Le tribunal refuse d'interdire l'un des trois livres sur Mme
Sarkozy
LE MONDE | 11.01.08 | 12h57 • Mis à jour le 11.01.08 | 14h06
Les trois livres sortis sur elle, jeudi 10 et vendredi 11 janvier, ce n'est pas le plus dur que Cécilia Sarkozy a choisi d'attaquer en
justice. Mais le plus intime. Objet d'un référé en vue de son interdiction, le livre Cécilia (Flammarion, 175 pages, 16 euros) de la journaliste du Point, Anna Bitton, a
finalement été autorisé à la vente, vendredi matin, par le tribunal de grande instance de Paris. Celui-ci a opposé "le caractère notoire des faits" à la demande de la requérante qui
estimait que l'ouvrage portait atteinte à son intimité.
Ce n'est pas la première fois que Cécilia Sarkozy tente de s'opposer à la sortie d'un livre, inspiré de ses confidences. A l'automne, lors de sa
première rupture avec Nicolas Sarkozy, elle demande au ministre de l'intérieur d'intervenir pour dissuader la journaliste Valérie Domain, chef d'information au magazine Gala, de sortir
une biographie, au départ "autorisée".
M. Sarkozy convoque alors l'éditeur, Vincent Barbare, patron de First Editions, qu'il menace d'une enquête fiscale et de pressions sur son
actionnaire. Les 25 000 exemplaires déjà imprimés partent aussitôt au pilon. L'ouvrage, réécrit pour en faire un roman à clef, sortira quelques mois plus tard. Cette fois-ci, Cécilia Sarkozy n'a
pas obtenu la censure d'un livre largement inspiré de ses confidences. De fait, le livre d'Anna Bitton est le plus dérangeant des trois nouvelles parutions. C'est une belle oeuvre littéraire,
marquée par la plume riche et solide de la journaliste du Point Anna Bitton.
Mais c'est aussi l'ouvrage qui franchit le plus les barrières de l'intime, parce que la journaliste est la plus proche de sa source. Sans jamais
avoir été une amie de Cécilia Sarkozy, elle avait peu à peu gagné sa confiance, jusqu'à être une des rares journalistes à avoir son numéro de portable et à pouvoir échanger de nombreux SMS avec
elle, au plus fort de la crise du couple Sarkozy, ou à être autorisée à voir couler les larmes de la première dame, dans son bureau de l'Elysée.
Soit Cécilia Sarkozy avait choisi la journaliste Anna Bitton pour être le témoin de ses états d'âme. Soit la journaliste politique a fait d'une
amitié naissante un objet d'étude journalistique, sans se départir d'une empathie qui fait de son portrait le plus indulgent des trois.
Nourri de l'intime de Cécilia Sarkozy, le livre éclaire selon Anna Bitton les conséquences politiques de cet épisode privé. Savoir que Cécilia est
revenue en 2006 "par devoir" puis qu'elle a définitivement quitté Nicolas pour faire pardonner de ses hésitations à l'homme qu'elle "a le plus aimé dans (sa) vie", Richard
Attias, est-ce une information ?
Les deux autres ouvrages consacrés à l'ex-première dame plongent moins dans l'intimité mais versent tout autant dans la "peopolisation" d'un
personnage public. Chaque ouvrage a choisi une focale d'enquête différente : Denis Demompion et Laurent Léger (Cécilia, la face cachée de l'ex-Première dame, 296 pages, Pygmalion, 20
euros) s'attaquent à la biographie complète de Cécilia quand Michaël Darmont et Yves Derai (Ruptures, 191 pages, Editions du moment, 16,50 euros) se consacrent aux dernières années de la
conquête du pouvoir, aux côtés de son mari.
Dans le premier cas, elle apparaît comme une ambitieuse, élevée par sa mère dans le goût du luxe de l'argent et du pouvoir, faisant le tri parmi
les collaborateurs de son mari selon des critères d'amitié et d'allégeance. Le second s'attarde plus sur la vie de cour et les luttes d'influence entre le "canal historique" des
collaborateurs du président, bannis par Cécilia, et la jeune garde entrée à l'Elysée.
Chacun des deux livres apporte son lot de révélations : une intervention chirurgicale à la gorge pour le président, le 21 octobre 2007 ; le coup de
force de Cécilia en Libye, qui, confrontée à la mauvaise volonté des ministres et de la police de Kadhafi, malgré l'accord du "Guide", envoie les policiers français qui l'accompagnent faire
sauter les verrous des cellules avec leurs armes de poing... Un récit démenti, jeudi, par Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée et par deux des infirmières bulgares.
Christophe Jakubyszyn
Article paru dans l'édition du 12.01.08