actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
Editorial du Monde
Une gifle cinglante pour Silvio Berlusconi
Le Monde | 14.06.11 | 11h21 • Mis à jour le 14.06.11 | 15h17
En italien, ça s'appelle "un schiaffo" – une gifle. Et le schiaffo qu'ont infligé les électeurs italiens, lundi 13 juin, à Silvio Berlusconi, en rejetant l'ensemble des mesures législatives qui leur étaient soumises par référendum, est particulièrement retentissant.
Retentissant, d'abord, par l'ampleur de la désobéissance. Alors que le président du conseil avait appelé ses compatriotes à boycotter ce scrutin organisé à l'initiative de partis d'opposition, le taux de participation a atteint 57 %, un chiffre exceptionnel pour un référendum.
Retentissant, ensuite, par le résultat même, qui ne peut être interprété que comme un désaveu massif du Cavaliere. A une écrasante majorité de 94 % à 96 % pour chacune d'entre elles, les Italiens ont rejeté les quatre initiatives berlusconiennes qui leur étaient présentées: la construction de nouvelles centrales nucléaires, la loi de privatisation de la gestion municipale de l'eau, et deux lois assurant l'immunité judiciaire, le temps de leur mandat, pour les ministres et le président du conseil.
Deux semaines après sa cuisante défaite aux élections municipales, dans son propre fief de Milan et à Naples, Silvio Berlusconi doit tirer les leçons de cette nouvelle condamnation de l'électorat. Les miracles de la cosmétique lui permettent peut-être de faire oublier son âge – 74 ans –, mais la politique est plus cruelle. Les artifices de la communication peuvent faire illusion un temps, le contrôle implacable des médias peut assurer une supériorité tactique, mais il arrive toujours un moment où la vérité transparaît. Dans la longue histoire du berlusconisme, le référendum du 13 juin restera sans doute comme ce moment-là.
Roi des médias et de la télévision, M. Berlusconi n'a pas vu venir d'autres formes de communication politique. Il n'a pas compris que ses compatriotes et ses opposants politiques contournaient, de plus en plus, l'univers verrouillé des grandes chaînes de télévision. Ulcérées par les dérives du "bunga bunga" et la succession de scandales sexuels au sommet de l'Etat, les femmes sont descendues dans la rue. A Milan, le challenger de gauche à l'élection municipale a, tout simplement, refusé de débattre devant les caméras. Sa chaise est restée vide.
Longtemps, les Italiens se sont montrés indulgents envers leur chef de gouvernement iconoclaste, dont ils appréciaient les talents de bâtisseur. Ce temps est révolu : le roi est nu. Pour faire passer l'audacieux message de la relance d'un programme nucléaire aujourd'hui en Europe, il ne suffit pas de contrôler les médias, il faut avoir une vraie légitimité économique et politique. Avec un taux de croissance du PIB de 0,1 %, "Il Cavaliere" ne fait plus rêver. Son bilan politique n'est guère plus brillant. A force d'imposer au pays son agenda personnel, il donne l'impression de ne plus gouverner que pour lui-même.
Certes, on a souvent donné Silvio Berlusconi pour mort – prématurément. Cette fois, pourtant, il est clair qu'il ne comprend plus les Italiens, et que les Italiens ne l'écoutent plus. Ce schiaffo-là pourrait bien lui être fatal.
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