actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
L'équipe Obama cherche à fermer le camp de détention dont M. Cheney vante les mérites
LE MONDE | 25.12.08 | 15h08
NEW YORK CORRESPONDANT
Un endroit que "même le diable n'aurait pu inventer", comme l'a décrit Mustafa Aït Idir, un Algérien relaxé du camp de Guantanamo, le 15 décembre, après six ans de réclusion, sera fermé après
l'entrée en fonctions, le 20 janvier, du président américain élu, Barack Obama. Dans la dernière livraison du magazine Time, celui-ci inscrit cet objectif parmi ceux qu'il souhaite atteindre
"durant les deux premières années" de son mandat. Il a chargé son secrétaire à la défense, Robert Gates, et son attorney général (ministre de la justice), Eric Holder, de gérer les aspects
opérationnels et juridiques de cette fermeture.
M. Gates a indiqué, le 18 décembre, qu'une équipe s'activait au Pentagone pour lui "présenter des propositions" en ce sens. Celles-ci devront à la fois permettre de "déplacer" les détenus et
d'"assurer la protection du peuple américain". La fermeture du camp de rétention devra être approuvée par une loi au Congrès. Auparavant, de multiples problèmes posés par cette "zone de
non-droit" devront avoir été réglés.
En particulier : qui est justiciable et devant quelles juridictions (M. Obama récuse la comparution devant des tribunaux militaires d'exception) ? Qui est libérable et que faire de ceux qui ne
peuvent être restitués à leur pays d'origine, peu respectueux des droits de l'homme (tels les 17 Ouïgours qui ne sont plus considérés comme "ennemis combattants" mais dont Pékin exige la
restitution), ni extradés ailleurs parce qu'aucun pays ne les accueillerait ? Amenés sur le territoire américain, ceux-là verraient leurs avocats déposer instantanément une demande de libération.
"Nous ne voulons pas que tous ces individus dangereux arrivent aux Etats-Unis", a indiqué M. Gates.
Guantanamo continue par ailleurs d'y susciter des polémiques. La dernière a été soulevée par le cas de deux gardiens soupçonnés de traitements dégradants réguliers à l'encontre des prisonniers.
Ils ont été blanchis par une commission d'enquête du Pentagone, le 19 décembre. Mais un rapport interne du ministère de la défense, obtenu par l'agence Associated Press, montre que l'un d'eux
avait admis des faits. Auteur de la plainte, le lieutenant-colonel de marines Colby Vokey a dénoncé une enquête qui "a ignoré les évidences".
"TRÈS, TRÈS PRÉCIEUX"
Au milieu de ces polémiques, le vice-président américain, Dick Cheney, est intervenu à diverses reprises pour justifier sans nuance la "guerre au terrorisme" menée par l'administration Bush.
Après avoir assuré qu'elle aurait "attaqué l'Irak même si la CIA lui avait indiqué que Saddam Hussein ne possédait pas d'armes de destruction massive", il a récemment justifié toutes les mesures
contraires au droit humanitaire international et au respect des droits civiques adoptées par Washington, en particulier à Guantanamo - un lieu d'incarcération qui, selon lui, "a été très très
précieux". Ses détenus, a-t-il déclaré à la chaîne Fox News, le 21 décembre, "ne sont pas couverts par les conventions de Genève". Six jours avant, il avait justifié sur ABC l'usage du
waterboarding (torture dite de la baignoire) lors des interrogatoires de suspects.
Sylvain Cypel
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