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Le Parti de Gauche et le NPA : en réponse à un lecteur
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Un lecteur fidèle de la Lettre de Liaison de Militant a interpellé sur notre appréciation du Parti de gauche, du Nouveau Parti Anticapitaliste et de leur positionnement réciproque au regard des
élections européennes.
Je ne suis pas au Parti de Gauche (PG) et je n’ai pas l’intention de devenir son avocat.
Pour autant, je crois qu’il convient d’avoir une appréciation correcte de son positionnement et de sa stratégie, ne serait-ce que pour la critiquer.
Si le PG s’est tourné en premier lieu vers le PCF c’est parce que son projet stratégique – réaffirmé à maintes reprises – est la constitution d’un « Die Linke » à la française, c’est à dire d’un
nouveau parti dont l’armature serait constituée par la jonction du parti communiste et d’une fraction « gauche » de la social-démocratie. Au delà des blocs électoraux, ce que vise le PG c’est une
fusion avec le PCF. Je pense que le PG souhaiterait volontiers que des fractions issues de l’extrême gauche (c’est déjà le cas avec Gauche Unitaire) ou de l’écologie politique (des dirigeants du
courant Utopia du PS ont rejoint le PG) se joignent au processus mais ce n’est pas l’objectif premier. Pourquoi ? Sans doute parce que la direction du PG a des divergences importante avec
l’extrême gauche mais aussi et surtout parce qu’elle semble considérer que le NPA et le PCF n’ont pas du tout le même ancrage social, malgré l’affaiblissement du PCF. De ce point de vue, je ne
leur donnerais pas tort. Dans le cadre du projet « Die Linke à la française », non seulement Mélenchon et Dolez privilégient le PCF mais il est quasi certain que, sans des assurances préalables
des dirigeants communistes sur une alliance aux européennes, ils n’auraient pas quitté le Parti Socialiste.
Le discours « social » du PG reste généralement un cran en dessous de celui du NPA.
Pour autant, le fait qu’on voit plus le NPA dans les luttes que le PG reste à démontrer, au moins sur le moyen terme. Il y a sans aucun doute parmi les cadres du PG un nombre de responsables
syndicaux CGT, FSU ou FO largement égal si ce n’est supérieur à celui du NPA. D’après ce qu’on sait, le PG a seulement commencé il y a quelques jours à structurer son secteur « entreprises ». On
verra ensuite. En tout état de cause, on peut noter que Jean-Luc Mélenchon a défendu Olivier Besancenot dans la polémique initiée par Chérèque sur la présence des révolutionnaires aux portes des
entreprises.
Il y a entre le PG et le NPA une divergence de fond quant à l’attitude à adopter vis à vis du PS. Pour la résumer, le NPA veut affirmer un pôle de la gauche radicale se construisant sur le rejet
des socialistes. Le PG veut construire un rapport de forces à gauche du PS mais ne l’exclut pas par principe d’un dispositif d’alliance car il a le souci de constituer une majorité politique.
Comment ne pas se sentir plus d’affinités avec cette approche, à partir du moment où l’on veut chasser tout de suite Sarkozy et par conséquence avoir un gouvernement d’unité dans les plus courts
délais ? Il n’y aurait pas eu de 19 mars sur la base de la mobilisation de SUD (ni même de la seule CGT) et sans implication de FO, de la CFDT, l’UNSA, la CGC etc. Il n’y aura pas de changement
sans l’implication de tout ou partie du PS. Reste à savoir sur quelle base politique et sur quel rapport de forces. Mais de cela le NPA semble s’en
moquer et se fixer comme unique objectif de piquer la niche électorale protestataire détenue par le PCF. Le tout naturellement au nom de grandes déclarations gauchistes sur la grève générale,
l’opposition à l’électoralisme etc. Tu parles !
C’est clairement sur le NPA, et le NPA seul, que repose l’échec de l’alliance pour les européennes. Ses deux ultimatums (l’alliance aux régionales sans le PS et le nucléaire) étaient tout à fait
hors de propos et assez hypocrites. Franchement, on voit assez mal comment le nucléaire pourrait être un discriminant fondamental pour une alliance électorale aux européennes et comment on
pourrait reprocher au PG d’avoir fait un compromis avec le PCF sur ce point, compte-tenu de leur proximité idéologique sur tout le reste. Et bien entendu, au vu de la stratégie globale du PG (on
est pas trop sûr que le PCF ait une stratégie) le refus à priori d’alliances avec le PS pour des régionales dans deux ans est inacceptable. C’est par ailleurs assez hypocrite de la part du NPA,
dans la mesure où il laisse la porte ouverte aux Alternatifs(*), alors même que ces derniers ont eu bon nombre d’élus sur la base d’alliances incluant le PS, y compris dès le premier tour.
Alors oui, le PG est un parti réformiste, ou tout au moins un parti parlementariste. C’est clair et il ne véhicule lui même aucune ambiguïté sur ce point. C’est pour cette raison aussi qu’une
organisation autonome des révolutionnaires (y compris au sein du PG) est nécessaire. Est-ce à dire qu’il ne faille pas le prendre en compte ni s’y intéresser ? Ce parti sera-t-il quand même utile
au rassemblement de l’avant-garde ouvrière en donnant une perspective « partidaire » aux déçus du PS sans les isoler de la majorité du « peuple de gauche » ? C’est possible. Et, même si on peut
demeurer sceptique quant au pronostic, on ne peut pas souhaiter son échec.
Lors de la manifestation du 19 mars, j’ai vendu un exemplaire de Militant à un camarade du PS qui, me parlant du PG ou du PCF, me disait « en avoir un peu marre des gens qui ne font que 2 % et
qui viennent nous donner des leçons ». Ce faisant il mettait bien le doigt sur le problème essentiel. Comment arracher à l’emprise de la droite les 40 % de salariés qui sont idéologiquement sous
son emprise ? Une réponse peut être l’unité de toutes les tendances dans un grand parti autour du PS (le projet de son actuelle gauche). Une autre peut être la constitution d’autre chose, mais
alors il faut se donner les moyens de réussir. Je crois que la force de Mélenchon est de regarder ce problème en face.
Après, si la seule chose envisageable à court terme est d’envoyer « un signe à ceux qui se battent », le vote LO existe aussi et sera sans doute l’option la plus claire lors des élections
européennes.
Raymond Debord.
Nota :
Le NPA a proposé aux Alternatifs la tête de liste pour la circonscription du Grand Ouest, alors que dans cette région précisément, les Alternatifs siègent à la mairie de Nantes dans la majorité
municipale conduite par JM Ayrault, chef de file du groupe parlementaire PS