actualité politique nationale et internationale
Editorial (24 février 2009)
Sur le fil des rapports politiques entre les classes, la tension s’accroît. Le point de rupture n’est pas encore atteint mais les grèves de Guadeloupe, de Martinique et des chercheurs-
enseignants sont grosses de potentialités. Si le gouvernement cède à la mobilisation, il sera déstabilisé. Déjà la bourgeoisie, son gouvernement n’agit plus avec cohérence. Il résiste mais il
panique… Rappel précipité du secrétaire d’Etat Y. Jégo après qu’il eut signé un pré- accord en Guadeloupe. C’est évidemment un acte de soutien au patronat Béké. Et surtout une peur de la
contagion. Renvoi à Fort-de-France de Jego encadré par deux « médiateurs » . Le volubile Sarkozy se tait, se cache. Cachez cette grève générale que je ne saurais voir. Alors, le PS local entre en
scène avec « une prime de 100 euros pour 3 ou 4 mois ». Bide. Refus. Le PS aussi panique : Martine Aubry appelle le gouvernement à agir, à éviter la contagion… Une social-démocratie plus
servile, difficile à imaginer. Le PS et les confédérations syndicales constituent le bouclier de N. Sarkozy.
Chercheurs, enseignants du supérieur, professeurs des IUFM, étudiants. C’est l’ensemble de la politique universitaire libérale (autonomie, etc…) maastrichienne, préconisée par Jacques Attali qui
se heurte à la mobilisation. Là aussi, bafouillage verbal, reculer sans montrer que l’on recule, « médiation », calendrier retardé et Xavier Darcos, et Rachida Dati plombée par les magistrats
alors que Kouchner est surpris la main dans le pot de confiture de Bongo.
Le gouvernement doute, vacille. Une crise politique se développe. Il faut bien préciser les éléments qui fondent cette assertion. D’abord et avant tout Sarkozy a peur de la classe ouvrière.
Certes, dans la plupart des pays européens, les gouvernants sont sur la défensive face à la déferlante de la crise. Partout il y a la crainte que la mobilisation de la classe des salariés
bouscule les gouvernements. Mais en attendant il n’y a qu’en France qu’un tel processus est réellement engagé. Pour l’heure le mouvement de mobilisation est toujours surveillé, encadré par les
appareils syndicaux. Mais il existe. Et même il se développe. Dans les DOM-TOM comme à l’université. Contagion, c’est le mot clef. Sarkozy craint les contagions, Martine Aubry et les secrétaires
généraux également.
Le gouvernement n’a plus la main. Il doit reculer en masquant son désarroi. Cela devient difficile. La moitié du gouvernement est sous surveillance l’autre cherche la porte de sortie…
De son côté, le salariat est encore dans une phase d’incubation politique. Il se prépare au combat. Il sait qu’il faudra « y aller » mais il a besoin de cette phase de réflexion. Comment
combattre pour l’emporter ? Comment lier les revendications immédiates (salaires, lutte contre les licenciements) à une solution pérenne au niveau de la société ? Si c’est le socialisme, quel est
son contenu ? Et comment garantir l’exercice de la démocratie ? Toutes les questions ne se posent pas avec la même acuité, mais elles se posent. De la crise proprement dite nous disions qu’elle a
chaussé des bottes de sept lieues. Ainsi on apprend cette semaine un recul du PIB Japonais de près de 13 % (!) alors que General Motors envisage sérieusement de se placer sous le régime des
faillites… Quand les salariés, les citoyens entendent de telles nouvelles, sidération et angoisse s’imposent. Cet état ne peut être surmonté que par la réflexion politique.
Lutter plus, plus vite, n’est pas la solution. Relier les revendications immédiates à l’alternative anti-capitaliste, voilà le rôle premier des révolutionnaires. Ainsi le tract des métallos FO de
St- Etienne s’inscrit dans cette démarche qui permet de lever les confusions et de dégager la voie pour une lutte efficace : « (…) Il est inadmissible d’aller voir Sarko pour « convenir du
programme de réformes » alors que les manifestants demandaient l’ arrêt des licenciements, des réformes, comme la RGPP ou la privatisation de la Poste. L’indépendance d’un syndicat ce n’est pas
de définir avec le gouvernement « des méthodes pour mener (ce programme de réformes) à bien ». Quand, lors de la cérémonie des vœux « aux partenaires sociaux » , Sarko dit : »je veux
commencer par vous remercier pour l’ ampleur de la tâche que vous avez accomplie en 2008 », c’est humiliant pour l’ ensemble du mouvement syndical.(…) Nous ne sommes pas « des partenaires sociaux
». Nous ne sommes pas des auxiliaires du président et de son gouvernement. Nous ne sommes pas des supplétifs. Nous ne devons pas l’ aider à mener à bien ses réformes. Nous devons être en première
ligne pour lutter contre les licenciements, le chômage partiel, toutes les attaques organisées par ce gouvernement et le MEDEF. Dans ce cadre nous estimons qu’il est nécessaire que les dirigeants
syndicaux, notre secrétaire général le premier, ne participe pas au « sommet » avec Sarko. N’y allez pas ! »
C’est cette voie qu’ ont entreprise les enseignants- chercheurs entrés « en grève reconductible, totale et illimitée » pendant que ceux des Instituts de Formation des maîtres (IUFM) et leurs
étudiants se mettent aussi en mouvement. Ils exigent l’ abrogation des décrets de la ministre Pécresse, et refusent de rencontrer les médiateurs de celle ci pour amender ses décrets. C’est
le produit d’un long processus dans lequel il conviendrait d’examiner le rôle joué par chacun et par les interventions organisées des groupes, syndicats et partis politiques ainsi que celui
des expériences des luttes dans l’ université depuis quelques années, par lequel ils ont décidé de rompre le cycle du renoncement pour prendre leur sort en main. Ils ont créé des organismes
propres (« sauver la recherche », « sauver l’ université » …) à travers lesquels ils ont engagé la réflexion et le débat libre, dans leurs réunions, réseaux et Assemblées générales pour
préparer les conditions de l’ action. Le 22 janvier ils ont décidé : « L’université et la Recherche s’arrêtent ». Ils conduisent leur grève en construisant leur « coordination nationale » qu’ils
perfectionnent au fur et à mesure de l’ expérience y intégrant les syndicats, luttant pour les faire fonctionner à leur service. En soumettant à l’ analyse critique le projet global du capital et
de son gouvernement en matière de recherche et d’université, particulièrement le discours programme de Sarkozy du 22 janvier, ils ont commencé à débattre des contours d’ une recherche
et d’ une université au service d’une société libérée des contraintes de la loi du profit et de son accumulation privée. Ils cherchent sur cette base à élargir et à entrer en connexion avec les
étudiants, liant la lutte immédiate pour l’ abrogation des décrets à celle de l’ abrogation de la LRU, en connexion aussi avec les autres catégories d’ enseignants, de la Maternelle à l’
Université pour préparer une manifestation nationale contre le gouvernement et sa politique. Dans ce sens ils ont entrepris, en se saisissant de ce qui est à leur portée, d’« allier et rallier,
lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé »1) comme l’ont fait à leur manière et à partir de leur réalité les militants du collectif LKP, l’ alliance contre l’
exploitation outrancière, en Guadeloupe. Autour d’un programme de revendications économiques, sociales et politiques 2) élaboré au cours de réunions qui ont duré des semaines, un collectif
composé d’une cinquantaine de syndicats , associations et groupements populaires s’est rassemblé qui a décidé de convoquer et conduire la grève générale.
Appuyés sur ce mouvement et comme partie intégrante de lui, 9 intellectuels antillais viennent de lancer un Manifeste 1) ouvrant la réflexion et proposant « le penser ensemble » à ce profond
mouvement : « Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj (de l’ alliance) ou bien du vivre –ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère » mais le
souci démultiplié d’une plénitude de l’ idée de l’ humain. Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise réunionnaise
nouvelles prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau. Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les
négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres. »
« Nourrir », pour donner son souffle au mouvement de ceux qui ont décidé de prendre leur lutte en main. « Nourrir » pour qu’ils tiennent ferme dans le choc inévitable contre le patronat, le
gouvernement Sarkozy et son appareil d’état, afin de remporter les premières victoires revendicatives et politiques. Tel est consciemment l’ objectif du Manifeste des 9. Savoir « nourrir »,
« prolonger » et « ouvrir » l’ horizon de l’ au-delà du capitalisme pour préparer les luttes efficaces. C’est le défi qui nous est posé à tous.
Paris 24 février 09
Club « socialisme maintenant »
1) Lire le Manifeste des 9 Intellectuels antillais sur notre site
2) Lire sur notre site