Guantanamo s'invite une journée dans la présidentielle américaine
LE MONDE | 12.01.08 | 13h49 • Mis à jour le 12.01.08 | 13h49
WASHINGTON CORRESPONDANTE
Les associations de défense des droits de l'homme font pression sur les candidats à l'élection présidentielle américaine pour qu'ils
s'engagent à fermer la prison de Guantanamo et à interdire les prisons secrètes. "Il ne suffit pas de dire qu'ils sont contre la torture ou qu'ils vont fermer la prison. Il faut un plan
précis", explique Josefina Salomon, d'Amnesty International.
A l'occasion du sixième anniversaire de l'arrivée des vingt premiers "ennemis combattants" au camp de Guantanamo, plusieurs manifestations ont eu
lieu, vendredi 11 janvier, aux Etats-Unis, pour réclamer la fermeture de la prison établie sur la base militaire américaine à Cuba. Après avoir compté jusqu'à 680 détenus, elle en abrite encore
275, dont une centaine de Yéménites. A Washington, Amnesty International a fourni des combinaisons orange aux participants pour rappeler les uniformes dans lesquels l'armée américaine amenait les
prisonniers d'Afghanistan en 2002. Les manifestants se sont dirigés vers le Congrès. Quatre-vingt ont pénétré dans la Cour suprême et ont été arrêtés.
Le Center for Constitutional Rights (CCR), qui mène depuis six ans la lutte contre les détentions extra-judiciaires, a lancé une pétition pour
forcer les candidats à préciser leurs intentions. Jusqu'à présent, tous les candidats démocrates ont pris position pour la fermeture. "John Edwards l'a fait dès son investiture, dit
Michael Ratner, président du CCR. Mais ni Barack Obama ni Hillary Clinton n'ont voté au Congrès en faveur du plan de fermeture présenté par le sénateur (de l'Iowa) Tom Harkin. Les
mots ne coûtent pas cher. Les actions c'est autre chose."
"DOUBLER LA TAILLE" DE LA BASE
Selon ce projet de loi, déposé en mai par M. Harkin, la fermeture de la prison interviendrait 120 jours au plus tard après le vote. Les détenus qui
ne seraient pas passibles de poursuites criminelles seraient renvoyés dans leur pays ou un pays tiers. Les autres seraient incarcérés dans une prison de haute sécurité au Kansas. "Les
démocrates n'ont jamais essayé de couper les fonds pour Guantanamo", reproche M. Ratner. En 2005, le doyen démocrate du Sénat Robert Byrd avait présenté un amendement refusant les crédits
pour la construction à Cuba d'une prison de sécurité maximale "supermax". Le texte avait été repoussé : dix-sept démocrates, dont Barack Obama, Hillary Clinton et John Kerry, avaient voté avec
les républicains.
Du côté républicain, le clivage est net entre ceux qui, comme l'ex-maire de New York Rudolph Giuliani, ou l'homme d'affaires Mitt Romney,
voudraient "doubler la taille de Guantanamo" - comme dit avec ironie M. Ratner -, et ceux qui estiment que les conséquences sont trop lourdes pour l'image des Etats-Unis : le sénateur de
l'Arizona John McCain, le représentant du Texas Ron Paul.
Dans le dernier débat républicain, jeudi, les détentions de Guantanamo sont venues indirectement dans la discussion. L'acteur Fred Thomson s'est
moqué des idées "de gauche" défendues par son rival, Mike Huckabee, l'ex-gouverneur de l'Arkansas. "Il veut fermer Guantanamo !", a-t-il dit. Sur son site de campagne, M.
Huckabee explique sa position. Ayant visité la base, il a été convaincu que les détenus jouissaient de "soins de bonne qualité". Mais il pense que la fermeture permettrait d'éviter les
controverses autour de "Gitmo".
M. Ratner n'est "pas très optimiste" sur les chances de succès de sa campagne, mais il reconnaît que des progrès ont été enregistrés. En
2004, le candidat John Kerry avait affirmé qu'il ferait respecter les Conventions de Genève s'il était élu, mais n'avait pas osé prendre position pour la fermeture de Guantanamo.