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actualité politique nationale et internationale

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BILAN DU CONGRES DE FONDATION DU NPA


 

Les militants du groupe CRI écrivaient un long message de dix pages de bilan du congrès de fondation du Nouveau Parti Anticapitaliste. Ce message est disponible en intégralité si vous consultez le site de leur nouvelle tendance à l’intérieur du NPA, c’est le site www.tendanceclaire.npa.free.fr . Vous trouverez ci dessous la deuxième et dernière partie de ce message.

 

Bernard Fischer.

 

www.fischer02003.over-blog.com

 

 

Le sujet qui a suscité le plus de passions a été celui des alliances en vue des élections européennes. Le congrès a adopté, sur proposition des dirigeants de l’ex-LCR et de l’ex-Commission d’ Animation Nationale, des conditions très manœuvrières pour un accord électoral avec « toutes les forces qui se réclament de l’anticapitalisme » (c’est-à-dire en fait avant tout le PCF et le Parti de gauche de Mélenchon). L’amendement dit « de Clermont », c’est-à-dire en fait du courant « droitier » officieux « Unir », qui préconisait un accord rapide et presque sans conditions avec ces mêmes organisations, a certes été rejeté, comme c’était prévisible (il a obtenu une centaine de voix sur moins de 650). Mais ce rejet n’a pas été justifié par le programme réformiste de ces organisations, ni par leur comportement attentiste et quémandeur de « dialogue social », qui empêche aujourd’hui tout « front unique ouvrier » pour la mobilisation contre Sarkozy (rappelons que, dans le vocabulaire de la troisième et de la quatrième Internationales, un front unique ouvrier a comme base un accord tactique circonstancié entre organisations du mouvement ouvrier décidant de lutter ensemble, mais en toute indépendance réciproque, pour des revendications claires et une intervention commune dans la lutte de classe). Et pour cause : la direction de l’ex-LCR et du NPA n’hésite pas à signer de véritables déclarations programmatiques communes avec le PCF et le Parti de gauche, comme le prouve leur communiqué commun du 24 janvier. Or ce communiqué est un accord programmatique inacceptable, car il renonce à des points clés pour la classe ouvrière, inscrits dans le programme du NPA, en particulier sur les licenciements, le CDI, l’Union Européenne, comme nous l’avons analysé dans notre brochure distribuée aux délégués . De même, la direction du NPA a été jusqu’à signer le 4 février une déclaration commune avec dix partis « de gauche », dont le PS, contenant des affirmations inacceptables : il y est dit notamment que « la journée du 29 janvier porte clairement  la demande d'un changement de cap », comme s’il s’agissait de demander gentiment à Sarkozy de bien vouloir mener enfin une politique favorable aux travailleurs ; il y est affirmé que « Nicolas Sarkozy et le gouvernement ne peuvent se dérober à ces exigences et ignorer les grands axes avancés dans la plate-forme syndicale unitaire », alors que cette plate-forme se situe entièrement sur le terrain du capitalisme et ne contient presque aucune des revendications élémentaires des travailleurs  ; enfin, il évoque la mobilisation des travailleurs de Guadeloupe, mais n’exige pas la satisfaction de leurs revendications… — Dès lors, passant des accords programmatiques avec le PCF et le PG, en dehors d’un cadre de front unique ouvrier, la direction de l’ex LCR et du NPA a bien du mal à justifier qu’elle n’aille pas jusqu’à un accord électoral avec eux ! En fait, cette incohérence s’explique par un calcul purement électoraliste, incohérent avec sa propre orientation, que nous dénonçons pour notre part : elle n’exclurait sans doute pas de s’allier avec le PCF ou le PG sur la base d’accords programmatiques comparables au communiqué du 24 janvier, mais elle considère que la présentation du NPA tout seul aux élections permettra de mieux le construire. C’est pourquoi sa résolution pose des conditions qu’elle sait inacceptables par le PCF : en demandant que l’éventuel front électoral se prononce… « pour la sortie du nucléaire » et vaille jusqu’aux régionales, la majorité du NPA sait pertinemment que le PCF refusera. Quant au PG, elle suppose qu’il dira non lui aussi, car il s’est déjà lancé dans une alliance électorale avec le PCF et il ne la rompra certainement pas pour les beaux yeux du NPA. Ce jeu est d’ailleurs dangereux car, avec un manœuvrier comme Mélenchon, tout est possible ! En tout cas, la ligne intégralement opportuniste de l’amendement de Clermont avait au moins le mérite de la cohérence !

Bilan de l’intervention des trois déléguées signataires du projet de Tendance

Le lancement du NPA comme parti pluraliste est une réponse à la crise du mouvement ouvrier par la reconstruction d’une représentation politique des travailleurs. La combativité, relative mais réelle, des travailleurs ces dernières années et la sympathie significative dont bénéficie l’extrême gauche et notamment Olivier Besancenot, offrent la possibilité d’avancer dans cette voie. Le NPA a ainsi commencé à rassembler des anticapitalistes, des révolutionnaires et des « primo-militants » parmi les travailleurs et les jeunes combatifs.

Mais cela ne justifie nullement la dissolution des courants politiques constitués qui participent à ce processus ! En particulier, cela ne saurait justifier l’abandon des références et du programme trotskystes, contrairement à ce que veut, de façon plus ou moins revendiquée, la majorité des dirigeants de l’ex-LCR, Olivier Besancenot en tête. De ce point de vue, la dissolution pure et simple de la LCR, qui se réclamait encore de la IVe Internationale même si elle n’en défendait plus concrètement le programme, est un événement régressif dont le lancement en lui-même juste du NPA semble n’être que le prétexte. Cela n’en rend que plus urgente la constitution d’une véritable tendance trostkyste du NPA, la Tendance CLAIR, dont le projet se justifiait déjà par le caractère flou des orientations proposées par la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN pour le NPA.

Lors des AG électives, le refus de l’élection des délégués à la proportionnelle sur la base de plates-formes a fait que la plupart des militants signataires du projet de Tendance qui auraient pu être élus par ce mode de scrutin démocratique ne l’ont pas été. La direction de la LCR, politiquement hégémonique dans la plupart des comités, a en effet imposé dans presque toutes les AG électives un mode de scrutin majoritaire facilitant l’élimination des individus ou des minorités qui ne lui plaisaient pas. Cependant, deux des signataires du projet de Tendance ont pu être élues à la proportionnelle (par les AG électives démocratiques de Paris 5e-13e et du 91) et une troisième faisait partie de la délégation élue par l’AG de l’Yonne, où les textes du projet de Tendance ont obtenu jusqu’à 42% des voix.

D’ailleurs, le mandat de déléguée de l’une de nos camarades élues à la proportionnelle (celle de Paris 5e-13e, élue par son AG avec 8,5% des voix) a été mis en cause d’emblée par des responsables un peu trop zélés de l’ex-LCR, qui ont tenté de lui refuser son badge de déléguée ! Il a fallu l’intervention très ferme de plusieurs camarades JCR de Paris 5e-13e, ainsi que d’un militant de l’ex-LCR qui a dû sortir de son ordinateur le procès-verbal de l’AG élective, pour que notre camarade obtienne son badge… Cette tentative d’intimidation liminaire, déjouée par l’attachement à la démocratie de ces militants de base, n’était pourtant qu’un apéritif d’un grave déni de démocratie perpétré tout au long du congrès par la direction de l’ex-LCR à l’encontre de nos camarades, comme nous allons le voir.

La raison en est que nos trois déléguées (une ex-CRI, une ex-LCR et une sans organisation avant le NPA) ont été les seules à mener un combat cohérent et conséquent pour la défense d’une orientation révolutionnaire globale contre la ligne floue ou à tendance réformiste proposée par la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN :

1)    Elles ont commencé par distribuer 700 brochures aux délégués et invités du congrès, afin qu’ils puissent prendre connaissance de l’ensemble des textes proposés par le projet de Tendance. Cela était nécessaire car la direction de la LCR et du CAN avait refusé de publier ou même d’adresser aux comités certains amendements et surtout les résolutions alternatives que lui avaient pourtant envoyé en temps et en heure les signataires du projet de Tendance. Les délégués, dont l’immense majorité avait ainsi été privée du droit de prendre connaissance de ces textes pourtant destinés à être soumis au vote en alternative à ceux du CAN, ont ainsi pu les lire durant le congrès s’ils le souhaitaient, quoique dans la limite de leur temps et de leur fatigue et sans avoir pu, bien évidemment, en discuter avec les camarades de leurs comités. Les trois déléguées signataires du projet de Tendance ont ensuite participé respectivement aux commissions « principes fondateurs », « résolutions » et « composition du Comité Politique National [direction du parti entre deux congrès] », auquel elles étaient candidates.

2)    La camarade intervenant dans la commission « principes fondateurs » s’est malheureusement heurtée d’emblée au refus de la tribune (composée de membres du BP de l’ex-LCR, notamment Frédéric Borras, Yvan Lemaître, etc.) de soumettre au vote nos amendements un à un, au même titre que tous les autres. Il ne s’agissait pas d’une question de temps : des centaines d’amendements ont été examinés et nous n’avions choisi d’en présenter qu’une dizaine, tous légitimés par leur adoption dans au moins une AG élective ; nous aurions d’ailleurs renoncé au cours de la discussion à en soumettre certains, redondants avec des amendements proposés par d’autres délégués, par exemple celui sur l’anti-impérialisme déjà évoqué, soutenu par une militante sud-américaine et d’ailleurs adopté par la commission. Mais la tribune a justifié sans ambages sa décision discriminatoire : selon elle, nos amendements avaient la cohérence d’une « plate-forme » politique alternative et devaient donc être soumis en bloc. Autrement dit, la tribune s’est permis de décider à notre place la façon dont il fallait considérer nos textes : si nous avons estimé devoir proposer des résolutions alternatives à celles du CAN, nous n’avions en revanche pas eu la même démarche à l’égard des « principes fondateurs » et des « statuts », qui contenaient à nos yeux suffisamment de points positifs pour mériter d’être simplement améliorés, non réécrits de fond en comble.

En fait, la direction de la LCR a voulu empêcher que nos amendements obtiennent un nombre significatif de voix, voire qu’ils soient adoptés comme ils l’avaient été dans un certain nombre d’AG électives. Par cette manœuvre, elle a cherché à isoler et ostraciser notre projet de tendance en empêchant ses propositions de recueillir les voix qu’elle aurait pu gagner. C’était d’autant plus inadmissible que des délégués de comités ayant voté certains de nos amendements, mais sans être signataires du projet de Tendance, étaient en droit de les défendre au congrès ! C’est ainsi que les trois délégués de l’AG élective d’Arles, convaincus par certains de nos amendements, sont intervenus pour qu’ils soient soumis au vote comme tous les autres. La direction leur a répondu qu’ils étaient manipulés par le CRI ! Bref, pour Frédéric Borras, Yvan Lemaitre et d’autres dirigeants de l’ex-LCR, les militants du NPA qui adoptent les positions de la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN pensent par eux-mêmes, mais ceux qui sont convaincus par certaines positions de la Tendance révolutionnaire sont des imbéciles ! Quel intolérable mépris des « chefs » pour les militants de base ! Cela a d’ailleurs choqué un grand nombre de délégués de toutes sensibilités, surpris de découvrir une telle morgue parmi les dirigeants de leur parti.

Enfin, au moment du vote global sur nos dix amendements, notre camarade a eu quelques minutes pour les présenter, ce qui ne permettait évidemment pas d’argumenter sérieusement. Cette durée a été réduite à deux minutes pour les présenter ensuite en séance plénière, en tant qu’amendements rejetés par la commission. Les dirigeants de l’ex-LCR chargés d’argumenter contre leur adoption ont seulement fait valoir qu’ils provenaient de la si méchante Tendance révolutionnaire et qu’ils étaient… « trotskystes » ! Notre bloc d’amendements a malgré tout rassemblé 16 voix (2,82% des suffrages exprimés) , alors que nous n’avions que trois déléguées et que le vote bloqué revenait de fait à soutenir notre orientation pour les principes fondateurs dans sa globalité.

3)    La commission sur les résolutions a été plus démocratique que celle sur les principes fondateurs. Sa présidente, Sandra Demarcq, a en effet accepté de soumettre nos résolutions alternatives au vote, même s’il a fallu insister. Il est vrai que, le CAN ayant refusé de les diffuser, la plupart des délégués n’en avait pas pris connaissance jusqu’au congrès et pouvait donc s’estimer outrepasser leur mandat en les votant. D’autant que leur présentation orale en trois et deux minutes respectivement ne permettait pas de bien les présenter et d’argumenter… Malgré tout, notre résolution générale alternative a obtenu 7 voix en plénière (1,61% des suffrages exprimés) et notre résolution alternative sur les européennes 13 voix (2,29% des suffrages exprimés).

4)    Enfin, la question de la composition du CPN, qui a fait l’objet d’une commission présidée par Ingrid Hayes, a atteint un summum dans l’anti démocratisme. Nous avions demandé expressément, en particulier dans notre brochure distribuée aux déléguées, « l’élection par le congrès des membres du Comité Politique National (la direction nationale du parti) à la proportionnelle, sur la base des sensibilités exprimées (que ce soit par des amendements particuliers ou par des textes alternatifs ou par les deux) ». Quatre des signataires de notre projet de tendance avaient envoyé leur candidature avant le congrès, dont trois par l’intermédiaire de leur comité, conformément à la règle édictée par le CAN (la quatrième camarade, déléguée du 91, avait dû en revanche l’envoyer individuellement, car le responsable LCR de son comité, à Massy, avait refusé de la transmettre au CAN…). Or, si la candidature de notre camarade masculin a été bien vite éliminée par la commission chargée de présenter une liste au congrès, nos trois camarades femmes, déléguées au congrès, se trouvaient encore sur la liste à la fin du deuxième jour du congrès. En effet, il manquait des femmes pour atteindre la parité et la commission ne pouvait donc pas décemment les rayer (même si elle avait tenu à préciser « CRI » après le nom de la camarade membre du CRI, mais aussi d’une camarade qui n’en a jamais fait partie !)… Mais, par un des ces miracles dont la nuit a parfois le secret, de nombreuses candidatures féminines, sont arrivées entre samedi soir et dimanche matin (on se demande bien d’ailleurs comment elles ont pu être validées et transmises si vite par leur comité conformément aux règles si strictes édictées par le CAN !). Toujours est-il que, lorsque les travaux de la commission ont repris le dimanche matin, dernier jour du congrès, l’afflux de ces candidatures féminines soudaines était tel que le nom de nos déléguées avait disparu de la liste établie par la commission…

De plus, après que cette commission eut présenté sa sélection en séance plénière, nos camarades n’ont pas été autorisées à prendre la parole pour défendre l’élection du CPN à la proportionnelle et présenter leur candidature sur la base de notre plate-forme ! Alors que le rejet de nos textes en commission nous avait donné le droit élémentaire de les défendre de nouveau en plénière, la tribune a cette fois privé le congrès de son droit de choisir lui-même ses dirigeants parmi les candidats sur la base de leurs positions. Ainsi la fin du congrès a-t-elle été marquée par une violation éhontée de la démocratie.

Pourtant, les statuts qui venaient d’être adoptés par le congrès prévoient expressément que, « s’il existe des orientations politiques contradictoires soumises au vote du congrès, le CPN est élu à la proportionnelle ». Il était donc légitime de demander leur application immédiate et c’était d’autant plus normal dans notre cas que nous avions déposé dès le mois de décembre notre projet de Tendance auprès du CAN et que les organisateurs du congrès eux-mêmes ont expressément soumis tous nos textes comme ceux d’une « plate-forme » alternative à celle du CAN (c’est même avec cet argument que nos amendements aux principes fondateurs ont été soumis en bloc au lieu de l’être l’un après l’autre !) . De plus, la tribune n’a pas hésité à proposer une interruption de séance inopinée pour que les militants proches du courant « droitier » « Unir », qui avaient défendu l’idée d’une alliance de toute la «gauche de la gauche » pour les européennes, se constituent en une plate-forme ad hoc et qu’un vote à la proportionnelle soit organisé pour eux ! Ces militants ont certes choisi de refuser cette proposition, apparemment parce qu’ils se sont divisés à son sujet, n’ayant pas le temps d’en discuter vraiment, et parce qu’elle était de toute façon trop tardive. Mais si la « droite » du parti a ainsi été appelée par la tribune à se constituer en plate-forme (alors même qu’elle avait renoncé à se présenter comme telle avant et pendant le congrès), pourquoi notre plate-forme révolutionnaire s’est-elle vu interdire le même droit, alors qu’elle avait été clairement identifiée comme telle avant et pendant le congrès ? Or, après la reprise de la séance plénière, la tribune a continué de refuser de donner la parole à nos déléguées ! Face à déni de démocratie, deux de nos camarades ont donc essayé de s’adresser à la salle en montant tout de même à la tribune, qui a alors fait appel au service d’ordre pour les expulser l’une après l’autre de la salle (le service d’ordre a d’ailleurs sorti dans la foulée une déléguée des Yvelines venue protester auprès de lui contre cette intervention inadmissible, et elle a dû expliquer qu’elle n’était pas membre de la Tendance avant de pouvoir, quant à elle, revenir dans la salle !). Il est vraiment sidérant que les dirigeants de notre parti qui revendique haut et fort un fonctionnement démocratique n’aient pas hésité à violer les statuts fraîchement votés et même à recourir à la violence pour faire passer cette atteinte élémentaire à la démocratie. Et c’est ainsi que le congrès de fondation du NPA, marqué déjà par de nombreuses entorses à la démocratie, notamment aux dépens de la Tendance révolutionnaire, restera définitivement entaché .

Notre Tendance aurait-elle eu un représentant au CPN si le vote à la proportionnelle avait eu lieu conformément aux statuts adoptés ? C’est certain : avec 650 délégués et 189 membres au CPN (sachant que les organisateurs n’ont pas hésité à ajouter 42 places aux 150 que prévoient les statuts), il suffisait aux candidats d’une Tendance d’obtenir 4 voix pour qu’elle ait un représentant. Or nous avons obtenu jusqu’à 16 voix sur nos textes. Ce n’est donc pas un, mais plusieurs représentants au CPN que la direction du congrès nous a volés et que nous sommes en droit de réclamer ! Car il faudrait que la direction de l’ex-LCR soit raisonnable et cesse de nous craindre ou de nous haïr de façon aussi inconsidérée : quand on dispose d’une hégémonie aussi évidente dans le CPN, est-ce bien glorieux de piétiner la démocratie rien que pour dénier à une petite Tendance le droit d’avoir quelques représentants dans l’instance suprême du parti entre deux congrès, le CPN qui compte, répétons-le, 189 membres ?

En réalité, il est bien évident qu’un tel déni de démocratie ne s’explique pas seulement par la mesquinerie d’une direction écrasante. Ce qui, depuis le début du processus NPA, dérange la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN, c’est le fait que des militants veuillent défendre dans le NPA, pourtant censé être pluraliste et démocratique, des orientations politiques qui s’affrontent aux siennes. C’est pour cela qu’avait été organisée l’exclusion de trois de nos camarades (à Paris 5e-13e en juin et à Valence en novembre), qu’avait été diffusée en juillet une circulaire du Bureau politique de la LCR à tous ses adhérents pour tenter de généraliser ces exclusions (d’ailleurs en vain, grâce aux principes démocratiques d’une majorité de militants et comités de base) et que le CAN avait refusé de publier les résolutions alternatives du projet de Tendance…

Mais les graves atteintes à la démocratie ne concernent pas seulement l’ex-Groupe CRI et la Tendance révolutionnaire. Au lieu de construire d’emblée un parti réellement pluraliste, la direction majoritaire de l’ex-LCR et de l’ex-CAN a en réalité brimé tous les courants politiques minoritaires participant au processus, d’abord en exigeant que toute le monde se contente d’amender ses textes, sans en proposer d’alternatifs, ensuite en distribuant les postes au CPN en fonction du degré de soumission ou de contestation des différents courants. Or il est évident que l’argument selon lequel un congrès de fondation ne devrait pas voir s’affronter des orientations politiques différentes, notamment sous prétexte de ne pas effrayer les « primo-militants », n’a été qu’un moyen pour assurer de façon purement administrative l’hégémonie d’une seule orientation : celle de la majorité de l’ex-LCR, manifestement effrayée à l’idée que, sous l’afflux de 6 000 nouveaux militants, elle puisse perdre le contrôle du NPA ! Pourtant, il faut rappeler que le congrès de fondation de la LCR elle-même, en 1969, avait bien vu s’affronter plusieurs tendances, notamment liées à celles qui traversaient la JCR d’alors (venue de l’UEC) et le « Secrétariat Unifié de la IVe Internationale »… Et surtout, ce n’est pas en interdisant la libre expression des tendances qui existent de toute façon (elles existaient dans la LCR et elles sont encore plus nombreuses dans le NPA, justement parce qu’il a attiré d’autres groupes et sensibilités politiques) qu’on peut les empêcher de continuer à exister. Au contraire, les obstacles au développement démocratique de la confrontation politique ne peuvent conduire qu’à la confusion (dont les premières victimes sont les « primo-militants », privés des tenants et aboutissants d’affrontements qui ne s’assument pas comme tels), à des pressions souterraines et aux méthodes administratives.

De ce point de vue, il apparaît de façon tout à fait évidente que, moins un courant s’est exprimé comme tel avant et pendant le congrès, plus il a été récompensé par la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN, et plus il a combattu l’orientation de celle-ci, plus il a été sanctionné :

La petite association L’appel et la pioche, seul exemple d’une fusion avec un secteur du « mouvement social », a proposé quelques amendements, mais comme ses militants ont voté tous les textes du CAN, elle a eu droit à deux postes au CPN.

Le groupe Gauche révolutionnaire, qui affirme être un courant révolutionnaire du NPA tout en restant un groupe à part, a soumis un seul amendement en tout et pour tout (cf. Bulletin de préparation du congrès, tome I, p. 9, colonne 3, amendement 52 aux principes fondateurs, proposé par l’intermédiaire du comité de Rouen Rive Gauche et repris par deux ou trois AG électives) ; cet amendement n’a obtenu que 10 voix en commission, sans que ses défenseurs jugent utiles de demander sa discussion en plénière ; mais la GR a voté les principaux textes du CAN : elle a donc eu droit à deux postes au CPN.

La Fraction L’Étincelle issue de LO n’a soumis que deux amendements au congrès, mais elle a refusé de voter pour les textes du CAN malgré l’insistance expresse toute particulière des dirigeants de l’ex-LCR en ce sens (et même si un certain nombre de ses propres militants et responsables avaient tout de même voté pour les textes du CAN dans les AG électives). Ce refus a conduit la direction de la LCR et du CAN à ne lui attribuer que des postes d’observateurs au CPN.

Les JCR eux-mêmes, qui ont pourtant renoncé à soutenir le principe d’une organisation autonome pour la jeunesse, mais qui défendent généralement une orientation bien plus combative que l’ex-LCR, n’ont que trois postes au CPN, alors qu’ils revendiquaient 300 militants.

La tendance de droite de l’ex-LCR et du NPA, liée à l’association « Unir » a été sévèrement punie en voyant sa représentation réduite à une proportion qui ne correspond pas à son poids réel — sa direction historique (Christian Piquet, Francis Sitel et Alain Faradji) étant même exclue purement et simplement du CPN. À part sur la question des européennes, cette tendance avait renoncé à combattre pour son orientation politique en présentant une plate-forme alternative pour le congrès du NPA, se soumettant à la pression de la direction de l’ex LCR et de l’ex-CAN. Pourtant, elle pesait encore 13% des voix dans le congrès de dissolution de la LCR le 5 février et, pendant le congrès du NPA lui-même, son amendement sur la résolution européenne a obtenu une centaine de voix sur 650 (même s’il a été voté aussi par des délégués qui n’auraient peut-être pas soutenu toute l’orientation de cette tendance si elle s’était présentée comme telle). En se retrouvant avec seulement 13 postes au CPN sur 189, soit 6,87%, il est donc clair que cette minorité de droite a subi une attaque en règle de la direction majoritaire de l’ex LCR — d’autant plus que celle-ci a d’abord essayé de ne lui en octroyer que 5, avant d’en concéder 8 autres, tentant de se faire passer à bon compte pour magnanime.

Notre Tendance révolutionnaire, seule à avoir mené un combat politique global durant la préparation du congrès et le congrès lui-même, a été privée, par le viol des statuts, l’interdiction de parler et même l’intervention du service d’ordre pour sortir certaines de ses déléguées à la fin du congrès, de toute participation au CPN.

Les camarades du NPA auraient donc tort de croire que le traitement spécial de la Tendance révolutionnaire serait dû à son attitude, comme essaient de le faire croire, dans les couloirs, certains dirigeants de l’ex LCR et de l’ex-CAN . Tous ceux qui connaissent les militants de l’ex-CRI et de la Tendance révolutionnaire le savent : si nous défendons nos idées envers et contre tout, et si nous sommes peut-être « dogmatiques » aux yeux de certains (c’est-à-dire en fait simplement marxistes, bolcheviks et trotskystes tout à fait « classiques » !), nous respectons scrupuleusement les règles fixées en commun, tant pour les discussions que pour l’action et la construction du NPA en tant que parti pluraliste.

Les différents courants et plus généralement les membres du NPA auraient tort de se croire à l’abri des entorses à la démocratie : en organisant si mal le congrès, en empêchant l’expression des sensibilités et les confrontations politiques, en distribuant les postes au CPN en fonction du degré de soumission ou d’opposition des courants politiques à son orientation, la direction de l’ex-LCR et de l’ex-CAN joue un jeu dangereux qui nuit d’ores et déjà gravement — bien plus que ce que nous pouvions craindre au moment où le processus a été lancé — à la santé du NPA. Il est donc impératif que les courants minoritaires, les comités de base et tous les militants du NPA se saisissent de la question de la démocratie dans le parti, protestent contre les entorses qu’elle a subie avant et pendant le congrès et exigent son respect scrupuleux désormais.

Enfin, au-delà de cette question fondamentale de la démocratie, les courants, sensibilités et individus du NPA qui se réclament de la révolution, du communisme et notamment du trotskysme doivent faire le bilan de leur orientation respective — et notamment de leur choix de ne pas affronter l’orientation de l’ex-LCR —, ouvrir sans attendre la discussion entre eux, se rencontrer, tisser ou renforcer leurs liens pour aller vers une grand Tendance Révolutionnaire commune. Le congrès de fondation montre que c’est la seule solution pour affronter politiquement, dans le cadre des règles communes, la ligne ambiguë et à tendance réformiste qu’impulse et qu’impulsera la majorité de la direction du NPA jusqu’au prochain congrès.


Site : http://tendanceclaire.npa.free.fr — Contact : tendanceclaire.npa@free.fr ou 06 64 91 49 63



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