C’est la couverture du dernier numéro du magazine intellectuel The New Yorker et elle suscite la polémique : une caricature se voulant satirique de Barack Obama et de sa
femme, Michelle, dans le bureau ovale. Lui, habillé en djellaba, turban autour de la tête, babouches aux pieds ; elle, coupe afro à la Angela Davis, kalachnikov en bandoulière et
portant un pantalon treillis. Ils se tapent du poing d’un air entendu, reprenant le geste échangé en public le soir où Obama a décroché la nomination du Parti démocrate, en juin à
Minneapolis. Au mur, un portrait du chef d’Al-Qaeda, Oussama Ben Laden (les détracteurs d’Obama et une partie de la presse ont longtemps joué sur le lapsus Obama-Oussama). Dans la
cheminée, un drapeau américain en flammes.
A peine en kiosque, lundi, l’hebdomadaire new-yorkais a déchaîné les critiques, à gauche comme à droite. Le dessin a immédiatement été repris par la blogosphère et fait l’objet de
commentaires en boucle sur les chaînes d’info câblées. «Le New Yorker peut penser, comme sa rédaction nous l’a expliqué, que sa couverture est une parodie satirique de la caricature
que les détracteurs d’extrême droite du sénateur Obama font de lui. Mais la plupart des lecteurs la jugeront de mauvais goût et offensante. Et nous sommes d’accord», a commenté
Bill Burton, porte-parole d’Obama. Le candidat républicain, John McCain, a également dénoncé cette caricature, qu’il juge «totalement inappropriée». «Je comprends que le
sénateur Obama et ses partisans la trouvent offensante», a-t-il dit.
Satire.
Face au raz-de-marée, le directeur du magazine, connu pour ses caricatures à l’humour décalé et généralement plus subtil, s’est senti obligé de réagir et de préciser dans un communiqué
que ce dessin entendait «dénoncer la campagne de peur et de désinformation menée contre le sénateur». Dans une interview au site HuffingtonPost.com, David Remnick, directeur du
New Yorker, a reconnu : «Normalement, je préfère que le travail parle de lui-même et n’avoir pas à expliquer une plaisanterie, une nouvelle ou un article. […] L’image
cherche à être aussi claire que possible et le titre devrait aider à la comprendre.» Et c’est là que le bât blesse. Le titre, «la politique de la peur», ne figure que dans
la table des matières du magazine. L’article associé à la couverture n’a rien à voir avec le dessin : c’est une enquête sur les débuts en politique d’Obama.
Une satire exagère des éléments vrais, argumentent les critiques du New Yorker. Or le dessin en question repose sur des rumeurs fausses au sujet du candidat démocrate et de son
épouse, mais solidement ancrées dans la psyché d’une partie des Américains. Un sondage publié vendredi par Newsweek montre que 12 % d’entre eux pensent qu’Obama est musulman
(il est chrétien), que 39 % croient que, enfant en Indonésie, il a fréquenté une madrasa (école coranique) alors qu’il est allé tour à tour dans une école catholique et une école
publique.
Stéréotypes.
Ces allégations placent Obama dans une situation délicate. Outre le fait que la caricature propage une imagerie détestable sur les stéréotypes visant les Afro-Américains (forcément en
colère) et les musulmans (de dangereux terroristes), elle force le sénateur à devoir constamment démentir qu’il est musulman, impliquant de fait qu’appartenir à cette religion pose
problème. La communauté arabo-musulmane s’est du reste déjà plainte des réserves d’Obama à son encontre, alors qu’il se veut le chantre d’une Amérique multiraciale et multiculturelle.
Le sénateur s’est ainsi déjà rendu dans des églises, des temples et des synagogues. Mais jamais il n’a visité une mosquée. Plusieurs leaders arabo-américains attendent toujours d’être
reçus par le sénateur. Le New Yorker, une publication de gauche qui soutient la candidature Obama, ne lui a pas facilité la tâche.
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