actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
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Ainsi, lorsque les casques bleus pakistanais, postés dans le Sud-Kivu, sont appelés à l'aide à Goma, ils refusent, rivalité nationale oblige, de se placer sous les ordres des soldats indiens
qui défendent la ville. Pour surmonter la querelle, l'ONU est forcée de redessiner les tracés de ses cartes, afin que les casques bleus pakistanais restent souverains, même lorsqu'ils sortent
de leur zone de responsabilité.
"CELA NOUS REND FOUS"
D'autres contingents refusent tout bonnement de changer de zone d'opération, en invoquant d'obscurs passages des règles d'engagement qui les lient à l'ONU, et prévoient que leur capitale soit
consultée avant tout redéploiement. "Ils privilégient le statu quo, un certain confort. Leurs camps sont construits, ils connaissent les habitants… Parfois, cela nous rend fous, au quartier
général", avoue un conseiller militaire de l'ONU.
Outre l'Inde (4 400 hommes) et le Pakistan (3 600), le Bangladesh (1 400), l'Uruguay (1 300), l'Afrique du sud (1 100) et le Népal (1 000) fournissent les principaux contingents de la Monuc.
Lorsqu'ils sont appelés par le commandement de la Mission à prendre des risques, certains contingents s'en remettent, une fois encore, à leur capitale qui les couvre. "Il est parfois
difficile de les convaincre d'ouvrir le feu", explique un fonctionnaire onusien. Bien que le mandat de l'ONU en RDC soit robuste, et permette aux casques bleus d'user de la force pour
soutenir l'armée congolaise, plusieurs contingents en font une interprétation conservatrice.
Tout cela explique pourquoi, en dépit de la présence de milliers de soldats rebelles à 10 km de Goma, l'ONU n'a pu rassembler que quelques centaines d'hommes pour épauler les 800 casques bleus
indiens déployés dans la ville. Ce dispositif militaire ne permet pas de défendre Goma contre les forces plus motivées de Laurent Nkunda. "Nous sommes à sa merci", reconnaît un haut
responsable onusien.
Pendant qu'il se débat pour mobiliser son propre camp, Alain Le Roy doit aussi faire face à un feu roulant de critiques : celles de la population qui reproche à l'ONU, parfois avec des jets de
pierres, de ne pas faire assez pour la protéger ; celles du gouvernement congolais, qui voudrait que la Monuc se substitue à son armée; et celles des puissances du Conseil de sécurité, qui se
plaisent à répéter que la Monuc est déjà la plus grosse mission de l'ONU au monde et n'a qu'à réorganiser ses 17 000 hommes.
Alain Le Roy, lui, affirme que "la Monuc fait un assez bon travail dans des conditions extrêmes" et juge beaucoup des critiques "injustes". Il rappelle que, lorsqu'il
travaillait pour l'ONU au Kosovo, après la guerre de 1999, l'OTAN avait déployé 40 000 hommes, parfaitement équipés, pour protéger un territoire 200 fois plus petit que la RDC.
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