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Par FISCHER
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La quasi-faillite d'un fonds créé par Carlyle illustre l'ampleur de la débâcle bancaire
LE MONDE | 14.03.08 | 14h13 • Mis à jour le 14.03.08 | 14h13
La crise des subprimes, du nom de ces crédits immobiliers à risque distribués aux Etats-Unis, n'épargne aucun acteur
financier. Elle vient d'atteindre l'un des emblèmes du capitalisme américain. Jeudi 13 mars, l'un des 60 fonds de la société d'investissements Carlyle s'est déclaré en situation de
quasi-faillite. Le fonds, nommé Carlyle Capital Corporation (CCC), coté à Amsterdam et basé dans l'île anglo-normande de Guernesey, a annoncé qu'il était en défaut de paiement pour
l'équivalent de 16,6 milliards de dollars (10,63 milliards d'euros).
Après avoir tenté sans succès de négocier avec ses créanciers, CCC a indiqué que ces derniers allaient saisir ses
actifs. "Le fonds mettra la clé sous la porte", traduit Vincent Treulet, analyste chez Natixis. Les marchés ont violemment réagi. L'action du fonds, qui valait plus de 19 euros
au printemps 2007, est passée en quelques jours à un statut de "penny stock", à 0,35 euro jeudi soir.
L'empire Carlyle, fondé en 1987, qui a eu recours aux services des hommes de pouvoirs les plus influents - tels Franck
Carlucci (secrétaire américain à la défense sous la présidence de Ronald Reagan), George Bush père (ex-président des Etats-Unis), John Major (ex-premier ministre britannique), ou encore
le milliardaire George Soros - n'est pas directement menacé. "Il n'y a aucun lien capitalistique entre le groupe Carlyle, et CCC", précise son porte-parole. Le fonds CCC, créé
par Carlyle en 2006, a été introduit en Bourse en juillet 2007. Il est aujourd'hui détenu à 15 % par des employés de Carlyle et à 85 % par les investisseurs qui ont souscrit à
l'opération.
Le groupe n'a donc plus aucune obligation de sauver CCC. Dans un entretien aux Echos, vendredi, David
Rubenstein, l'un des fondateurs de Carlyle, indique toutefois que Carlyle examinera "tous les moyens pour aider les investisseurs dans CCC qui ont perdu leur mise". Pour sauver
CCC, le grand fonds américain aurait dû injecter plus d'un milliard de dollars. Il lui a accordé une ligne de crédit de 150 millions, à laquelle il devra sans doute renoncer. Un faible
montant en regard des actifs totaux qu'il gère, estimés à 81,1 milliards de dollars.
Mais la réputation de la société d'investissements, qui vient de recruter le demi-frère de Nicolas Sarkozy, Olivier
Sarkozy, auparavant collaborateur de la banque suisse UBS à New York, est entachée. D'autant qu'elle a prêté son nom à ce fonds. "Cela a permis de faciliter l'introduction en Bourse.
Aujourd'hui ils s'en mordent les doigts", indique un proche du dossier.
CERCLE VICIEUX
La faillite annoncée de CCC reflète le malaise des établissements financiers. Selon le rapport annuel de CCC, ses
contreparties à la fin 2007 étaient Bank of America, Bear Stearns, BNP Paribas, Calyon, Citigroup, Crédit Suisse, Deutsche Bank, ING, JP Morgan, Lehman Brothers, Merrill Lynch et UBS.
C'est-à-dire les plus grandes banques internationales. Si CCC a plongé c'est aussi parce que certains d'entre eux affectés par la crise "sont aux abois", estime un proche de
Carlyle.
Sur le marché, cet événement a accentué les inquiétudes. "Carlyle n'est qu'une mauvaise nouvelle de plus", se
désole Steven Grasso, courtier au parquet de New York. Jeudi, de nouvelles statistiques ont en effet illustré la dégradation de l'économie américaine, au delà du secteur financier. Les
ventes au détail ont baissé de 0,6 % en février. "Ce chiffre nous rapproche encore davantage d'une récession économique, au moins au premier trimestre", a jugé Peter Cardillo,
analyste d'Avalon Partners interrogé par l'AFP.
Les investisseurs sont ainsi de plus en plus nerveux. Sur le marché des changes, le billet vert s'effondre. Jeudi,
l'euro est monté jusqu'à 1,5625 dollar. Et les matières premières, devenues des valeurs refuges, flambent. Le baril de pétrole a atteint en séance 111 dollars à New York, et l'or a
franchi le cap des 1 000 dollars l'once.
Le cercle vicieux de la crise semble enclenché, l'envolée des prix alimentant les craintes d'inflation. La hausse des
prix combinée à une absence de croissance crée une situation dite de stagflation, qui gêne la Réserve fédérale dans sa politique d'assouplissement monétaire, sur laquelle les
investissements fondaient jusqu'ici leurs espoirs.
Claire Gatinois
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