actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
La pression s’accentue sur les camps de réfugiés du nord de la France
En attente d'évacuation, les migrants de Norrent Fontes ont obtenu de la justice un court répit
Par Geoffroy Deffrennes, correspondant du Monde à Lille
Après les évacuations de Chocques, Mercredi Premier Juin 2016, et de Steenvoorde, Lundi 11 Juillet 2016, celle du camp de Norrent-Fontes, implanté au bord de l'autoroute entre Reims et Calais, semble programmée. Même si les réfugiés installés ont obtenu Mercredi 27 Juillet 2016 quelques semaines de répit avant leur expulsion. Convoqués au tribunal de Béthune, les soudanais, les érythréens et les éthiopiens, accompagnés de Bruno Dubout, l’un des deux avocats apportant leur aide juridictionnelle à l’association Terre d'Errance, se sont vu signifier le report de l’audience au 14 septembre 2016.
Selon la préfecture du Pas-de-Calais, on compte actuellement quatre mille cinq cent migrants à Calais, trente migrants à Angres, près de Liévin, et cent cinquante migrants à Norrent-Fontes.
Selon l’association Terre d'Errance, ils seraient en fait deux cent cinquante migrants dans cette dernière commune.
Dans le Nord, la préfecture ne décompte plus que Grande-Synthe, « soit six cent trente quatre personnes à la Linière au Mercredi 20 Juillet 2016, contre sept cent quatre vingt quinze personnes au Mardi 28 Juin 2016 », selon le maire écologiste Damien Carême.
Mercredi 27 Juillet 2016, avant l’audience, Terre d'Errance avait organisé un pique-nique anti stress place Lamartine, face au tribunal de Béthune.
« Certains ont l’expérience de plusieurs expulsions », reconnaît Nathalie, jeune institutrice qui s’est mise en disponibilité un an au profit de l’association. « Je suis amie avec un soudanais qui en a déjà vécu deux à Calais. Il a vingt six ans et, depuis dix ans, il n’a connu que des camps, en commençant par le Darfour. Depuis deux ans, c’est en Europe ».
Autour des sandwiches, pêches et gâteaux maison, une soixantaine de migrants évoquent leur sort. « J’ai peur de la guerre et aussi parce que je suis chrétienne orthodoxe, ce qui commence à poser problème », raconte ainsi Sara. Cette érythréenne de vingt cinq ans espère bien pouvoir étudier un jour en Angleterre. Dukla, un éthiopien, a quitté son emploi à l’aéroport de Dire Dawa, fuyant également l’instabilité. Lui aussi veut aller à Londres, pour rejoindre son frère, « en France, c’est plus dur pour un éthiopien d’obtenir l’asile, on me considère comme moins menacé qu’un érythréen ».
Tous survivent autour d’une carrière, sur un terrain municipal, mais aussi, depuis l’incendie de deux baraquements au mois d'avril 2015, sur des terres privées. « Officiellement, c’est la mairie, invoquant des rats, et les propriétaires qui ont fait passer un huissier », indique Daniel, bénévole.
Mais il sous-entend une pression de la préfecture. En attendant, la solidarité demeure. On vient de Belgique et d’Angleterre pour aider. Des habitants de Dordogne ont apporté une yourte.
« Outre les douches hebdomadaires à Isbergues, nous organisons des douches réservées aux femmes à Lillers, et aussi bientôt à Burbure », expose Dominique, retraitée de la mission locale du département.
Nan Suel, une militante d’Isbergues, ironise, « évacuer Norrent-Fontes ne sera pas plus efficace que les fermetures de Steenvoorde et de Chocques. Ils montent dans le bus pour le Centre d'Accueil et d'Orientation (CAO) mais s’échappent dès que possible ». Ancien abbé de la paroisse de Steenvoorde, désormais à Dunkerque, Bertrand Lener aide encore Terre d'Errance.
« A Steenvoorde, l’accueil de jour paroissial demeure ouvert aux migrants de 8 heures à 20 heures. Je l’avais créé en 2008. Sur les soixante cinq évacués, la plupart se sont enfuis lors du premier arrêt toilette sur l'autoroute entre Lille et Paris. Beaucoup sont déjà revenus, disséminés dans les champs et dans des bosquets. On a remis une couche à la misère ».
Les autres sont partis gonfler la jungle de Calais et y augmenter les tensions entre africains et afghans. A Calais, lors d’une rixe dans la nuit du Mardi 26 Juillet au Mercredi 27 Juillet 2016 entre migrants, un éthiopien de trente sept ans a été tué. Une première depuis la formation de cette jungle au printemps 2015.
Les contrôles administratifs et judiciaires portant sur les commerces à la sauvette qui ont mobilisé cent cinquante policiers le Mardi 19 Juillet 2016 n’ont rien arrangé. « Ces commerces reproduisaient une rue commerçante, apportant de la convivialité au camp », note le blogueur Philippe Wannesson, du blog des passeurs d’hospitalité. « Et la destruction d'une moitié du camp compresse les nationalités sur l'espace restant alors que les afghans restent numériquement majoritaires ».
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