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Depuis plus de deux semaines, la mobilisation de la jeunesse grecque fait l’admiration de la jeunesse européenne, provoque les pires tourments des gouvernements de l’Union. Deux semaines qu’une
révolte spontanée provoquée par l’assassinat d’un étudiant par un policier a conduit des dizaines de milliers de manifestants dans la rue. Matraques contre cocktails Molotov. Ce qui inquiète la
bourgeoisie européenne, c’est bien sûr que les mêmes causes peuvent provoquer les mêmes effets.
Jusqu’alors, le gouvernement résiste. Le parti socialiste qui a co-dirigé le pays depuis 25 ans, un coup à toi, un coup à moi, ensemble pour appliquer la politique du Traité de Maastricht, parle
mais n’agit pas. La génération à « 600 euros » combat, avec courage, pugnacité, mais ne débouche pas. L’ampleur de cette mobilisation, sa profondeur, la crainte de la bourgeoisie locale fait de ce
combat le premier mouvement européen significatif contre les conséquences de la crise du capitalisme. La jeunesse veut un avenir et les libertés. La solidarité impose la lucidité.
Le 10 décembre, pour la première fois depuis des décennies les organisations syndicales ont organisé une grève générale qui était prévue avant les « événements ». C’est dire si la tension sociale
est grande. Le jour dit, le pays a été paralysé. Le lendemain, les salariés ont repris le chemin du travail, les affrontements entre jeunes et policiers ont recommencé.
Un mouvement de cette ampleur, s’il ne parvient pas à provoquer la solidarité active du prolétariat, du salariat, ne peut déboucher, ne peut l’emporter.
Voilà une leçon qui vaut pour tous les pays d’Europe.
C’est d’abord ce risque-là qui a conduit Sarkozy à reculer. Il y a du Tartarin de Tarascon chez ce tout petit Bonaparte. Mais également beaucoup de lucidité politique.
Les lycéens français sont engagés dans un processus de mobilisation contre Xavier Darcos. La mobilisation croît. Plus que dans l’affaire du CPE, les jeunes d’aujourd’hui veulent en découdre. C’est
l’effet Sarkozy. La jeunesse ne veut pas vivre dans l’univers sécuritaire, répressif du chef d’Etat. Sarkozy a reculé car il sait qu’en France, une mobilisation comme à Athènes ferait descendre
dans la rue, étudiants et salariés. Il sait que la crise provoque une inquiétude et une exaspération sociales profondes.
Jusqu’ ici le prétendu « dialogue social » destiné à impliquer les « partenaires sociaux » dans ses contre réformes a contribué à imposer celles ci et à maintenir les digues sociales. Il se prépare
à manœuvrer tentant à impliquer à nouveau responsables et dirigeants à cette contre réforme. Mais il sait aussi que les élections prud’homales ont attesté le rejet des appareils syndicaux. Quant à
la crise du PS, chaque jour elle apporte sont lot de péripéties illustrant sa décomposition. Nous reviendrons sur ces problèmes, pour l’heure soulignons que l’auto organisation, dans l’action, des
salariés et des jeunes implique des objectifs. Hors de quoi, si vaillant, si héroïque soient les combattants, ils ne l’emporteront pas.
Précisons encore un point. Nous l’avons déjà écrit : contrairement à un mythe fabriqué par les média, le système politique Sarkozy est fragile. Hyper actif, sur tous les fronts, une défaite devient
sa défaite. Il n’a quasiment pas de fusibles. Or la Ve République a été conçue puis forgée au fil du temps comme un système qui permet au Président de liquider Premier ministre, gouvernement si
nécessaire, pour maintenir l’ordre, éviter une crise politique.
A partir du moment où le chef de l’Etat est à la fois premier ministre, ministre, disposant d’une garde rapprochée au sein du gouvernement (le fameux G7), tout recul, toute défaite déstabilise
l’ensemble de la superstructure. Le gouvernement Sarkozy-Fillon est en ce sens le plus faible de l’histoire de la Ve République.
A cet égard, les difficultés rencontrées par le chef de l’Etat-chef de la majorité à se faire obéir au Sénat comme à l’Assemblée nationale par ses députés lors de la discussion du projet de loi sur
l’audiovisuel comme sur le travail le dimanche annonce de passionnantes péripéties.
Bonnes fêtes à toutes et à tous.
Club « Socialisme Maintenant ».