actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
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Luis Moreno-Ocampo réclame, depuis avril 2007, l'arrestation pour crimes contre l'humanité au Darfour de Ahmed Haroun, le ministre soudanais délégué aux affaires humanitaires, et celle d'Ali
Kushayb, un chef de la milice progouvernementale "janjawid". Khartoum, qui accuse la CPI d'être politisée et ne reconnaît pas sa juridiction, n'a pas arrêté ses deux protégés. M. Ocampo avait
indiqué au Monde début juin que ses enquêtes visaient désormais les plus hauts niveaux de l'Etat soudanais. Décrivant le Darfour comme une "immense scène de crimes", il
affirmait avoir "une vision plus globale" et recueilli "d'avantages de preuves, au-delà d'Ahmed Haroun".
Face au Conseil de sécurité, le 5 juin, M. Ocampo avait clairement accusé Khartoum. "Pour planifier et commettre des crimes de cette nature, à cette échelle, sur une si longue période, les
criminels ont dû mobiliser et coordonner tout l'appareil d'Etat, des services de sécurité aux services d'information publique en passant par le système judiciaire", disait-il. Le procureur
argentin évoquait "un plan criminel à grande échelle en vue de détruire des communautés entières au Darfour". "La dissimulation des crimes par les autorités soudanaises (...)
est caractéristique d'un système criminel à l'oeuvre (rappelant) le Rwanda et l'ex-Yougoslavie", avait-il ajouté.
La demande d'un mandat d'arrêt contre Omar Al-Bachir "serait un pas significatif contre l'impunité au Darfour (et) enverrait le message que personne n'est au-dessus de la loi, pas
même un président", se réjouit Richard Dicker, directeur du département de justice internationale au sein de Human Rights Watch. L'organisation de défense des droits de l'homme demande
depuis 2005 l'ouverture d'une enquête contre le président soudanais. Selon M. Dicker, l'accusation de génocide s'est toutefois avérée difficile à prouver par le passé, les procureurs devant
établir "l'intention de détruire une communauté sur la base de sa nationalité, de son ethnie ou de ses convictions religieuses".
Ces derniers mois, M. Ocampo, qui a besoin de la coopération des Etats pour conduire ses enquêtes et arrêter les suspects, fustigeait l'insuffisance des pressions exercées par la communauté
internationale sur Khartoum. En juin toutefois, le Conseil de sécurité de l'ONU a dénoncé l'absence de coopération du Soudan avec la Cour, et Bruxelles a menacé Khartoum de sanctions.
"La différence entre 2004 et aujourd'hui, c'est qu'il reste peu de villages à brûler, (mais) les tactiques restent les mêmes, l'armée soudanaise, l'aviation soudanaise et les milices
janjawids attaquent des villages", nous expliquait M. Ocampo. Ses enquêtes, disait-il, ont révélé "une tactique qui consiste à chasser les gens des villages, à les installer dans des
camps, mais ensuite à les attaquer". "La nouveauté, c'est qu'il y a des responsables soudanais qui aident de nouveaux colons à occuper les terres des Fours, des Zaghawas et des
Massalits", poursuivait-il. Selon lui, le bombardement, début mai, d'une école dans le village de Shegeg Karo (nord du Darfour), où 13 personnes, dont 7 enfants, avaient péri, était ainsi
"un message" des forces soudanaises aux deux millions et demi de déplacés, visant à les prévenir qu'ils seraient "exterminés" s'ils cherchaient à retourner sur leurs terres.
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