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Nouveau suicide à France Télécom
LEMONDE.FR | 28.09.09 | 14h56 • Mis à jour le 28.09.09 | 17h53
Un salarié de France Télécom s'est donné la mort, lundi 28 septembre dans la matinée, à Alby-sur-Chéran, en Haute-Savoie, portant à 24 le nombre de suicides au sein de l'entreprise depuis février
2008. L'information, révélée par Le Dauphine libéré, a été confirmée par la direction du groupe. L'employé s'est jeté d'un viaduc et a mis en cause dans une lettre la société qui l'employait. "Le
PDG de France Télécom, Didier Lombard, se rend immédiatement sur place", a déclaré un porte-parole du groupe à l'agence Reuters, précisant que l'employé avait mis fin à ses jours à 9 h 39.
Pressé par le gouvernement, France Télécom s'était engagé le 15 septembre à adopter des méthodes de gestion "plus humaines" pour enrayer la "spirale infernale des suicides" frappant ses salariés.
Didier Lombard a cependant indiqué qu'il n'était pas possible, comme le demandent les syndicats, de mettre un terme aux "restructurations" de l'entreprise de 102 000 salariés. "France Télécom
pourrait au moins suspendre les mobilités forcées jusqu'à la fin des négociations avec la direction, à la mi-décembre, et non jusqu'au 31 octobre, comme c'est actuellement prévu", déplore Patrick
Ackermann, secrétaire fédéral de SUD-PTT, qui anime l'Observatoire du stress et des mobilités forcées de l'entreprise. "A moins que la date du 31 octobre ne cache d'importantes restructurations à
venir en novembre, qui seraient plus que malvenues", s'inquiète le syndicaliste.
MOBILISATION DE LA MÉDECINE DU TRAVAIL
Après une série de suicides et de cas dramatiques sur les lieux de travail, les syndicats demandent l'arrêt des fermetures de sites, des suppressions de postes et des mutations géographiques ou
professionnelles forcées. Cette politique est, selon eux, l'origine profonde du malaise des salariés de cette ancienne administration d'Etat devenue société anonyme en 1996, et dont
l'actionnariat est majoritairement privé depuis 2004. Didier Lombard avait été interpellé directement par le ministre du travail Xavier Darcos, qui a rappelé que l'Etat était le premier
actionnaire de France Télécom.
Le programme d'action de France Télécom inclut, en plus du gel des mutations forcées jusqu'au 31 octobre, un audit de 250 personnes sur le phénomène des suicides et l'ouverture de négociations
avec les syndicats pour la mise en œuvre d'un accord interprofessionnel sur le stress au travail. Ces négociations, qui démarrent mardi, porteront sur cinq points : l'organisation du travail, les
conditions de travail, la mobilité, la séparation entre vie professionnelle et vie privée et les instances représentatives du personnel.
Le ministère du travail a demandé d'autres mesures à France Télécom. Il veut notamment la mise en place d'une gestion prévisionnelle des emplois, pour offrir aux salariés une "visibilité" et
couper court aux mutations jugées brutales. Xavier Darcos souhaite également "une meilleure prise en compte de la situation personnelle des salariés". Les médecins du travail ont été mobilisés et
Didier Lombard a promis le recrutement d'une centaine d'employés chargés de lutter contre le problème. Un numéro d'appel a été mis en service pour les employés ayant besoin d'une assistance
psychologique.
"L'intervention de l'Etat a rassuré les salariés, concède Pierre Morville, délégué syndical central CGC-Unsa (premier syndicat). Mais il faut encore des annonces fortes de la part de France
Télécom débouchant sur des mesures concrètes et rapides." Parmi les revendications : le départ en préretraite de 10 000 à 14 000 salariés – la moyenne d'âge au sein du groupe est de 48 ans –, le
maintien du statut de fonctionnaire, ainsi que le départ du directeur exécutif Pierre-Louis Wenes.