A Bagdad, Nouri Al-Maliki tente de sauver son cabinet attaqué de toutes parts
LE MONDE | 27.08.07 | 15h14 • Mis à jour le 27.08.07 | 15h14
Confronté à une crise politique sans précédant, le gouvernement irakien de Nouri Al-Maliki a annoncé, dimanche 26 août, être parvenu à un
accord de consensus entre les principales factions du pays qui permettrait de relancer la "réconciliation nationale".
L'enjeu principal consiste à convaincre l'ensemble des ministres arabes sunnites, démissionnaires depuis le 1er août, d'accepter de
réintégrer le gouvernement. Selon un communiqué du président Jalal Talabani, les dirigeants irakiens ont accepté l'une des exigences essentielles du bloc sunnite : réduire les restrictions
imposées aux anciens membres du parti Baas de l'ex-dictateur Saddam Hussein. Ont également été acceptées "l'organisation d'élections régionales et la poursuite du dialogue sur les questions
qui divisent, comme la réforme constitutionnelle et la loi sur le pétrole". Les dirigeants irakiens s'engagent aussi à combattre "les terroristes et les milices sans distinction
d'affiliation politique".
Pour symboliser ce retour proclamé à l'unité, M. Talabani, ses vice-présidents chiite et sunnite, Adel Abdel Mahdi et Tarek Al-Hachémi, le
président de la région du Kurdistan Massoud Barzani et le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki ont fait une apparition commune, devenue rare, à la télévision irakienne. Ces cinq dirigeants
constituent le "sommet de crise", qui s'efforçait depuis plusieurs semaines, à coup de réunions quotidiennes, de sortir le gouvernement de l'impasse politique.
Leur annonce a été immédiatement saluée par Washington, estimant qu'il s'agissait là d'"un important symbole de leur engagement à travailler
ensemble pour le bienfait de tous les Irakiens". Deux semaines avant la présentation, devant le Congrès américain, d'un rapport sur la situation en Irak par l'ambassadeur des Etats-Unis à
Bagdad, Ryan Crocker, et le commandant de l'armée américaine en Irak, David Petraeus, et dans un contexte de pressions américaines accrues sur le gouvernement de Bagdad, l'accord annoncé par les
dirigeants irakiens apparaît comme le premier progrès significatif depuis des mois de paralysie.
Ces décisions doivent toutefois être encore approuvées par le Parlement irakien et il n'est pas certain qu'elles suffiront à convaincre les
ministres démissionnaires de rentrer dans le rang. Partis pour protester contre "leur mise à l'écart systématique dans les décisions politiques", les ministres arabes sunnites accusent
M. Maliki de "sectarisme" en s'acharnant, selon eux, sur leur communauté. Ils ont déjà prévenu que seuls "des actes" les convaincront de sa bonne volonté.
INCAPABLE D'"UNIFIER" LES IRAKIENS
Attaqué de toutes parts dans son pays, M. Maliki a également essuyé une salve de critiques américaines. La candidate démocrate à la Maison Blanche,
la sénatrice Hillary Clinton, a demandé sa démission, mercredi 22 août, le jugeant incapable "d'unifier" les Irakiens. A leur retour d'une mission à Bagdad, deux sénateurs, le démocrate
Carl Levin et le républicain John Warner, avaient abondé dans le même sens, disant M. Maliki "incapable d'agir indépendamment des leaders religieux et sectaires" avait "totalement
failli à sa mission".
Dans un entretien paru, dimanche, sur le site Internet de Newsweek, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a à
son tour estimé que "beaucoup de gens pensent que le premier ministre devrait être changé". M. Maliki avait exigé des excuses et accusé la France de se ranger du côté des partisans de
l'ex-dictateur Saddam Hussein. Dans une déclaration, lundi 27 août, à la radio RTL, M. Kouchner a fait marche arrière : "Si le premier ministre veut que je présente des excuses pour avoir
interféré dans les affaires irakiennes de façon aussi directe, je le fais volontiers."
Cécile Hennion (avec AFP.)
Article paru dans l'édition du 28.08.07