actualité politique nationale et internationale
Par FISCHER
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Au centre de rétention de Roissy, il épuise tous les recours. Le dernier consiste à faire parvenir 600 euros au consul du Mali pour qu'il ne délivre pas le fameux laissez-passer dont les
Français ont besoin pour procéder à l'expulsion. Malgré cela, on vient le chercher pour le conduire dans l'avion. Il exige de voir le laissez-passer, les policiers s'énervent, le frappent et
l'insultent. Une hôtesse de l'air filme la scène avec son téléphone portable. L'expulsion est remise à plus tard.
Babacar pleure en racontant la suite. "Ils m'ont dit "merci de nous permettre de rentrer plus tôt chez nous, on pourra baiser notre femme. Toi, c'est la douleur qui va te baiser"."
L'hôpital constatera une entorse à la cheville et une autre au poignet. Il dépose plainte mais sera mis dans l'avion cinq jours plus tard, menotté, bâillonné, les jambes attachées avec de
l'adhésif.
Babacar a parlé plus d'une heure. Clément, le bénévole, et Inna Touré, la secrétaire, sont ébranlés, même si l'histoire se répète presque chaque jour. En 2007, l'AME a recensé 576 expulsions de
France. Avant de transcrire ce témoignage dans l'unique ordinateur que possède l'association, Inna Touré va proposer à Babacar une carte de membre de l'association, qui en compte plus de 200,
lui expliquer comment récupérer l'argent laissé sur son compte bancaire en France et tenter d'encadrer son arrivée brutale à Bamako. "Les expulsés ne sont pas forcément bienvenus dans leur
famille, qu'ils faisaient vivre de l'étranger, explique Clément. Et ils ne sont plus adaptés aux conditions de survie économique de Bamako, sans parler de celles du reste du pays. Ils
perdent toute valeur à leurs propres yeux. Les dépressions sont fréquentes."
Assis dans la minuscule pièce d'à côté, qui sert aussi de chambre de passage pour les expulsés les premières nuits, Ousmane Diarra, le président de l'AME, se souvient de la création de
l'association en octobre 1996. "L'AME est un bébé qui a vu le jour dans le feu, dit-il. Il y avait tant d'expulsés à Bamako. Et nous étions là comme des déchets. En France, c'était
l'époque des charters et de l'église Saint-Bernard. Le même mois, 2 000 Maliens ont été expulsés d'Angola, dont moi." Une des premières actions significatives de l'AME fut d'organiser, en
1997, une marche de soutien dans Bamako pour faire libérer 77 Maliens expulsés de France par le "36e charter Debré" et emprisonnés par le gouvernement malien de l'époque.
Après ce premier succès (les expulsés ont été libérés deux semaines plus tard), l'association sombre lentement dans la léthargie, faute de moyens. Elle ne peut même plus payer le transport pour
aller attendre chaque soir à l'aéroport : il faut parfois plusieurs taxis pour coller aux horaires d'Air France, de Royal Air Maroc et d'Air Sénégal. Surtout, elle n'a rien à leur proposer.
C'est la tenue du Forum social à Bamako, en janvier 2006, qui va la remettre d'aplomb grâce au soutien d'ONG "du Nord" comme la Cimade, le Réseau éducations sans frontières, Droits devant !!,
No vox ou Migreurop.
Or, à mesure que l'AME s'organise (quelques permanents, un véhicule), la tâche devient plus lourde. Elle doit se concentrer sur les cas les plus dramatiques. "On craint une vague
d'expulsions massives de France si le Mali cède et signe l'accord sur la gestion concertée des flux migratoires", s'inquiète Ousmane Diarra. Le 17 juin, peu après cet entretien,
l'association a manifesté devant l'Assemblée nationale pendant que le gouvernement négociait avec Patrick Stefanini, adjoint de Brice Hortefeux, au "ministère des expulsions", comme on
dit à Bamako. Quelque 200 policiers ont chargé les manifestants : plusieurs membres de l'AME ont été blessés ou arrêtés.
"Tout serait tellement plus simple si la France régularisait d'un côté les sans-papiers et investissait vraiment de l'autre, pour créer des emplois au Mali", soupire Ousmane Diarra. Tant
que ce n'est pas le cas, il se refuse à "jouer au gendarme" : "A ceux qui veulent recommencer, on peut leur dire que le désert tue, et que la mer tue aussi. Mais comment leur dire
de ne pas partir ; vous avez vu les conditions de vie ici ?"
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