillère en or dans la bouche, neveu d’un grand homme politique, pourtant immigré corse, semblait devenir pour la bourgeoisie bien-pensante l’homme de la situation pour remédier au péril rouge agité par les « démoc-soc » et les « partageux ». Lors des journées de Juin 1848 qui virent la répression d’une révolte ouvrière, une bourgeoise inquiète s’écria du haut d’une fenêtre : « Louis-Napoléon, on a assez de toute cette vermine. Faites quelque chose, je vous en prie ! ». Louis-Napoléon Bonaparte s’écria : « Madame, vous êtes exaspérée toute cette vermine. Et bien une fois au pouvoir, on va vous en débarrasser ». Louis-Napoléon Bonaparte sillonna les rues de Paris à cheval en compagnie d’Emile Ollivier et de Haussmann. Il murmura à Haussmann : « Il faut nettoyer Paris de fond en comble pour expulser cette vermine. Pour mener à bien cette mission, il faut réaliser des travaux de grande envergure pour faire de Paris une ville magnifique et sûre. » Effectivement, la révolte ouvrière (Oh, pardon, le bouillonnement de la canaille !) a été noyée dans le sang. D’ailleurs, Louis-Napoléon Bonaparte pouvait se permettre d’injurier le peuple étant donné qu’il était escorté par ses 20 000 soldats, infanterie et cavalerie comprises.

 

Louis-Napoléon Bonaparte se présenta comme l’homme de la situation dans le sillage de la République de l’Ordre. L’exécutif est de plus en plus important avec un président élu pour quatre ans au suffrage universel qui nomme et révoque les ministres. En plus, le législatif ne contrôle pas l’exécutif.

 

Les élections présidentielles du 10 décembre 1848 virent le triomphe de Louis-Napoléon Bonaparte avec 74 % des voix contre 19 % de pour Cavaignac (républicain conservateur), 5 % pour Ledru-Rollin, 0,1 % pour Raspail et Lamartine. Comment Louis-Napoléon Bonaparte a-t-il gagné les élections présidentielles ?

 

En fait,Cavaignac promettait un rétablissement de l’ordre (« encadrement de la vermine par l’armée ») mais un ordre juste (des idées vagues que personne ne comprenait).

 

N’oublions pas que Louis-Napoléon Bonaparte s’était présenté comme l’homme de la situation au-dessus de toutes les idéologies. N’oublions pas qu’une bonne partie de l’opinion française était hostile à l’impôt des 45 centimes (levé par la République pour financer les Ateliers nationaux) et aux partageux. Selon beaucoup de Français, les partageux représentaient une idéologie dépassée et abstraite (liberté, égalité, fraternité) issue d’une époque considérée comme révolue (« la Révolution française de 1789 : allons donc, cette génération s’éteint, c’était du temps de grand-papa. Les Français ont retrouvé la raison. ») et dangereuse (« les 45 centimes vont mettre à terre notre économie »). Louis-Napoléon Bonaparte déclara : « La France est à réformer de toute urgence et il faut en finir avec l’idéologie de 1789 et surtout celle des partageux »).

 

Une campagne de dénigrement systématique fut organisée contre les partageux, malmenés tous les jours dans les journaux officiels (les autres furent été interdits).

 

Dès son serment sur la Constitution le 20 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte entendit bien détourner cette dernière pour s’arroger la totalité du pouvoir. Le gouvernement eut pour premier objectif d’affaiblir les républicains. En mars 1849, les chefs de file socialistes (François Vincent Raspail, Auguste Blanqui, Armand Barbès, qui avaient le tort de penser qu’une autre France était possible) furent arrêtés et condamnés à perpétuité pour avoir mené le soulèvement du 15 mai 1848.

 

Les élections du 13 mai 1849 confirmèrent le retour du parti de l’Ordre qui regroupait en un front commun tous les adversaires des républicains, modérés ou non. Associés dans l’Union électorale, bonapartistes, catholiques, légitimistes et orléanistes arrachent le pouvoir aux hommes de 1848. Les royalistes (légitimistes et orléanistes) n’étaient plus diabolisés contrairement aux débuts de la Deuxième République et Louis-Napoléon Bonaparte souligna bien qu’ils partagent des valeurs communes avec les bonapartistes. Au cours d’une réception, quelques invités (et surtout des invitées !) lui demandèrent quelles étaient ses intentions. Louis-Napoléon Bonaparte les rassura ainsi : « Je ne songe pas à devenir empereur, pas même en me taillant la barbiche. »

 

Le 15 mars 1850, Louis-Napoléon Bonaparte publia une Lettre ouverte à tous les instituteurs et professeurs invitant les enseignants à renoncer aux valeurs de la République et de 1789 mais surtout de renouer avec Dieu et rien d’autre car, selon ses dires, « un instituteur ne peut remplacer un curé ». La loi Falloux plaça l’université sous le contrôle concordataire de l’Etat et de l’Eglise et donna le droit à cette dernière de créer des « universités libres ». Louis-Napoléon Bonaparte était globalement pour l’école libre et entendait la défendre contre la rigidité républicaine et laïque des Lumières.

 

Sur le plan de l’enseignement, Louis-Napoléon Bonaparte encouragea la diffusion de l’ouvrage Le livre noir de la République, livre d’histoire sans concession sur les « atrocités commises par les jacobins de 1793 à 1795 partout ils se trouvaient ».

 

L’auteur de ce livre, l’abbé Stéphanulus,  ancien jacobin repenti, considérait les jacobins comme des buveurs de sang et souligna impérativement qu’il faut se méfier des régimes qui veulent le bien. Le mot républicain devenait imprononçable. L’abbé Stéphanulus sillonna toute la France vêtu de sa robe blanche, muni de son gong ainsi que d’un exemplaire de son livre et hurla « Le livre noir de la République. Repentez-vous ! Repentez-vous, misérables ! ». Même les analphabètes avaient vent de ces idées nouvelles émises par Louis-Napoléon Bonaparte (régulièrement, on entendait « Avis à la population ! »). Louis-Napoléon Bonaparte entendait liquider l’héritage de 1789 et surtout celui de 1848.

 

Le débat politique n’opposait plus que les orléanistes partisans de l’Ordre et les thuriféraires de Louis-Napoléon Bonaparte. Les républicains partageux avaient disparu et les gens bien-pensants (grands-bourgeois, petit-bourgeois) n’en avaient que faire de ces ringards anachroniques.

 

L’étape suivante était le coup d’Etat. Il choisit mûrement la date : le 2 décembre 1851 en référence à la date du couronnement de son oncle en 1804 et de la victoire d’Austerlitz (1805). Louis-Napoléon Bonaparte chercha à capitaliser les sympathies à partir de la légende napoléonienne pour apparaître comme l’homme du recours, légitimé par ses racines et son vœu de rétablissement de l’ordre. Auprès des ouvriers, Louis-Napoléon Bonaparte leur rappela qu’il ne pouvait oublier « ceux qui se lèvent tôt ». Victor Hugo écrivit alors : « Comment est-il possible qu’on puisse miroiter aux gens du peuple qui souffrent l’idée du suffrage universel et en même temps les traiter de vermine ? » Mais Louis-Napoléon Bonaparte considéra Victor Hugo comme un « mouton dans la baignoire » Ce dernier s’exila à Jersey.

 

La stratégie napoléonienne se nourrit de deux mamelles : la démagogie et l’intimidation. Côté démagogie, il y fait imprimer des affiches annonçant la dissolution de l’Assemblée législative (déjà fantoche). Côté intimidation, il fit arrêter les éventuels opposants (Adolphe Thiers, Cavaignac, Changarnier).

 

L’épuisante séance nocturne des 2-3 décembre 1851 aboutit au vote de la déchéance de l’empereur à l’unanimité mais sacrilège, ils osèrent s’opposer à la majorité des Français. Louis-Napoléon Bonaparte s’en chargea immédiatement : l’armée mitraille les badauds soupçonnés de bienveillance envers les insurgés.

 

La Constitution promulguée le 14 janvier 1852 le fit « prince-président » élu pour dix, rééligible, disposant de toute l’autorité exécutive et d’un fort pouvoir législatif.

 

Durant cette période, Louis-Napoléon Bonaparte cherchait en outre un biais pour relancer l’activité industrielle et financière. Il s’entourait de riches entrepreneurs et banquiers, valorise le goût du risque. Des hommes d’affaires comme les Pereire, les Rothschild et les Schneider se lancent dans de grandes aventures qui permirent le redressement de la Bourse et la reprise du crédit à l’investissement. Louis-Napoléon Bonaparte est allé chercher la croissance.

 

La population, dont les manifestations d’opposition furent rares et surveillées jusqu’à la manie fut soumise à une propagande qui, outre les journaux impériaux publiés dans tous les départements, utilisait les placards, les brochures. On célébrait le retour à l’Ordre, la fin du règne des politiciens bavards imbus d’idéologie, on dénonçait les privilèges des intellectuels républicains et on valorisait le courage des grands industriels qui firent les réformes douloureuses nécessaires pour moderniser la France, sous la houlette de l’empereur. Napoléon III entendait aussi faire rêver le peuple. Son mariage d’amour avec Eugénie de Montijo (29-30 janvier 1853) fit rêver des millions de Français (« tellement elle est belle parce qu’elle est princesse »). Le couple impérial voyagea partout. Les journaux impériaux n’avaient de cesse de parler des faits et gestes (publics) du couple qui firent des dépenses somptueuses pour leur mariage qui coûtèrent des millions de francs à l’Etat.

 

Evidemment, certains voyages ne se terminèrent pas toujours bien. Dans un village, un hobereau déclara à Louis-Napoléon Bonaparte : « Je ne vous sers pas la main ; vous me souillez. » Louis-Napoléon Bonaparte, incapable de supporter la moindre réflexion, sortit de ses gonds et rétorqua : « Alors, hors de ma vue, misérable ! » Le hobereau fut aussitôt arrêté et on n’entendit plus jamais parler de lui.

 

Envers les ouvriers, Louis-Napoléon Bonaparte supprima la maigre législation sociale à leur égard et modernisa en profondeur le marché du travail en s’efforçant de réconcilier les ouvriers avec l’argent.

 

Le 29 septembre 1852, Louis-Napoléon Bonaparte prononça un discours-clé : « Aujourd’hui la France m’entoure de ses sympathies, parce que je ne suis pas de la famille des idéologues. Pour faire le bien du pays, il n’est pas besoin d’appliquer des nouveaux systèmes ; mais de donner, avant tout, confiance dans le présent, sécurité dans l’avenir. Voilà pourquoi la France semble vouloir revenir à l’Empire […]. L’Empire, c’est la paix […] car la France la désire, et lorsque la France est satisfaite, le monde est tranquille. Avec l’Empire, tout deviendra possible. » Le 20 novembre, le plébiscite proposant le retour à l’Empire donna 7,8 millions de « oui ». Ainsi la IIème République mourut et naquit le Second Empire.

 

Voilà comment la République devint le Second Empire avec une dénaturation de ses institutions puis ensuite une disparition pure et simple sous couvert de modernité.

 

Auteur : Christophe Perrier, L’agonie de la IIème République.

Objectif de la thèse : étudier le passé pour mieux comprendre le présent

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article