Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

actualité politique nationale et internationale

Publicité

QUE FAIT L ONU AU CONGO


Impuissante face aux rebelles du Kivu, la Mission de l'ONU au Congo est critiquée de toutes parts

LE MONDE | 04.11.08 | 09h35  •  Mis à jour le 04.11.08 | 09h54

Goma, envoyé spécial


épêché d'urgence à Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, le nouveau chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, le diplomate français Alain Le Roy, se trouve propulsé, deux mois après sa prise de fonctions, au cœur d'une crise régionale qui éprouve les limites des opérations onusiennes et teste la volonté d'intervenir des grandes puissances lorsque des centaines de milliers de civils sont en danger.

 

Face au refus du Conseil de sécurité et de l'Union européenne de fournir à la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monuc) les renforts qu'elle réclame depuis des semaines, Alain Le Roy s'évertue à redéployer les 17 000 hommes de la Mission pour appuyer les casques bleus qui s'efforcent de maintenir un semblant d'ordre à Goma, dans le Nord-Kivu. Mais sous le drapeau bleu de l'ONU, cette simple opération se transforme en casse-tête.


Ainsi, lorsque les casques bleus pakistanais, postés dans le Sud-Kivu, sont appelés à l'aide à Goma, ils refusent, rivalité nationale oblige, de se placer sous les ordres des soldats indiens qui défendent la ville. Pour surmonter la querelle, l'ONU est forcée de redessiner les tracés de ses cartes, afin que les casques bleus pakistanais restent souverains, même lorsqu'ils sortent de leur zone de responsabilité.


"CELA NOUS REND FOUS"


D'autres contingents refusent tout bonnement de changer de zone d'opération, en invoquant d'obscurs passages des règles d'engagement qui les lient à l'ONU, et prévoient que leur capitale soit consultée avant tout redéploiement. "Ils privilégient le statu quo, un certain confort. Leurs camps sont construits, ils connaissent les habitants… Parfois, cela nous rend fous, au quartier général", avoue un conseiller militaire de l'ONU.


Outre l'Inde (4 400 hommes) et le Pakistan (3 600), le Bangladesh (1 400), l'Uruguay (1 300), l'Afrique du sud (1 100) et le Népal (1 000) fournissent les principaux contingents de la Monuc.


Lorsqu'ils sont appelés par le commandement de la Mission à prendre des risques, certains contingents s'en remettent, une fois encore, à leur capitale qui les couvre. "Il est parfois difficile de les convaincre d'ouvrir le feu", explique un fonctionnaire onusien. Bien que le mandat de l'ONU en RDC soit robuste, et permette aux casques bleus d'user de la force pour soutenir l'armée congolaise, plusieurs contingents en font une interprétation conservatrice.


Tout cela explique pourquoi, en dépit de la présence de milliers de soldats rebelles à 10 km de Goma, l'ONU n'a pu rassembler que quelques centaines d'hommes pour épauler les 800 casques bleus indiens déployés dans la ville. Ce dispositif militaire ne permet pas de défendre Goma contre les forces plus motivées de Laurent Nkunda. "Nous sommes à sa merci", reconnaît un haut responsable onusien.


Pendant qu'il se débat pour mobiliser son propre camp, Alain Le Roy doit aussi faire face à un feu roulant de critiques : celles de la population qui reproche à l'ONU, parfois avec des jets de pierres, de ne pas faire assez pour la protéger ; celles du gouvernement congolais, qui voudrait que la Monuc se substitue à son armée; et celles des puissances du Conseil de sécurité, qui se plaisent à répéter que la Monuc est déjà la plus grosse mission de l'ONU au monde et n'a qu'à réorganiser ses 17 000 hommes.


Alain Le Roy, lui, affirme que "la Monuc fait un assez bon travail dans des conditions extrêmes" et juge beaucoup des critiques "injustes". Il rappelle que, lorsqu'il travaillait pour l'ONU au Kosovo, après la guerre de 1999, l'OTAN avait déployé 40 000 hommes, parfaitement équipés, pour protéger un territoire 200 fois plus petit que la RDC.


Philippe Bolopion

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article