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La CGT a limogé l’expulseur de la Bourse
Sans-Papiers. Fin juin le syndicat «évacuait» ses locaux parisiens.
Par KARL LASKE
L’expulsion des sans-papiers de la Bourse du travail de la rue Charlot à Paris, le 24 juin, n’a pas été cautionnée par la direction nationale de la CGT, malgré le silence de ses responsables. Dès
le 29 juin, le bureau confédéral du syndicat a «démis de ses fonctions» son responsable confédéral chargé de la sécurité pour avoir, entre autres choses, coordonné l’opération d’évacuation de la
Bourse..
Lunettes. Ce sont des hommes masqués qui ont fait irruption au siège de la Bourse du travail occupée. Equipés de matraques et de grenades lacrymogènes, ils sont une cinquantaine. Certains d’entre
eux ont des lunettes de plongée, pour se protéger des gaz qu’ils ont prévu d’employer contre les sans-papiers. «Le commando du service d’ordre qui nous a gazés, avant même que nous réalisions ce
qui se passait, a fait irruption par la première porte à gauche passé le portail d’entrée, la porte qui donne accès aux bureaux que nous n’avons jamais occupés», explique la Coordination 75 des
sans-papiers. Après plusieurs charges du service d’ordre cégétiste, dans la cour et dans les bâtiments, la centaine de sans-papiers encore présents se réfugie dans la grande salle, d’où ils tentent
de résister, avant d’être évacués par la police.
«Après quatorze mois d’occupation stérile [des sans-papiers, ndlr], la CGT 75 a été malheureusement contrainte de prendre cette décision d’évacuation», a annoncé l’union départementale (UD) CGT de
Paris. «Libération de la Bourse du travail», claironne leur communiqué. Mais, sur place, les responsables de l’opération ont quitté leurs masques. Sur les photos et les vidéos, on les identifie. Le
responsable confédéral de la sécurité est présent.
Au niveau national, la CGT met plusieurs jours à réagir. Officiellement, elle ne condamne pas l’expulsion. Au contraire, son communiqué du 29 juin, intitulé «La lutte aux côtés des travailleurs
sans papiers continue plus que jamais», s’en prend aux «instigateurs de l’occupation de la Bourse du travail» coupables d’avoir fait miroiter une régularisation aux occupants.
Lettre. «A la CGT, les syndicats sont autonomes», lâche pour toute réponse Francine Blanche, responsable confédérale chargée de l’immigration. «Il s’agit d’une décision prise par l’union
départementale de Paris, sans nous consulter, explique un permanent confédéral. Mais, statutairement, ils n’ont pas l’obligation de nous demander notre avis.» Treize conseillés fédéraux chargés des
questions internationales ont par ailleurs écrit une lettre de protestation à Bernard Thibault. Le syndicat du livre national (Filpac) CGT a demandé qu’on établisse «la responsabilité du ou des
organisateurs» de l’opération et signale que des adhérents avaient refusé d’y participer.
De son côté, la CFDT Paris, qui poursuit en justice deux intermittents pour une brève occupation de ses locaux, s’est «félicitée» de «la libération» de la Bourse.
Précision : Le texte d’Emmanuel Terray sur l’évacuation de la Bourse (Libération d’hier) n’était pas cautionné par le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable mais écrit à titre
personnel.