actualité politique nationale et internationale
Militants socialistes, insurgez-vous !
(texte envoyé par Christophe Miqueu)
Aujourd’hui, la majorité des militants du parti socialiste sont désemparés et se sentent projetés dans une impasse.
Nombre d’entre nous continuent à penser que l’orientation de notre parti doit être clairement à gauche et non au centre, et l’exposent de réunions en réunions, en espérant, peut-être vainement,
que le combat pour une république sociale peut encore être mené à gauche avec le parti socialiste comme un de ses organes moteur.
Le PS poursuit actuellement son chemin vers une orientation sociale-libérale qui tous les jours un peu plus s’impose aux militants par la force, avec la complicité des médias et du patronat. Dans
le même temps, la victoire de Sarkozy n’est toujours pas digérée. La défaite de Jospin en 2002 a-t-elle été jamais vraiment analysée ?
Le congrès de Reims s’annonce comme la pire guerre des chefs que le PS ait jamais connu. Aucune alliance entre les contributions de gauche ne semble se dessiner à l'heure actuelle (de Dolez à
Fabius, en passant par Mélenchon, Filoche, Lienemann, Emmanuelli et Hamon). Elles sont pourtant héritières de la victoire du 29 mai 2005 et devraient pouvoir imposer les thèmes de notre débat
politique interne. Alliées, elles peuvent sérieusement remettre en cause la domination des tenants de l’éternelle synthèse molle.
Comment sortir de ces paradoxes qui paraissent insolubles ? L’insurrection militante est peut-être une des seules voies qui n'a pas été encore sérieusement explorée. La prise du parti socialiste
par ses forces militantes est une possibilité qui n'a rien d'impossible pour peu qu'elle soit organisée.
Nous, socialistes, ne voulons pas que notre parti renonce chaque jour un peu plus à son identité et affirmons que l'héritage des Jaurès, Blum et Mitterrand a façonné notre parti et la République
par le progrès social.
Nous, socialistes, pensons que nos défaites successives aux élections présidentielles, depuis 1995, s’expliquent en partie par le fait que nos représentants n'osent ou ne veulent plus affirmer
simplement leur identité socialiste et de gauche. Nous ne voulons plus être ridiculisés par des ténors médiatiques poursuivant des logiques de carrière personnelle.
Nous, socialistes, aimons notre parti et souhaitons le mettre en ordre de marche pour mener les batailles contre la politique de casse sociale orchestrée par Sarkozy et ses serviteurs zélés. Nous
affirmons que cette bataille commence dès aujourd'hui pour mieux préparer 2012.
Nous, socialistes, aspirons à redevenir crédibles pour défendre la Poste en cours de privatisation, l’éducation nationale et les collectivités territoriales de proximité en voie de démantèlement.
Nous voulons offrir aux citoyens français de vraies propositions économiques et sociales répondant aux graves difficultés de pouvoir d’achat.
Nous, socialistes, souhaitons sortir des logiques d'arrangements internes de dernière minute et des acoquinements de couloirs qui nous condamnent à des majorités de façade et à l’impuissance
politique. Nous voulons être cohérents, placer l'intérêt général au coeur de nos comportements et de nos perspectives et affirmer à ceux qui l’oublient l’idéal d’émancipation sociale collective
qui nous anime.
Nous, socialistes, n'admettons pas l’approbation du traité de Lisbonne, au mépris de la volonté du peuple souverain exprimée en 2005. Nous souhaitons que les représentants de la gauche de notre
parti, vainqueurs en 2005, défenseurs des valeurs du socialisme, s’unissent pour imposer lors du congrès de Reims une ligne claire et solide de refondation du PS par la gauche et non par le
centre ou la droite.
Nous, socialistes, affirmons qu'une révolution démocratique de notre parti est possible et nécessaire pour combattre la droite et estimons avoir un devoir de résistance contre l'inaction qui
paralyse la gauche. Nous appelons les militants à se saisir de leur destin car il leur appartient collectivement. De cette insurrection militante dépendront les victoires de demain
!
Réponse de Robert Duguet
Cher camarade Miqueu,
Je ne m’excuserai pas d’avoir mis tout ce temps à te répondre, car j’attendais de voir comment les choses allaient se présenter pour le congrès « socialiste » de Reims. Ces derniers jours les choses avancent vite et pas dans le bon sens…
Sur fond de crise financière et structurelle du mode de production capitaliste, l’offensive anti-ouvrière du gouvernement Sarkozy se poursuit, provoquant des mouvements sociaux, aujourd’hui pour la défense du service public de la poste, hier pour la démocratie contre le fichier Edwige, par exemple. Dans ces conditions des militants socialiste normalement constitués, je ne parle pas de ceux qui poursuivent leur plan de carrière et qui sont pourris par les ors de la République, peuvent penser que l’orientation minimum sur laquelle on peut se regrouper, est le combat pour ouvrir une perspective gouvernementale qui abrogera toutes les mesures anti-ouvrières du gouvernement Sarkozy, dont certaines ont par ailleurs été préparées par le gouvernement dit de gauche plurielle de cohabitation de Lionel Jospin. Cela me semble être le point minimum qui permettrait le rassemblement des militants de la gauche du parti.
Ceci avait d’ailleurs été formellement défendu par le réseau Dolez, et par l’association PRS, dont Jean Luc Mélenchon est le président, durant cette dernière année.
Rappelons aussi qu’il suffisait de se baisser au congrès du Mans pour ramasser la bonne ligne politique contre l’adaptation à la mondialisation capitaliste défendue par la majorité Hollande, tant le mouvement socialiste avait été traversé et fécondé par la résistance du salariat français au Traité Constitutionnel Européen. La direction Hollande était en grande difficulté. Il était possible d’aller vers la constitution d’un courant authentiquement socialiste, à l’image des Linke allemands. Ceux qui parlent au nom de la gauche du parti ont pris une responsabilité écrasante devant l’histoire en entrant dans la synthèse du Mans. Qu’Emmanuelli ait soutenu ce point de vue, pour ensuite aller faire la courte échelle à Ségolène Royal, n’est pas très étonnant lorsqu’on connait le personnage. Mais que Jean Luc Mélenchon ait soutenu la synthèse hypothéquait gravement l’avenir d’un courant réellement anticapitaliste après la victoire du non au référendum.
Tu écris :
« Aucune alliance entre les contributions de gauche ne semble se dessiner à
l'heure actuelle (de Dolez à Fabius, en passant par Mélenchon, Filoche, Lienemann, Emmanuelli et Hamon). Elles sont pourtant héritières de la victoire du 29 mai 2005 et devraient pouvoir imposer
les thèmes de notre débat politique interne. Alliées, elles peuvent sérieusement remettre en cause la domination des tenants de l’éternelle synthèse molle.
Comment sortir de ces paradoxes qui paraissent insolubles ? L’insurrection militante est peut-être une des seules voies qui n'a pas été encore sérieusement explorée. La prise du parti socialiste
par ses forces militantes est une possibilité qui n'a rien d'impossible pour peu qu'elle soit organisée. »
Aujourd’hui une alliance se concrétise entre Dolez, Mélenchon, Filoche, Lienneman, Emmanuelli et Hamon. Soit, mais sur quelle orientation politique ? Les conditions de la négociation n’ont pas été fixées par une discussion démocratique d’égal à égal entre Dolez-Mélenchon d’une part et d’autre part Hamon-Emmanuelli, mais par des conditions inacceptables fixées unilatéralement par les hommes d’Emmanuelli. Et pour cause : Emmanuelli refuse le préalable politique de l’abrogation de toutes les mesures anti ouvrières prises par le gouvernement Sarkozy : c’est déjà toute une orientation politique.
Par ailleurs l’orientation qui a été défendue par PRS et le réseau Dolez durant plusieurs mois, était de dire, que face à une liquidation du parti d’Epinay et de sa transformation en parti de type démocrate à l’américaine, (voir l’ouvrage de Mélenchon « En quête de gauche » paru durant l’été 2007) il serait absurde de considérer notre avenir de socialistes maintenus comme la gauche d’un tel parti. La main sur le cœur Mélenchon a dit et écrit : « Je ne serai pas la gauche du parti démocrate… » Or c’est précisément ce qu’ils sont tous en train de faire.
Ceci est préparé de longue date : les assemblées générales de PRS Essonne, cœur du dispositif mélenchonien, sont ajournées depuis le 30 mars 2008, date du CN de PRS, où l’on a pu apprécier le changement d’orientation politique de Mélenchon par rapport à la perspective d’un Linke à la française. Quant au réseau Dolez, malgré des velléités de résistance exprimées en juin, il entre dans la logique de cet accord. Ceux qui sont absents, parce que rejetés de cette logique, ce sont les militants qui n’ont plus prise sur leurs propres réseaux. Quant aux conditions générales dans lesquelles commencent à se dérouler le congrès, elles sont foncièrement antidémocratiques. Dans les assemblées générales, les premiers signataires présentent longuement les contributions et les militants, du moins ce qu’il en reste, interviennent très peu sur le fond. C’est une mascarade de démocratie. Une prise du parti socialiste par les militants, c’est trop tard, et nous n’avons pas derrière nous le mouvement de recherche et d’élaboration politique dans le pays que nous avons connu au moment du référendum de 2006. De plus les représentants de la dite gauche du parti, y compris Dolez, ne jouent pas le jeu de la démocratie. Ces deux derniers jours nous sommes appelés à signer la motion Hamon sans la lire, puisqu’elle n’est pas encore publiée. Intéressante conception de la démocratie militante…
Où va cette nouvelle gauche socialiste ? Celui qui est le plus clair sur son orientation depuis le début, c’est Gérard Filoche, qui fut le plus prompt, rappelons-le à soutenir la candidature Ségolène Royal à la présidentielle, après l’échec de Laurent Fabius. Dans sa récente et abondante littérature Filoche écrit ceci : "(...) c'est l' heure de la gauche socialiste! Cela inclut une vraie dynamique à gauche dans notre parti, à nous de la construire et cela devrait modifier la donne, ancrer la future majorité qui ne devrait pas pouvoir se faire sans nous à gauche (...)" Filoche est déjà dans la nouvelle synthèse finale… avec Martine Aubry très vraisemblablement. Nous voilà à nouveau dans l’esprit du congrès catastrophique du Mans, de réconciliation des tenants du oui et du non au « libéralisme ».
Ta position me semble aujourd’hui impossible à tenir pour nous, militants socialistes de gauche. Il n’y aura pas d’insurrection
militante pour le congrès parce qu’il n’y a, ni du côté des militants, ni à fortiori dans le salariat, quelque engouement que ce soit pour le congrès « socialiste» de Reims. De plus la
motion de rassemblement de la gauche du parti va nous désarmer au lieu de nous donner des raisons de combattre.
Ma conclusion est qu’il est temps, nous les militants qui ne sommes liés à aucune écurie du PS, car le vote du congrès va se faire sur une logique d’écurie, de se regrouper et de discuter de ce qu’il convient de faire maintenant. Il faut rendre la parole aux militants et personne ne le fait… y compris Marc Dolez.