Le présent manifeste, initié par 13 citoyens poursuivis pour "outrage", signé par plusieurs dizaines de personnalités artistiques, scientifiques, littéraires, politiques, sportives, et plus de 250
citoyens, est l'objet d'une pétition (en ligne le 15 décembre sur le site de la Ligue des droits de l'homme) qui sera remise le 23 février 2009 au Palais de l'Elysée, au ministère de la Justice et
au ministère de l'Intérieur, à l'occasion d'une journée nationale contre le délit d'outrage, pour le respect des libertés individuelles et contre les violences policières. Nous nous sommes fixés
comme premier objectif de récolter 100.000 signatures.
Pour en finir avec le délit d'outrage.
Pour en finir avec le crime de lèse-majesté.
Pour le respect des libertés individuelles.
Contre les violences policières.
Ces dernières années, le délit d'outrage est devenu en France un délit "à la mode". De 17.700 faits enregistrés en 1996, on est passé à 31.731 en 2007. Cette inflation (+ 42%), qui s'inscrit
clairement dans le contexte actuel du "tout-répressif", pose de vraies questions, notamment celle, récurrente, des violences policières.
Le délit d'outrage, qui consiste à porter atteinte à la dignité d'un représentant de l'autorité publique, ou à ses fonctions, est très proche du délit d'injure, qui appartient au régime des
infractions de presse, très protecteur de la liberté d'expression. Ce qui n'est pas le cas de l'outrage, délit de tous les arbitraires, passible de 7.500 euros d'amende et de six mois de prison.
Alors que l'injure à un citoyen "ordinaire" ne "coûte" que 45 euros.
Cette ahurissante disproportion constitue la première des 10 raisons pour lesquelles les initiateurs de cet appel, réunis au sein du CODEDO (Collectif pour une dépénalisation du délit d'outrage),
demandent que ce délit arriéré, obsolète, soit chassé du Code pénal, comme le furent jadis les délits d'offense à la morale religieuse, d'outrage aux bonnes mœurs, et plus récemment (1972) le délit
d'outrage par la voie du livre.
Parce que l'outrage constitue une aberration de droit, l'agent constatateur étant en même temps la "victime" et que devant un tribunal, c'est parole contre parole, celle du fonctionnaire assermenté
contre celle du citoyen lambda.
Parce qu'il est utilisé par les "forces de l'ordre" (police, gendarmerie, police ferroviaire) pour couvrir des violences policières, de plus en plus nombreuses et insupportables, des abus
d'autorité, des gardes à vue arbitraires (+ 54% en 5 ans) qui font de chaque citoyen, quelles que soient ses origines sociales, un coupable potentiel.
Parce qu'il est utilisé à des fins mercantiles par des policiers, des gendarmes qui arrondissent leurs fins de mois en se portant partie civile.
Parce que, dans le contexte actuel de la politique de rendement imposée dès 2002 par le ministre de l'Intérieur Sarkozy, l'outrage est un instrument commode pour faire grimper le taux d'élucidation
des infractions.
Parce que l'outrage participe à une pénalisation des rapports sociaux en sanctionnant la parole au détriment du dialogue démocratique.
Parce que l'outrage concourt à un rétrécissement des libertés individuelles, et qu'il est utilisé par le pouvoir sarkozyste comme une arme de répression massive pour bâillonner les luttes
militantes, notamment lorsque des citoyens, s'opposant à la traque des sans-papiers par le ministre Hortefeux, se voient traînés devant les tribunaux.
Parce que, s'il est normal que la République protège ses fonctionnaires, le fait que certains de ceux-ci, notamment des policiers, des gendarmes, en profitent pour masquer leurs fautes et rattraper
leurs propres insuffisances constitue un danger pour la démocratie, a fortiori dans la patrie dite "des droits de l'homme".
Parce que le délit d'outrage, exception française, n'existe pas chez la plupart de nos voisins européens, ni aux Etats-Unis.
Parce qu'il y a dans la loi sur la presse de 1881 tout ce qu'il faut pour réparer l'outrage…
Pour ces dix raisons, nous demandons sa dépénalisation.
Mais le délit d'outrage n'est pas seul en cause…
Tout récemment, et pour la première fois depuis 34 ans, un avatar du délit d'outrage a été remis au goût du jour : le délit d'offense au président de la République. Autrement dit, le crime de
lèse-majesté. Un citoyen français a été condamné à 30 euros d'amende avec sursis pour avoir, lors du passage d'un cortège présidentiel à Laval, brandi une pancarte estimée offensante par la
justice. L'affaire est d'autant plus scandaleuse (et ridicule) que cette personne ne faisait que reproduire l'injure adressée le 23 février 2008 au salon de l'Agriculture par le président de la
République à un citoyen qui avait refusé de lui serrer la main. Elle est d'autant plus intolérable que nombre de nos concitoyens sont en droit de considérer que ce "Casse-toi pauvre con!" adressé à
un des leurs constitue une offense à la Nation toute entière, et n'hésitent pas à poser la question: "Quel respect accorder à un président de la République aussi peu respectueux de ses
concitoyens?"
Dans ces conditions, et alors que le délit d'offense à chef d'Etat étranger a été supprimé en mai 2004, après avoir été déclaré contraire à la Convention européenne des droits de l'homme, nous
disons que le délit d'offense au chef de l'Etat français n'a plus sa place dans notre société, et donc dans notre Code pénal. Et nous demandons l'abrogation de l'article 26 de la loi du 29 juillet
1881, relatif à l'offense au chef de l'Etat.
Enfin, les signataires de ce manifeste lancent un cri d'alarme et appellent solennellement à un débat public sur le thème des violences policières et du comportement de plus en plus brutal d'une
police dont on peut se demander si elle est encore au service des citoyens et de la République, ou au service exclusif d'un Pouvoir chaque jour un peu plus attiré par des dérives autoritaires.
Cette menace pour la démocratie ne peut laisser aucun citoyen indifférent. Trop de personnes ne supportent plus de vivre dans la peur d'un contrôle de police. Il est temps pour les femmes et les
hommes politiques de notre pays de regarder la réalité en face, et de ne plus considérer les violences policières comme un sujet tabou. La place de ce débat doit être publique.
Romain Dunand (condamné à 800 € d'amende, dont 600 avec sursis pour outrage à Nicolas Sarkozy), Jean-Jacques Reboux (condamné à 150 € d'amende avec sursis pour outrage à policier), Eunice Barber
(condamnée à 5.000 € d'amende pour outrage et rébellion), Maria Vuillet(poursuivie pour outrage au sous-préfet d'Ile-de-France, relaxée – affaire en appel), Simone Levavasseur (poursuivie pour
outrage au préfet de Haute-Saône), Hervé Eon (condamné à 30 € d'amende avec sursis pour offense au président de la République), Serge Szmuzskowicz(condamné à 500 € d'amende pour outrage à gendarme
en civil), Isabelle Sylvestre (poursuivie pour outrage à policier), Jean-Paul Desbruères (outrageur non poursuivi), Patrick Mohr (poursuivi pour outrage à CRS), Jean-Claude Lenoir (poursuivi pour
outrage à CRS), Yves Baumgarten (poursuivi pour outrage à policier), M'hamed Bellouti (condamné à 2.000 € d'amende pour procédure téméraire et
abusive contre le fils du chef de l'Etat).
http://codedo.blogspot.com/2008/10/pour-en-finir-avec-le-dlit-doutrage-la.html