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actualité politique nationale et internationale

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CLAUDE KARNOOUH CONTRE LA CRISE

 

La crise économique de 2008 ou le spectacle des derniers hommes…

« La myopie en histoire est révélée quand on est confronté au présent »
Remo Guidieri dans une correspondance privée le 15 octobre 2008

La crise économique apparue au mois d’août 2007 et qui explose au début de l’automne 2008, successivement crise financière, puis présentement industrielle, traduit deux moments de la même dysfonction et, à la surprise générale, le retour d’un refoulé, voire d’un censuré par tous les gouvernements occidentaux libéraux depuis au moins un quart de siècle, celui de l’économique politique keynésienne. À l’évidence, l’origine apparente de cette crise est le résultat d’une action certes légale en raison de la dérégulation généralisée du commerce de l’argent aux États-Unis, mais hautement immorale, les subprimes (prêts à hauts risques en français). De quoi s’agissait-il ? Il s’agissait de prêter de l’argent, sans autre garantie qu’une hypothèque immobilière, à des gens aux revenus faibles et fragiles. Le résultat est simple, d’abord un surendettement dangereux, puis, très vite, la paupérisation, surtout si le marché du travail faiblit, enfin des expulsions et le retour à la grande précarité des sans-abri.

Au départ le modèle reproduit la politique du profit « à tout prix » imposée par les pays riches aux pays à peine décolonisés : endettement maximum par prêt de capitaux à intérêts variables pour ceux-ci, et rente perpétuelle financée par les intérêts pour ceux-là. Les banquiers étasuniens transposèrent ce modèle d’enchaînement des États à la dette à l’économie domestique de familles très modestes souhaitant (et pourquoi les en blâmer) accéder à la propriété immobilière. Mais, pour ce faire, il fallut imposer au pouvoir politique une dérégulation générale de l’accès au crédit dans le cadre d’une théorie-propagande vantant la sagesse infaillible de la main invisible du libre marché des capitaux… Aussi tant que la croissance économique s’autoalimentait sans accros notables, fondée sur la demande de logements en hausse constante et sur les mises en chantier de logements nouveaux toujours plus nombreuses, constatait-on une augmentation vertigineuse du prix de l’immobilier. C’est pourquoi l’affaire semblait très prometteuse, une source de profits juteux ascendants, sans plus de limites… Les prêts étaient garantis par les hypothèques sur des logements dont les prix s’élevaient de jour en jour, ce qui permit aux banques à proposer encore et encore de nouveaux crédits à des gens déjà lourdement endettés, mais assurés d’une couverture financière « sûre » du fait que leur « bien » immobilier croissait en valeur ajoutée…

Mais au bout d’une dizaine d’années la surproduction de logements neufs, et le début d’une augmentation du chômage touchant des populations surendettées, devenues incapables de payer leurs traites mensuelles (ne représentant que les intérêts variables avant le capital), ont été le grain de sable qui a enrayé une machine apparemment très bien huilée. Tout aurait pu se résoudre assez aisément, sauf que les biens saisis en cas de non-paiement perdaient de plus en plus de leur valeur, et que, très rapidement, leur vente ne recouvrait pas même le capital restant à rembourser… Les emprunts demeurant impayés et les biens immobiliers de moins en moins rentables, dès lors le capital prêté ne représentait plus que de l’argent fictif ou mieux des capitaux à l’horizon virtuel zéro…

Toutefois la dysfonction eût pu s’arrêter là, engendrant une grave crise du prêt hypothécaire cantonnée aux États-Unis que le gouvernement aurait pu juguler comme il le fit naguère pour les faillites des caisses d’épargne de Floride ou de Californie… Mais c’était sans compter avec la logique du profit poussée à son extrême limite par la globalisation accélérée des marchés… Pour s’assurer des bénéfices encore plus importants, les deux institutions étasuniennes spécialisées dans ces prêts hypothécaires, Fanny Mae et Freddie Mac, et plusieurs banques ont « titrisé » ces prêts, avec la sponsorisations de fait de l’État américain, intensifiée après 2001 avec la politique hyperdéflationniste du Président de la Fed, Alan Greenspan, laquelle permit des refinancements en cascade à des taux exagérément bas. Non seulement les emprunts ont été « titrisés », mais les intermédiaires financiers les ont détricotés, triturés, redécoupés pour composer des titres où des fractions se trouvaient dissimulés derrière d’autres valeurs apparemment moins volatiles, l’ensemble composant divers types de fonds à risques garantis par des assurances (AIG par exemple, aujourd’hui nationalisée), par les évaluations hautement positives d’agences de notations dépendantes de ces mêmes banques et en l’absence d’un contrôle sérieux de la part de l’agence fédérale des marchés, apparemment endormie ou subvertie par le succès initial de ces fonds. Lorsqu’arriva le moment où les débiteurs ne purent plus payer leur mensualité et que, simultanément, leur bien immobilier saisi perdit toute valeur, ces fonds cessèrent de rémunérer leurs détenteurs, lesquels, privés de revenus, commencèrent à revendre en masse ces titres, entraînant des pertes de liquidités dans les institutions émettrices ou intermédiaires à l’échelle de leur commercialisation planétaire, mais plus particulièrement aux États-Unis, en Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Hollande et au Luxembourg… c’est-à-dire au centre de l’empire économique mondial. La suite, un enchaînement de causes et d’effets qui semble maintenant bien connue, sauf peut-être un aspect cardinal largement dissimulé, l’énorme spéculation à la baisse provoqué et par des banques et par des fonds d’investissement, de manière à récupérer, même à perte, d’importantes liquidités de manière à voir venir et, au moment opportun, mettre en œuvre une nouvelle surconcentration du pouvoir économique dont on devine aujourd’hui les prémisses (voir déjà la recomposition du paysage bancaire : cf., « Le big-bang des banques », in La Tribune, N° 4.018 du mercredi 15 octobre 2008 ; le Financial Times du jeudi 16 octobre 2008). Il s’agit là d’une concentration qui touche aussi les institutions de prêt, les holdings, les divers fonds d’investissement qui, demain, avec l’aide des États accentuera plus encore le pouvoir monopolistique des institutions financières. Je suppose que d’aucuns ont remarqué que personne ne propose l’application des lois antitrust. Aussi n’est-il pas outrancier de voir dans cette massive spéculation à la baisse, une réelle stratégie de la monopolisation du pouvoir financier en devenir, une nouvelle lutte à couteaux tirés dans le grand style de la lutte capitaliste : There will be blood ! Oui, ça va saigner pour tout le monde, plus encore pour ceux qui n’y comprennent rien et n’en sont pas du tout responsables, le petit peuple des salariés, des ouvriers, des employés.

Cependant, ce qui doit occuper le penseur critique une fois qu’il a planté le décor et disposé les principaux acteurs de la crise, c’est le soudain basculement des chantres et des praticiens du libéralisme à tout va dans la mise en place d’un keynésianisme jamais vu auparavant. Ainsi, à ma plus grande surprise, j’ai entendu un responsable connu pour son intransigeance libérale et déréglementaire, vanter sur un poste de radio français consacré à l’information les vertus de l’intervention de l’État dans l’économie et celles du capitalisme social ! Je n’en crus pas mes oreilles ! J’ai même cru rêver éveillé ! C’est pourquoi il faudrait à nouveau, de bonne foi, reconnaître la vérité de cette remarque énoncée il y presque un siècle et demi par Marx : à la question qu’est-ce que le capitalisme, sa réponse fut simple, limpide et juste, « Le capitalisme c’est la privatisation des bénéfices et la socialisation des pertes ».

Jamais la formule n’a sonné aussi juste que dans la manière dont les gouvernements européens et étasuniens tentent de résoudre la présente crise. Aussi le titre de l’article de Frédéric Lordon publié dans Le Monde diplomatique (octobre 2005, Paris) décrit-il parfaitement la réalité : « Le jour où Wall Street est devenu socialiste ». On ne le peut mieux dire pour démontrer la vaste escroquerie du libéralisme économique dont nous sommes les témoins quotidiens, escroquerie qui, au demeurant, dépasse de très loin celle de la « grande braderie à l’Est » que j’avais décrite naguère avec mon collègue Bruno Drweski (cf. Claude Karnoouh et Bruno Drweski, La Grande braderie à l’est ou le pouvoir de la kleptocratie, Le Temps des Cerises, Aubervilliers, 2005). Le plan de sauvetage de l’économie mis en place par les gouvernements européens de la zone euro met en jeu 1700 milliards d’euros d’argent public pour recapitaliser les banques, garantir les prêts interbancaires et une nouvelle fluidité du crédit, à peu près l’équivalent du PIB de la France ! Il y a moins d’un mois, les mêmes gouvernements vantaient encore les vertus du marché le plus libéral avec le moins d’État possible ; il y a moins d’un mois, les mêmes gouvernements dont la France, proclamaient que les caisses étaient vides pour mettre en place des plans d’urgence contre l’extension de la pauvreté, pour renflouer partiellement les caisses de la sécurité sociale ou celles de l’assurance chômage, etc. Il n’y avait donc pas d’argent pour les institutions sociales d’entraide, de santé, pour contrer le chômage engendré par des politiques industrielles dirigées par le seul retour sur investissement le plus rapide possible, mettant en œuvre d’énormes pressions sur les salaires, sur l’augmentation de la productivité et les heures supplémentaires, sur la légalisation générale du travail dominical et les menaces de délocalisations pour les entreprises dont les salariés se montreraient par trop réfractaires et indociles…

Comment en est-on arrivé là quand tous les experts, tous les spécialistes, tous les messieurs « je-sais-tout », n’en pouvaient mais de vanter tous azimuts les bilans en apothéose des revenus des banques, des institutions financières, des fonds d’investissement, des « prêts à haut risque » (subprimes) ? À l’évidence, il y a le travail acharné de l’hybris des effets de la technique sur les échanges boursiers à l’échelle planétaire, l’électronique et les ordinateurs permettant la simultanéité des échanges boursiers en temps réel vingt-quatre sur vingt-quatre entre toutes les bourses du monde vers toutes les bourses du monde. Il y a tout autant la radicalisation de la convoitise engendrée par cette dynamique sans limite, les énormes sommes d’argent gagnées (salaires, primes et stocks options aux sommes défiant les gains moyens des salariés de tel ou tel pays) par un petit monde de grands gestionnaires. Si le pouvoir aveugle et le pouvoir absolu aveugle absolument, alors les marchés mondiaux déréglés aux mains d’affairistes identiques à des escrocs, les opérations boursières sur des fonds de crédits sans plus aucune base matérielle (sans au moins l’appui sur le rapport travail/production/profit du capitalisme industriel, en bref sur la relation valeur d’échange/valeur d’usage), les primes faramineuses accordées aux dirigeants (capitalisme du management), aux prévisionnistes et aux brokers, une manne financière qui coule à grands flots sans limite éthique, tous ces phénomènes incarnation de l’hybris du capitalisme de troisième type, déréalisent et aveuglent simultanément. Aussi, comme les femmes du sérail à la veille de l’implosion de l’Empire ottoman, tous ces hauts responsables de banques et d’institutions financières, tous les créateurs de modèles mathématiques prévisionnels, tous les brokers, l’ensemble des agents de l’hybris de la techno-finance ont-ils perdu tout contact avec la banale réalité quotidienne de la majorité des citoyens.

À leur habitude, c’est parmi les créateurs cinématographiques étasuniens que nous trouvons les mises en garde contre les enjeux mafieux de la bourse dans un excellent film, Wall Street, plus tard contre le vrai capitalisme, sans foi ni loi, dans un véritable chef-d’œuvre, There will be blood. Sous l’empire de salaires et de primes n’ayant plus aucun rapport avec le travail réel des acteurs économiques et l’expérience de la majorité qui subit des tensions extrêmement dures sur les salaires, ces gens de la finance, une petite minorité représentant environ 5 % de la population mondiale, ont perdu de vue le fait qu’en raison de leur fonction économique, ils appartenaient eux aussi à la société au sein de laquelle ils auraient dû œuvrer, pour leur part, à l’amélioration du bon gouvernement selon la vieille formule de la théologie politique et de la philosophie politique idéaliste (Jean de Salisbury, Saint Thomas d’Aquin, Marcile de Padoue, Locke, Hume, Adam Smith, Rousseau et Kant). Toutefois, dès lors que l’essence du capitalisme, le profit sans limite ni règle, toujours sauvage en ses pratiques réelles (non détournées par une propagande quelconque), se peut déployer sans contrainte (étatique, éthique et législative) pour une plus-value toujours plus forte, les dégâts sociaux engendrés à l’échelle de la planète sont de plus en plus gigantesques (et le seront plus encore demain). En effet, le sauvetage du système économique mondial avec des fonds publics envisagés par le monde développé (G.8, G.7, G.4) ne vise qu’à renflouer des banques et des holdings qui précisément ont failli à leur rôle social minimum (je précise, minimum) : d’une part, déterminer le juste prix des valeurs industrielles et, de l’autre, s’enrichir tout en enrichissant le monde pour le plus grand bien de tous. Quel est ce monde où des milliardaires comme Bill Gates, Warren Buffet, Murdock, Roman Abramovitch, ces princes arabes, concierges d’un pétrole qui ne leur appartient même pas, ces hommes d’affaires chinois ou indiens aussi avides, vaniteux et gaspilleurs que les autres, ces dictateurs africains conduisant leur pays à la ruine économique et humaine sont possibles ? Combien faut-il de miséreux pour un enrichissement quasi incommensurable ? Combien de bidonvilles, d’hommes et de femmes obligés de vendre un rein pour survivre ? Combien d’enfants contraints au travail esclave ? Combien de jeunes filles et d’adolescents prostitués pour une telle richesse (cf., Mike Davis, Planet of Slums, Verso, Londres, 2006) ? Comment certains osent-ils continuer à parler de progrès, hormis lorsqu’il s’agit de technologie ? Encore une illusion métaphysique à l’œuvre dans un monde politico-académique moribond. Or, le capitalisme c’est cela, et rien que cela : l’arrogance du déploiement techno-financier du capital sans horizon de pensée, c’est-à-dire plongé dans l’impossibilité de penser ce qui le rend possible, c’est-à-dire l’origine de ses principes théoriques et pratiques qui réalisent ses fins réelles et authentiques. Au bout du compte (si on peut le dire ainsi !), l’essence de l’étant du Capitalisme n’est, en dernière instance, que l’une des incarnations du nihilisme, l’autre se nomme la Technique, ensemble ils composent l’apothéose, l’accomplissement terminal et l’achèvement (comme on achève les chevaux !) de la métaphysique.

Nous avons tous remarqué, à tout le moins dans les pays européens développés, combien les divers partis qui se prétendent de gauche, voire d’extrême gauche sont soit demeurés silencieux soit n’ont su que proférer des banalités, des clichés et des slogans éculés. Malgré quelques gesticulations grotesques dans diverses chambres de députés ou de sénateurs, ils se sont comportés comme les infirmières du capitalisme plongé dans la détresse… aucun n’a fait une quelconque référence à un renouvellement de la lutte de classe, à tout le moins à des prémisses possibles… Mais nous avons aussi remarqué la passivité du peuple qui semble assommé par les flots d’informations catastrophiques déferlant journellement sur tous les médias. « Arrêtez de nous donner de mauvaises nouvelles » se plaignait un auditeur interviewé sur une radio périphérique, « la crise c’est pour les riches pas pour nous ! ». Voilà la meilleure preuve de la réussite du lavage de cerveau et de la lobotomie réalisés au cours de trente ans de propagande libérale déversant son mépris pour l’État-providence ? La majorité des hommes de la modernité tardive paraissent donc tétanisés dès lors que semble menacée leur aspiration à l’hyperconsommation, preuve supplémentaire qu’il n’y a plus de sujet de l’histoire porteur d’aspirations révolutionnaires ou, à tout le moins, de contestations radicales. Pourtant certains commentateurs croient retrouver ce sujet chez les sans-papiers (Alain Badiou en France, le PC Refondazione en Italie), d’autres dans les révoltes des banlieues (divers groupes anarchistes ou des dissidents du Parti communiste français). Illusions évidentes pour qui s’est entretenu avec ces gens… Les sans-papiers n’aspirent qu’à devenir les petits-bourgeois conformistes du système socio-économique qui les accueille, car c’en est fini depuis longtemps des émigrations de militants révolutionnaires… Quant aux révoltés des banlieues, s’ils perçoivent les injustices dont ils sont les victimes (objectivation de leur situation), ils cassent et brisent comme autant de consommateurs frustrés (subjectivation de leur vision du devenir). Enfin, si certains placent, une fois encore, leurs espoirs dans les nouvelles luttes engagées par des pays en voie de développement, en voie de recolonisation ou en passe d’être attaqués par l’empire occidental (les résistants irakiens, afghans, l’Iran, le Venezuela de Chavez ou la Bolivie de Morales), il ne peut s’agir, au-delà d’une solidarité verbale réelle, que d’une rechute dans l’illusion tiers-mondiste des années 1970.

Certes ces conflits suscitent des difficultés à l’Empire, certes ces combats, surtout au Moyen-Orient coûtent fort chers, mais ils n’entament pas l’essentiel de son pouvoir… Le sujet historique de la critique radicale étant apparemment absent, force nous est de constater que la mise en crise du capitalisme hyperlibéral globalisé est sortie de son centre vital et de l’échec de sa propre logique, sans qu’aucune action contestatrice n’en vienne révéler l’immoralité et la cruauté essentielles…

Crise monétaire certes, mais plus encore crise dite systémique, car au début du mois d’octobre 2008 c’est bien l’économie réelle, le capitalisme industriel (de fait la production de biens et des richesses réels grâce à un rapport réel à la matière, le travail) qui est atteint au cœur même de l’empire… Après la crise du crédit, il y a la menace d’une récession majeure (qui est déjà présente), d’une crise de confiance massive et générale qui engendrera une crise de la légitimité de la démocratie de masse représentative. D’où les mesures monétaires d’urgence aux coûts pharaoniques dont nous sommes les témoins et les bailleurs de fonds ; d’où, ne l’oublions point, la mise en réserve d’énormes forces de répression, bureaucratiques, policières et militaires, au cas où des révoltes surviendraient ! À l’absence du sujet historique de la contestation radicale, correspondent les discours asthéniques des partis de gauche qui répètent à satiété : « il faut moraliser le capitalisme ! ».

Monsieur Soros, dans un ouvrage (The Crisis of Global Capitalism. Open Society Endangered, Public Affairs, New York, 1998), ne disait pas autre chose des luttes féroces entre mafias politiques de l’ex-Europe communiste à propos du vol de la propriété publique, mais, venant de lui, c’était, comme le dit un proverbe français, « l’hôpital qui se fout de la charité ! » « Moraliser le capitalisme », l’affirmation est grotesque, elle ressortit à une vision platement réformiste qui dissimule la nature réelle du capitalisme, cette essence qui lui permet de toujours se dépasser, non pas comme Aufhebung, car il ne réduit pas ses contradictions par la négation de la négation, il les surmonte momentanément par la fuite en avant (toujours plus de développement, de monnaies en circulation, d’objets fabriqués, de gaspillages, de guerres), par la croissance exponentielle du rapport capital/production-travail/profit et du profit réinvesti en commerce de l’argent, avec comme impératif catégorique le retour sur investissement à la vitesse sidérale que lui offre les possibilités d’ubiquité des techniques électroniques. Le capitalisme n’est pas « hégélien », le capitalisme est algébrique et hyperbolique. Sa logique ne peut jamais être morale (comme le cru l’économie politique idéaliste et Weber en la confondant avec celle du protestantisme) ; la logique du capital est fondée sur une courbe algébrique aux variables en permanente mutation, pour sans cesse outrepasser l’asymptote qu’un état antérieur lui avait assignée. Dès lors, le silence maintenu sur cette essence, nouvelle omertà de ceux qui font fonction de gauche politique en Europe (ne parlons pas des États-Unis !), renforce l’absence de critique radicale et contribue au maintien des peuples dans ce que Kant eût nommé le « sommeil dogmatique ».

Serait-on arrivé à être les témoins de l’incarnation de ce que Nietzsche nomma le dernier des hommes, aujourd’hui l’homme de l’hyperconsommation, du chômage massif, et de ces immenses bidonvilles qui peu à peu meublent une planète ruinée et enténébrée ? Il faut, me semble-t-il, répondre par l’affirmative à ce questionnement. En effet, rien ne me semble pouvoir sauver la société de la modernité tardive de l’accomplissement de la catastrophe qui, selon celui qui demeure le vieux maître d’une lucidité extrême, Heidegger, a déjà eu lieu de longue date… Aussi les formes politiques qui se préparent seront-elles à la mesure de la généralité et de la globalité de la crise, une radicalisation des totalitarismes du XXe siècle selon l’un des modèles prévisionnels possibles (il y en a sûrement d’autres) formalisé par Gérard Granel dans « Les années trente sont devant nous » (in Etudes, Galilée, Paris, 1995).

Claude Karnoouh
Paris le 15 octobre 2008

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F
Je recevais bien votre message ci dessus et je vous en remercie.<br /> De mon point de vue, c'est une bonne surprise.<br /> En effet, il y a finalement très peu de véritable discussion politique par rapport à ces questions.<br /> Les insultes et les menaces de poursuites judiciaires suivent en général très rapidement toute tentative de discussion politique par rapport à ces questions, et c'était le sens de ma réaction.<br /> Je ne vous connais toujours pas et vous me connaissez par l'intermédiaire de mon blog personnel, c'est une très bonne présentation de mes idées politiques.<br /> Pour la suite de la discussion, il me faudrait l'adresse électronique de votre blog si vous en avez un ou bien votre adresse électronique personnelle.
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D
Merci d'avoir pris la peine de répondre, M. Fischer. Je suis moi-même fort attaché à la liberté d'expression. Cependant, celle-ci s'arrête, comme toute liberté, là où elle commence à présenter un danger pour les autres. Et malheureusement, les dénonciateurs de "l'argumentation sioniste traditionnelle" ont suffisamment révélé leur promptitude à ôter toute liberté à leurs victimes. Remarquez que je ne compare ni vous ni M. Karnoouh à des "génocideurs" comme vous le faites, j'exprime simplement le danger qu'il y a à réécrire l'Histoire. Par ce commentaire, je ne dis pas que le propos tenu ici par M. Karnoouh est condamnable, mais je souhaitais simplement replacer ces thèses dans le contexte des théories d l'auteur.<br /> <br /> PS1: Sans vouloir polémiquer, je remarque que la loi Gayssot n'a jamais abouti qu'à de légères amendes ou peines de prison avec sursis, tandis que de nombreux êtres humains ont payé et payent encore de leur vie la diffusion des thèses du complot sioniste.<br /> PS2: L'action en justice est impossible car M. Karnoouh sait fort bien les limites qu'il ne doit désormais plus dépasser (et je m'en réjouis d'ailleurs). Quant à vos opinions sur le 11 septembre, elles ont été répandues en toute légalité en France et aux USA sans que cela donne lieu à la moindre violence, et le fait de les exprimer ne me semble donc ni dangereux ni illégal.
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F
Je ne vous connaît pas, Monsieur Giroud, mais votre argumentation, c'est l'argumentation sioniste traditionnelle des génocideurs du ghetto de Gaza.<br /> J'envoie votre commentaire à Monsieur Karnoouh, il répondra s'il en a envie à vos arguments contre lui.<br /> Quant à moi, je suis pour l'abrogation de la loi Gayssot, de mon point de vue, cette loi est tout simplement une loi liberticide de criminalisation de la liberté d'expression.<br /> La liberté d'expression est de mon point de vue une loi et un droit supérieur à tous les autres, c'est un droit universel valable pour toutes les idées et pour toutes les opinions, en particulier pour les votres.<br /> Je suis également un défenseur particulièrement important de la théorie du complot, dans la mesure où je considère la défunte administration Bush comme la véritable organisatrice des évènements du 11 septembre 2001 à New York et à Washington.<br /> Si vous voulez des poursuites en justice contre ces opinions, les miennes ou bien les opinions de Monsieur Karnoouh, allez y, faites le, je vous souhaite bon courage.<br /> Je vous présente mes plus sincères salutations citoyennes et républicaines
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D
Il est hallucinant qu'un auteur négationniste comme Claude Karnoouh puisse continuer à présenter impunément ses dangereuses réflexions millénaristes sur Internet. Vous avez bien de la chance que la loi Gayssot ne soit pas rétroactive, M. Karnoouh. En tous les cas, l'auteur de ce blog publie ici les propos d'un homme partisan de la théorie du complot, qui dans les années 1980 a publié des thèses qui tomberaient aujourd'hui sous le coup de la loi. Cela suffit à lui ôter toute crédibilité.
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