actualité politique nationale et internationale
Message à un camarade du comité du dix septième arrondissement de Paris du Parti de Gauche, par Jean
Puyade
Il y a eu récemment une telle avalanche de documents que, alors que j’ ai un peu de temps pour répondre à ton texte, j’ai hésité un peu à encombrer ta boîte mail. Mais je me dois de le faire ne
serait ce que pour le sérieux et l’intérêt avec lesquels tu abordes les problèmes à la veille de cette journée du 19 mars. Journée vers laquelle vont converger toute une série de luttes très
dures engagées dans l’ ensemble de la France et qui vont ainsi lui donner un net caractère anti Sarkozy, anti gouvernemental, anti patronal quoiqu’ en dise ou voulait en faire Chérèque, ce bon «
partenaire social », qui s’énerve et dénonce « la politisation ». Nous serons toi et moi avec des millions d’autres dans la rue ce jeudi. 19 mars parce que nous aspirons à la lutte unitaire pour
gagner. Mais obtenir l’ unité exige la lucidité. C’est pour cela que tout en manifestant, comme des centaines de milliers de salariés et de jeunes je ne m’empêcherai pas de penser et de discuter
autour de moi. « Il faut savoir distinguer la paille des mots et le grain des choses » disait toujours mon grand père, un vieux paysan du Sud Ouest. Si nous ne l’avions pas fait, nous serions
encore au PS.
Et après le 19 mars ? Bien voter le 7 juin ? Attendre un mois et demi pour une nouvelle journée d’action alors que partout les gens « crèvent » ?
Nous sommes confrontés au problème crucial: comment aider à réunir les conditions politiques pour isoler Sarkozy et en finir avec un gouvernement dont le maintien jour après jour est un attentat
contre les intérêts matériels et moraux des salariés, de l’ immense majorité de notre peuple. Voilà quel doit être le centre de nos préoccupations. Personnellement je ne suis pas de ceux qui
crient à tout bout de champ « Grève générale, grève générale… » En réalité moi celle-ci naît indépendamment de nous, quand cela est mûr, et je suis convaincu que dans des formes et circonstances
que nous ne pouvons pas prévoir il y aura une explosion sociale de ce type.
Mais tu seras bien d’accord avec moi que si après la Guadeloupe un secteur des salariés est capable d’ infliger une nouvelle défaite revendicative et politique à Sarkozy non seulement cela
ouvrira la voie à d’autres succès mais de plus les conditions dans lesquelles se présenteraient les élections du 7 juin seraient bien différentes. Comment aider dans ce sens, tel doit être notre
débat au PG , et dans le front de gauche.
Or sans chercher à inventer artificiellement des conflits il suffit d’être attentifs à ce qui se passe dans notre pays. Il y a en ce moment un secteur engagé dans une grève générale nationale
illimitée depuis plus de 6 semaines: c’est celui des enseignants –chercheurs et des profs et élèves des IUFM. Ils sont en lutte contre un élément clef de la politique de Sarkozy. En effet ils
remettent en question dans cette grève générale et illimitée, organisée dans une coordination nationale élue par les AG de grève, des décrets découlant d’ une loi centrale du dispositif du
système Sarkozy dans l’ Université : la LRU. Ils refusent de négocier avec la Ministre Pécresse tant que ne seront pas retirés quatre décrets et décisions essentiels, le principal syndicat du
supérieur le Snes sup se pliant à cette volonté (même si 4 syndicats minoritaires dont FO et l’ Unsa du supérieur ont trahi ce mandat et ont tenté de négocier par-dessus la volonté de la
majorité) démontrant ainsi la différence qu’il y a entre une conception de « partenaires sociaux » dialoguant avec le gouvernement et celle de syndicats indépendants au service de leurs mandants.
Ils cherchent et luttent pour la jonction avec les étudiants et l’ ensemble des secteurs de l’éducation nationale et l’ ensemble des français.
Malheureusement ils se heurtent à une succession de verrous même s’ ils ont réussi à en faire sauter certains comme je viens de l’ analyser. Dans notre journal « A gauche » du 24 février le
rédacteur en chef Laurent Mafféis donne une bonne analyse de la LRU et de ses décrets démontrant fort justement pourquoi le PG est pour « l’ abrogation de la LRU » coïncidant ainsi positivement
avec la coordination des enseignants en grève..
Et bien vois tu c’est ici que je t’appelle à nouveau à savoir dégager « le bon grain des choses, de la paille des mots ». Il n’est pas vrai que le PS soit en faveur de l’ abrogation de cette Loi
! Et contrairement à ce que tu penses, Julliard, alors Président de l’ UNEF, est connu pour avoir apporté une aide majeure, en « bon partenaire social », à cette LRU dite Loi Pécresse contre
laquelle le PS a certes voté en Juillet 2007 mais en s’y opposant pour des questions secondaires et bien mollement (Mélenchon nous a très bien expliqué comment cela s’était passé.) De plus le PS
n’a pas participé à la résistance contre la LRU à la rentrée d’automne 2007, et a de plus dénoncé publiquement la forme adoptée librement par les étudiants pour cela, le blocage des universités.
En effet à la rentrée de septembre 2007 les étudiants sont entrés en lutte avec pour cible la LRU, face à l’ UNEF. C’est tout à l’ honneur d’un secteur de l’UNEF dirigé par une partie de la
gauche du PS, dont nos camarades de « Force militante » et de « PRS », d’avoir rejoint les étudiants dans cette lutte, entravée malheureusement par ce qui fut le grand syndicat étudiant, dont j’
ai été un des responsables pendant mes années d’ études. Julliard est entré dans l’ histoire comme le premier « partenaire social » de Sarkozy, facilitant une loi Sarkozy, comme le furent en
janvier 2008 Chérèque et Mailly avec l’ accord MEDEF sur « le nouveau contrat de travail » qui devint la base d’une nouvelle loi de Sarko, contre laquelle seuls votèrent les parlementaires
socialistes Dolez et Mélenchon.
Laurent Mafféis explique très bien dans son article comment cette LRU vient du processus de Lisbonne mis en place en 2000 du temps du gouvernement Jospin et de son ministre Allègre de sinistre
mémoire, c'est-à-dire d’ une généalogie social libérale.
Si on ne fait pas la clarté là dessus, comment veux tu que nous gagnions les Julien, Brigitte, Hacène ?… ces jeunes camarades si proches de nous et pourtant pris encore dans le piège social-
libéral du PS avec l’aide des Hamon, Emmanuelli et de leur compère Filoche qui n’ont pas leur pareil pour enfumer et embrouiller.
C’ est pour cela que je suis très attentif et que comme bien d’autres nous constatons que dans le premier texte du « collectif des 12 organisations politiques » (dans lequel a côté du PG, du PCF,
et du NPA on trouve le PS) appelant au 19 mars, on trouve la formule « il faut revenir sur la LRU et ses décrets » -« revenir sur » ne veut pas dire « abroger », mais passons. Par contre, dans la
dernière déclaration du même collectif appelant au 19 mars, il n’ y a plus aucune allusion ni à cette loi ni à ses décrets. Plus un mot ! Le PG aurait il changé de position ? Pas du tout ! Ni le
NPA d’ailleurs qui est aussi pour l’ abrogation de la LRU et le retrait des décrets. Par contre tu trouveras tout récemment sur le site du PS et aussi du PCF une déclaration du PS, du PCF et des
Verts sur la situation à l’université, refusant l’abrogation de la LRU et « cherchant une issue par le haut au conflit des universités » « par une consultation pour une loi » à présenter dans un
parlement dominé par la droite sarkozyste. Et ceci parce que, contrairement à ce que tu penses, le PS est contre l’ exigence de l’ abrogation de la LRU, même si on voit quelques
responsables et militants dans les manifs des universités. (Je t’invite à lire sur le site du PCF les commentaires indignés de militants du PCF dénonçant cette position évoquée plus haut, un
retour à « la gauche plurielle du temps de Jospin » et regrettant l’absence d’une déclaration des partis de gauche se prononçant pour l’ abrogation de la LRU et le retrait des décrets,
particulièrement du « Front de Gauche ») Comme tu pourras le voir si tu vas sur ce site, nous ne sommes pas les seuls militants du PG à nous poser des problèmes sur l’orientation de la direction
du PCF qui joue dans ce cas son rôle de trait d’union vers le PS. Bien sûr si le PS se décidait à « l’ abrogation de la LRU et à rejoindre une orientation pour un gouvernement de rupture avec le
capitalisme nous nous en féliciterions. Mais nous n’ en sommes pas là !
Donc quand les conditions de gagner et de battre Sarko peuvent être réunies alors je suis pour analyser, comprendre et aider à faire sauter les verrous et à lever tous les obstacles. Et là il ne
faut pas hésiter à se battre politiquement, pour aider à l’ éclaircissement des problèmes. Tel doit être le rôle d’un parti comme le nôtre, d’un front de gauche digne de ce nom. C’est ainsi de
plus que nous pourrons gagner les camarades cités plus haut et d’autres. Or sur ce point d’ancrage dans la lutte de classe directe, pour aider à la levée des obstacles, pour l’instant, permets
moi de constater que le front de gauche ne joue pas son rôle et je pense que c’est essentiellement dû à l’ orientation de la direction du PCF qui, me paraît il, semble exercer une certaine
prépotence.
Pour terminer un autre exemple : « l’ appel à la solidarité avec la Guadeloupe », Place Clichy, était signé par 10 organisations politiques dont le PG et le NPA mais il n’était pas signé, par
contre, ni par le PS ni par le PCF. Pour le PS on sait bien pourquoi : il s’est auto- exclu du front de lutte en Guadeloupe, le LKP, alors qu’il dirige une grande partie des municipalités et
département là bas et Martine Aubry dénonçait « le danger de contagion ». Fallait il au nom de l’ unité, de l’unité avec le PS, renoncer à signer cet appel et à réaliser cette manif de
solidarité?
Fallait il rejoindre le Crif, le PS et le PCF qui ont lancé la semaine antérieure un « appel contre les violences en Guadeloupe » qui désignait du doigt le barrage des jeunes où est tombé le
syndicaliste Bino (ils ne se sont retrouvés qu’à quelques dizaines autour du CRIF cet organisme organisateur des manifs en faveur de l’armée israélienne à Gaza). En aucun cas ! et le PG a très
justement signé l’appel même sans la signature du PS ni de celle du PCF !
Tu comprends maintenant pourquoi nous sommes inquiets de l’évolution récente ?
Aujourd’hui tout le monde dit, tout le monde écrit, (sauf l’inénarrable Chérèque ) : « Comme en Guadeloupe…comme en Guadeloupe… » Encore et toujours « distinguer le grain des choses et la paille
des mots »
La différence entre le mouvement en Guadeloupe et l’orientation de MG Buffet ?
C’est la même qui sépare préparer la victoire et préparer un nouveau revers.
En Guadeloupe il s’est formé après une lutte patiente, longue et acharnée, un véritable front uni de syndicats, organisations et partis politiques, organisations populaires et culturelles (49
organisations) le LKP, sur une plateforme précise de plus de 140 points très concrets couvrant 10 chapitres et reprenant les aspirations du peuple guadeloupéen, rien à voir avec la vague plate
forme syndicale du 19 mars. (Comme je l’ ai déjà dit , le PS qui occupe pourtant la plupart des institutions officielles s’en est auto exclu et a tenté en plein milieu du conflit de faire
diversion). Les salariés, les jeunes, les vieux, les artisans, paysans, petits entrepreneurs se sont reconnus dans l’esprit général et la précision de la plateforme. Ca vaut le coup d’en lire le
préambule et la conclusion et le contenu. Il y avait la respiration de la lutte pour une autre société. Ils ont donné un premier avertissement le 16 décembre 2008. Pas de problèmes, moi aussi je
suis pour donner des avertissements. Puis ils se sont engagés dans la grève générale avec « conviction, audace et solidarité » pour gagner, comme le dit Elie Domota leur porte parole : plus de 40
jours de grève générale. Le LKP est resté uni et ferme sur ses objectifs en permanence ; en face la coalition Gouvernementale- patronale s’est disloquée et divisée. On parle beaucoup de la
victoire sur les 200 euros.
Il faut lire la liste de plus de 120 points qu’ils imposé, point par point ! Un vrai programme d’urgence dans une dynamique de rupture avec le système. Une vraie victoire politique et
revendicative infligée au gouvernement Sarkozy. Vois tu j’ai fait en 2003 plus d’ un mois et demi de grève contre la réforme des retraites et j’ ai fait aussi des dizaines et des dizaines de
journées d’action à saute mouton.
Comme beaucoup (mais chaque fois de moins en moins) j’ y ai dépensé beaucoup d’euros. J’ai ma petite idée sur pourquoi on a perdu. Depuis je suis très vigilant.
En métropole les confédérations syndicales n’ont pas bougé le petit doigt pour organiser la moindre manif solidaire, même si maintenant on s’arrache les guadeloupéens..
Certains disent « tout cela c’est couper les cheveux en quatre ». Laisse moi te dire : ceux là soit ils sont fatigués ou relativement bien installés dans leur petit confort ou alors ce sont des
aveugles. Pour ma part je ne veux pas participer à de nouvelles impasses et au moins ne pas mourir idiot. On aura beau coller et distribuer des tracts si cette orientation n’est pas redressée ce
n’est même pas le taux pour obtenir le remboursement des frais de campagne que nous atteindrons.
Le 18 mars 09
Jean Puyade
www.socialisme-maintenant.org