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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 16:32

Couvre feu en Tunisie après des manifestations de chômeurs (Reuters)

Le ministère tunisien de l’intérieur a annoncé l'instauration d'un couvre-feu national de 20 heures à 5 heures à compter du Vendredi 22 Janvier 2016, après quatre jours de manifestations de sans-emploi qui ont donné lieu à des affrontements avec les forces de l'ordre.

Les autorités tunisiennes ont justifié cette mesure par les troubles à l'ordre public et les risques pour la propriété privée ainsi que par la crainte d'attaques terroristes.

A Paris, où il a rencontré François Hollande, le premier ministre tunisien Habib Essid a déclaré que la situation sur le terrain était « maîtrisée. La situation se calme. C'est un problème économique. Ce sont des demandes d'emplois. On va essayer de résoudre ce problème qui est l'un des objectifs principaux de ce gouvernement », a-t-il déclaré à la presse dans la cour de l'Elysée.

« Nous n'avons pas de baguette magique. On ne peut pas résoudre tous les problèmes d'emploi en une seule fois », a-t-il poursuivi. « La situation est maîtrisée et d'autres mesures seront prises dans le cadre d'un programme de développement que nous avons arrêté sur les cinq prochaines années ».

Plan d’aide français d’un milliard d’euros

L'Elysée a annoncé pour sa part l'intention de la France de mettre en oeuvre un plan de soutien à la Tunisie d’un milliard d’euros sur les cinq prochaines années, favorisant notamment l'emploi dans cette démocratie en proie à des difficultés économiques.

« Un des axes majeurs de ce plan vise à aider les régions défavorisées et la jeunesse, en mettant l’accent sur l’emploi », peut-on lire dans un communiqué publié après un déjeuner entre François Hollande et Habib Essid.

« La convention de conversion de soixante millions d’euros de dette signée aujourd’hui afin de permettre la construction d’un hôpital dans la région de Gafsa en est une première illustration concrète », ajoute-t-on.

Des rassemblements ont été signalés dans plusieurs villes tunisiennes Vendredi 22 Janvier 2016, y compris à Kasserine où la contestation a débuté il y a quatre jours et à Sidi Bouzid.

A Tunis, des protestataires ont bloqué l'une des principales artères de la ville et enflammé des pneus tandis que les forces de l'ordre ont interpellé dix neuf personnes, a dit un responsable des services de sécurité.

La veille, la police avait fait usage de grenades lacrymogènes pour disperser plusieurs milliers de jeunes rassemblés devant les bureaux de la préfecture à Kasserine, ville du centre du pays où le mouvement de protestation a débuté après le suicide d'un homme qui se serait vu refuser un emploi dans la fonction publique.

Les forces de l'ordre sont également intervenues à Jamdouba, à Beja et à Skira, ainsi qu'à Sidi Bouzid où les manifestants scandaient « du travail ou une autre révolution », selon des témoins et les médias locaux.

Un policier a été tué Mercredi 20 Janvier 2016 après avoir été attaqué par des manifestants à Feriana, au sud de Kasserine, a annoncé le ministère de l’intérieur.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 20:36

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/01/20/la-ligue-des-droits-de-l-homme-demande-la-fin-de-l-etat-d-urgence_4850261_1653578.html

La Ligue des Droits de l'Homme (LDH) demande la fin de l’état d’urgence

Quand certains s’interrogent sur la nécessité de prolonger l’état d’urgence au-delà de son terme prévu le 26 février 2016, la LDH estime que ce régime d’exception a déjà trop duré. Mardi 19 Janvier 2016, l’association a saisi le conseil d'état pour demander la suspension de l’état d’urgence, sinon d’enjoindre au président de la république d’y mettre fin sans délai. Saisie en référé-liberté, la haute juridiction administrative a déjà fixé l’audience au Mardi 26 Janvier 2016.

Si l’état d’urgence a été prolongé pour trois mois par la loi du Vendredi 20 Novembre 2015, le chef de l'état peut y mettre fin à tout moment par décret. Après les émeutes de banlieue de 2005, le président Jacques Chirac avait mis fin à l’état d’urgence le 4 janvier 2006, alors que le parlement avait voté une prolongation de trois mois qui allait jusqu’au 18 février 2006.

Atteinte à plusieurs libertés fondamentales

Dans la demande au conseil d'état, formulée par l’avocat Patrice Spinosi, la LDH suggère qu’à défaut de mettre fin à l’état d’urgence, il faudrait au moins suspendre certaines de ses mesures, en particulier les perquisitions administratives et l’interdiction de réunions publiques. Une solution pour l’institution présidée par Jean-Marc Sauvé serait de laisser courir les assignations à résidence jusqu’au 26 février 2016, mais d’interdire au ministère de l’intérieur et aux préfets de recourir aux autres mesures de ce régime d’exception.

« La persistance de l’état d’urgence plus de deux mois après son déclenchement est constitutive d’une atteinte grave et manifestement illégale à plusieurs libertés fondamentales », est-il ainsi écrit dans la requête de la LDH au conseil d'état. Et d’évoquer le droit au respect de la vie privée et familiale, la liberté d’aller et venir et la liberté de travailler.

Pour justifier une telle demande, la LDH, qui n’entend « aucunement contester l’importance cruciale de la lutte contre le terrorisme », s’appuie sur le deuxième rapport d’étape sur le contrôle de l’état d’urgence publié le 13 janvier 2016 par la commission des lois de l'assemblée nationale.

L’essentiel des perquisitions administratives et des assignations à résidence ont été ordonnées dans les deux premières semaines qui ont suivi les attentats du Vendredi 13 Novembre 2015. Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois, a ainsi noté que « les principales cibles et les objectifs avaient été traités » et que « l’effet de surprise s’est largement estompé ». Il a évoqué « bien plus qu’un essoufflement, l’extinction progressive de l’intérêt des mesures de police administrative ».

Réponse à court terme

Pour défendre le projet de loi sur l’état d’urgence, Manuel Valls avait déclaré à l'assemblée nationale, Jeudi 19 Novembre 2015, qu’il s’agissait d’« une réponse de court terme ». L’état d’urgence est déclaré, selon la loi de 1955, « en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ». Or, observe Patrice Spinosi, plus de deux mois après les attentats du mois de novembre 2015, « le péril lié à ces atteintes graves à l’ordre public ne saurait plus être regardé comme imminent au sens de la loi ».

La persistance d’une menace terroriste, n’est pas un critère prévu par la loi. Sinon, cela reviendrait « à autoriser le maintien perpétuel du régime exceptionnel au nom de la lutte contre le terrorisme et ainsi renoncer définitivement à l'état de droit », met en garde l’avocat de la LDH.

Le risque a été souligné par la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH). Dans une déclaration de son assemblée générale du 15 janvier 2016, cette autorité indépendante, chargée de conseiller le gouvernement et le parlement, a tenu à « rappeler combien l’état d’urgence et, plus généralement, tous les dispositifs juridiques destinés à le pérenniser, portent intrinsèquement atteinte aux libertés et droits fondamentaux inhérents à l'état de droit ».

Deux Questions Prioritaires de Constitutionnalité (QPC)

Non seulement l’administration ne recourt pratiquement plus aux mesures de l’état d’urgence mais d’autres n’ont jamais été utilisées, comme le port du bracelet électronique pour des personnes assignées à résidence ou le blocage de sites internet provoquant à la commission d’actes de terrorisme ou en faisant l’apologie.

Par ailleurs, la dissolution au mois de janvier 2016 de trois associations cultuelles, dont les dirigeants sont accusés d’avoir appelé « à la haine et au djihad », a été décidée par le ministère de l’intérieur sans recourir à l’article de la loi sur l’état d’urgence l’y autorisant, mais en se référant au code de sécurité intérieure existant. Ce qui fait dire à la LDH qu’il est « manifeste que les mesures de l’état d’urgence ne peuvent résolument plus passer pour strictement nécessaires et ont donc perdu toute justification ».

Le débat devant le conseil d'état ne manquera pas d’intérêt, ne serait-ce que parce que la procédure du référé va amener le gouvernement à devoir justifier de façon très détaillée la nécessité opérationnelle et juridique de prolonger les mesures de l’état d’urgence, au moins jusqu’au 26 février 2016. En écho, le conseil constitutionnel va se pencher sur deux QPC soulevées par la LDH sur la conformité à la constitution des perquisitions administratives et de l’interdiction de réunion sous l’état d’urgence.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 20:18

Grève en Grèce contre la réforme des retraites (Reuters)

Les ferries sont restés à quai dans les ports grecs et les agriculteurs ont déversé du lait dans les rues, Mercredi 20 Janvier 2016, pour protester contre le projet de réforme des retraites, condition des créanciers internationaux d'Athènes pour le déblocage de fonds dans le cadre du troisième plan d'aide à la Grèce.

La colère de la population vise le projet du gouvernement, dominé par le parti de gauche radicale Syriza, de réduire d’un milliard huit cent millions d'euros dès cette année le montant total des retraites, soit l'équivalent de un pour cent du Produit Intérieur Brut (PIB).

Les syndicats de salariés du public comme du privé appellent à une grève nationale pour le 4 février 2016, mais les dockers les ont précédés en entamant Mercredi 20 Janvier 2016 une grève de quarante huit heures qui a paralysé le trafic des ferries.

« Voilà une première réponse au troisième plan d'aide », a déclaré le syndicat des marins grecs dans un communiqué.

Sur l'île de Naxos en mer Egée, où l'agriculture représente cinquante pour cent de l'activité économique, des paysans rassemblés dans le port ont déversé du lait. A Salonique dans le nord de la Grèce, les agriculteurs ont manifesté au volant de leurs tracteurs.

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 20:05

Vladimir Poutine pourrait avoir approuvé l’élimination d’Alexandre Litvinenko (Reuters)

Vladimir Poutine a probablement approuvé l'opération organisée par les services de renseignement russes pour assassiner l'ancien officier du service fédéral de sécurité (FSB), Alexandre Litvinenko, en 2006 à Londres, selon le rapport d'enquête britannique rendu public Jeudi 21 Janvier 2016.

Le ministère russe des affaires étrangères, qui juge le rapport « tendancieux et opaque », a accusé Londres d'avoir politisé l'affaire.

« La pseudo-enquête dont il est question aujourd'hui peut empoisonner un peu plus les relations bilatérales », a ironisé Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin.

Fervent détracteur du président russe, Alexandre Litvinenko est mort à l'hôpital le 23 novembre 2006 à l'âge de quarante trois ans, trois semaines après avoir bu à l'hôtel Millennium de Londres du thé qui contenait du polonium 210, un isotope radioactif. Sur son lit de mort, il avait assuré aux enquêteurs que Vladimir Poutine avait personnellement commandité son assassinat.

Dans son rapport, le juge Robert Owen conclut qu'il a bien été empoisonné par Andreï Lougovoï, un ancien garde du corps du comité pour la sécurité de l’état (KGB), et Dmitri Kovtoune, dans le cadre d'une opération probablement menée à la demande du FSB.

« En prenant en compte l'ensemble des éléments et des analyses qui sont à ma disposition, je conclus que l'opération du FSB visant à éliminer Alexandre Litvinenko a probablement été approuvée par Nikolaï Patrouchev, alors directeur du FSB, et par le président Vladimir Poutine », écrit-il.

« Je peux dire de façon générale que les membres de l'administration Poutine, y compris le président lui-même et le FSB, avaient des raisons d'agir contre Alexandre Litvinenko, y compris de le tuer à la fin de l’année 2006 », ajoute le juge.

Sans illusions ni état d’âme

Le décès d'Alexandre Litvinenko a jeté un froid dans les relations bilatérales et le conflit ukrainien, avec l'annexion de la Crimée, en mars 2014, comme la guerre civile syrienne, n'ont rien arrangé.

Sans exclure l'hypothèse de nouvelles sanctions, le premier ministre britannique s'est montré réaliste.

« Aurons-nous besoin d'entrer en relation avec les russes à un moment ou à un autre pour trouver une solution au conflit syrien ? Oui, mais nous le ferons sans illusions ni état d'âme », a déclaré David Cameron.

Jugeant les conclusions du rapport du juge Robert Owen « profondément troublantes », la ministre britannique de l’intérieur Theresa May a dénoncé « une violation flagrante et inacceptable des points les plus fondamentaux du droit international ».

Le parti travailliste britannique parle quant à lui d'un « acte sans précédent de terrorisme d’état ».

L'ambassadeur de Russie en Grande-Bretagne a été convoqué aux ministère des affaires étrangères et Londres a demandé l'extradition des deux suspects.

Le juge Robert Owen dit avoir la certitude que Dmitri Kovtoune et Andreï Lougovoï, aujourd'hui député, ont versé le polonium dans le thé d'Alexandre Litvinenko le premier novembre 2006, lors d'une entrevue d'une trentaine de minutes au bar de l'hôtel Millennium.

Selon lui, les deux hommes avaient déjà tenté de le tuer deux semaines plus tôt. Le projet pourrait même dater de 2004, ajoute-t-il.

Alexandre Litvinenko, qui avait obtenu la nationalité britannique un mois avant sa mort, accusait le FSB d'avoir commandité la série d'attentats imputés à des séparatistes tchétchènes qui a fait près de trois cent morts pendant l'été 1999 et qui a justifié la deuxième offensive russe dans la république du Nord-Caucase.

Le FSB le soupçonnait de travailler pour les services de renseignement britanniques. Accusant Vladimir Poutine de collusion avec le crime organisé, il était par ailleurs sur le point de jouer un rôle important au sein de l'opposition.

« Il y avait indubitablement une dimension personnelle dans l'antagonisme entre Alexandre Litvinenko et le président Vladimir Poutine », souligne le juge Robert Owen.

La veuve d’Alexandre Litvinenko a plaidé pour l'expulsion des agents des services de renseignement russes opérant en Grande-Bretagne et pour des sanctions à l'encontre des responsables de la mort de son mari, dont Nikolaï Patrouchev et Vladimir Poutine.

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:58

http://www.soleilfmguinee.net/laicite-quand-valls-veut-en-finir-avec-la-gauche-de-mitterrand

Quand Manuel Valls veut en finir avec la gauche de François Mitterrand

Mercredi 20 Janvier 2016

En finir avec François Mitterrand. Cette fois-ci, le doute n’est plus permis. Le débat qui oppose Manuel Valls à Jean-Louis Bianco quant à leur vision respective de la laïcité est utile en ce qu’il permet de caractériser le ressort profond de l’action de Manuel Valls, la rupture avec l’héritage mitterrandien. Pour le comprendre, il faut distinguer ici le débat sur le rapport de la gauche avec la laïcité, toujours d’actualité depuis 1905, et ce que l’affrontement lancé par Manuel Valls nous dit de lui-même. De ce qu’il vise. De ce qu’il propose. De ce qu’il impose.

Ministre de l'intérieur, puis premier ministre, Manuel Valls fait de la lutte contre l’antisémitisme l’un des marqueurs, comme l’on dit de nos jours, de son action. Et il ne lui a pas toujours été facile d’en justifier le bien-fondé. Les mêmes, qui s’inquiètent de la récente agression d’un enseignant portant une kippa à Marseille par un adolescent auto-radicalisé, jugeaient contre-productive la lutte engagée, il y a tout juste deux ans, par le ministre de l'intérieur contre le sinistre Dieudonné, les mêmes qui refusaient de voir que le mal était déjà installé dans le corps national et se contentaient d’affirmer qu’il suffisait de ne pas parler de Dieudonné pour le combattre, dans l’ignorance la plus totale du rôle joué par l’utilisation de la toile numérique. Deux ans plus tard, constatant l’incontestable, il faut bien rendre cette justice à Manuel Valls, oui, il fallait avertir, d’une façon ou d’une autre, du danger Dieudonné.

Depuis, Manuel Valls creuse inlassablement ce sillon. Plus le temps passe et plus il se pose en adversaire résolu de l’antisémitisme. Et plus il hausse le ton, plus il s’avance en terrain intellectuel et politique miné, donnant parfois le sentiment de s’y aventurer sans avoir procédé au préalable à une reconnaissance utile.

Sur le plateau de l'émission « on n’est pas couché » par exemple, Manuel Valls avait jugé que François Mitterrand était emblématique d’une certaine forme d’antisémitisme traditionnel français, le tout en des termes étonnants, « il y avait un antisémitisme qui venait de l’extrême droite, traditionnel, qu’on retrouvait parfois d’ailleurs. Pas seulement une idéologie, une pratique culturelle que l’on retrouve d’ailleurs dans un épisode que nous connaissions déjà dans le livre de Jean d’Ormesson sur une remarque de François Mitterrand le dernier jour à l’Elysée ».

Le propos était étonnant, car Manuel Valls paraissait ignorer que le propos tenu par le président socialiste, certes dérangeant tel que rapporté par l’écrivain dans « le rapport Gabriel », visait en vérité Serge Klarsfeld, qui menait contre lui une inlassable guérilla politique, le tout sur fond de vieilles querelles liées aux affaires de la résistance, époque durant laquelle François Mitterrand avait croisé Arno Klarsfeld, le père de Serge Klarsfeld, au destin tragique.

Devant les amis du Conseil Représentatif des Institutions juives de France (CRIF), Manuel Valls a corrigé le tir. « La relation entre François Mitterrand et René Bousquet reste incompréhensible mais dire que François Mitterrand était antisémite serait une faute intellectuelle », a lâché le premier ministre, questionné de nouveau sur le sujet, dont acte.

Si Manuel Valls avait révisé son François Mitterrand, ou son Marc Bloch, transformé en Maurice Barrès de gauche contre la réalité de son œuvre, il n’aurait pas été contraint de s’amender trois jours plus tard. Sauf que la correction apportée devant un parterre de quelques centaines de personnes ne vaut pas l’accusation portée devant deux millions de téléspectateurs. L’intellectuellement correct n’est pas le médiatiquement équitable, ce qui est en soi la marque d’une inclination particulière. Comme s’il était difficile pour Manuel Valls de rendre justice à François Mitterrand de manière éclatante.

Dans cette perspective, comment ne pas remarquer que la dernière cible en date de Manuel Valls, Jean-Louis Bianco, longtemps collaborateur de François Mitterrand à l’Elysée, est l’un des dépositaires symboliques du legs de l’ancien président ?

Il y a deux semaines, à l’occasion de la célébration du vingtième anniversaire de la disparition de François Mitterrand, François Hollande était à Jarnac, pour y rendre hommage à l’ancien président. De nombreux socialistes l’accompagnaient, y compris de jeunes parlementaires. Durant les jours suivant, de nombreuses figures socialistes, d’hier et d’aujourd’hui, ont évoqué l’ancien président, sa vie et son œuvre. Mais pas Manuel Valls, qui paraît répugner à faire un crochet par le cimetière de Jarnac, pas un mot, pas un geste, ni reconnaissance, ni déférence, mais indifférence et silence.

Devant les amis du CRIF, sur le sujet de la laïcité, Manuel Valls n’a pas seulement choisi la gauche d’Elisabeth Badinter au détriment de la gauche de Jean Louis Bianco, comme s’empressent de le célébrer les néo Maurice Barrès de la gauche cocorico. Il est perceptible qu’il a réaffirmé, comme il l’avait commencé à le faire sur le plateau de l’émission « on n’est pas couché », ce qui paraît être fondamental à ses yeux, cette forme de transgression suprême qui le distingue de tous les autres socialistes, couper la gauche de gouvernement 2015 de la racine de François Mitterrand.

Manuel Valls est-il de ceux qui en veulent à François Mitterrand pour avoir proclamé le droit des palestiniens à un état dans l’enceinte même de la Knesset, à la fin de l’année 1982 ? Ou pour avoir renoncé à inclure l’enseignement privé dans le cadre d’un grand service public laïc et unifié en 1984 ? François Mitterrand a toujours été jugé par certains, à gauche, de s’être montré trop accommodant avec la cause palestinienne. D’autres ont toujours considéré que François Mitterrand avait été trop bienveillant envers l’enseignement catholique privé, de la même façon que leurs ancêtres politiques, notamment Georges Clemenceau, dénonçaient en Aristide Briand et Jean Jaurès, les pères de la loi de 1905, des « papalins » traitres à la laïcité.

En défendant, devant les amis du CRIF, association à but communautaire, une laïcité identitaire, autoritaire et univoque débordant implicitement le cadre posé en 1905, Manuel Valls opère une sorte de synthèse des hostilités au legs mitterrandien qui tient plus de la révolution idéologique que de l’exercice du droit d’inventaire exercé par un ancien disciple de Michel Rocard ou Lionel Jospin.

La posture de rupture de Manuel Valls n’est pas sans conséquence. Par exemple, François Mitterrand ne serait jamais osé à évoquer les « valeurs » de la république, comme le proclame inlassablement Manuel Valls, mais les « droits » et libertés qu’elle accorde à tous, sans distinction. La distinction n’est pas que sémantique, en vérité, elle fonde tous les débats à gauche, y compris sur la laïcité. Selon qu’on l’envisage comme une valeur ou un principe juridique, créateur de droit, son sens et sa portée divergent.

Intervention après intervention, sur la laïcité comme sur le reste, Manuel Valls paraît inviter la gauche à emprunter un chemin qui mène à l’identitaire. La laïcité n’est pas une assignation identitaire qui servirait à défendre une identité plus qu’une autre, mais une émancipation citoyenne, un principe que François Mitterrand, dans la lignée de Jean Jaurès, a toujours défendu. Comme Jean-Louis Bianco aujourd’hui, en dépit de ses maladresses éventuelles quand il s’agit de signer des pétitions avec des personnages qui ont peu à voir avec la cause que doit défendre l’observatoire de la laïcité. Derrière la rupture avec François Mitterrand, implicitement proposée par Manuel Valls, se cache finalement une rupture avec une certaine idée de la gauche.

François Hollande, écrivait il y encore quelques jours, à Jarnac, au sujet de François Mitterrand que « tout est changement, tout est continuité ».

Manuel Valls lui, semble penser qu’à gauche, tout doit être changement, et seulement changement. Alors, en finir avec François Mitterrand ou pas, Manuel Valls ou François Hollande, à quand la clarification ?

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:27

http://www.lepcf.fr/spip.php?page=article&id_article=3028

Charlie Le Pen

Par Gilbert Remond

Lundi 18 Janvier 2016

Cette photographie me fait mal même si elle est juste et son commentaire très exactement juste. Elle me fait une décharge dans les tripes qui traduit l’horreur et son vécu. Je parle bien entendu de la photographie d’Aylan qui en son temps déjà m’avait scandalisé. J’ai écris à ceux qui me l’imposaient qu’elle était insupportable à ma vue parce qu’elle remuait des choses trop intimes au sujet de la mort d’un enfant mais aussi parce qu’il est indécent d’utiliser sa dépouille. Ils ne savent même plus respecter la mort. Ils ont dit que c’était pour faire prendre conscience, que cette photographie allait pouvoir sauver d’autres enfants et que grâce à lui le monde se réveillait et allait pouvoir devenir plus humain et plus solidaire, moi je pense au contraire qu’il ont surtout joué sur le sensationnel pour faire du fric et créer de l’émoi. Tout doit faire image et toute image devenant monnayable, devenir valeur, mais l’enfant lui que valait-il ? Rien, sinon l’argent que les passeurs ces nouveaux naufrageurs avaient déjà tiré de lui.

Je pense à Pier Paolo Pasolini et à ce qu’il disait de cette société de consommation et de ce qu’elle nous amenait, à savoir le fascisme. Nous y sommes et nous le voyons venir bardé de bons sentiments et de morale. Emmanuel Todd avait raison sur le sens du mouvement de soutient à Charlie en janvier 2015, mais peut être déjà Louis Althusser quand il s’en prenait a l’humanisme bourgeois. Vous le voyez au travail cet humanisme bourgeois. On pleure sur la dépouille d’un enfant plaisamment exposé sur toutes les unes des grands quotidiens et on fait toute une promotion des réfugiés que les démocraties se doivent d’accueillir par soucis d’humanité et de solidarité, mais en cachant soigneusement la face inavouable de cette campagne, la demande pressante du patronat allemand d’avoir d’un coup, sans coût, à sa disposition une main d ’œuvre qualifié bon marché. Et puis soudainement tout bascule dans une nuit de la Saint Sylvestre. Les bons réfugiés ont des mains de « tripoteurs de fesses ». Charlie, qui jamais ne manque une bonne occasion d’apporter de l’eau à son maitre, produit ce dessin ignoble mais, je suis désolé, le stylo enfoncé dans le dos d’Aylan ne vaut pas mieux que l’infamant dessin.

La photographie, toujours la photographie de l’enfant, de l’enfant doublement sacrifié sur l’hôtel des représentations de la bonne conscience libérale libertaire, cette nouvelle livrée de la morale bourgeoise et ses attributs modernisées de la raison occidentale. Mais voila quelque chose à eu lieu durant cette nuit dont on ne comprend pas tous les tenants et les aboutissants, ni de quoi ils rendent compte, d’abord parce que, vu de chez nous, j’entends depuis notre condition « d’occidentale », ce qu’elle nous montre relève de l’incompréhensible et du non vu, justement du point de vu de la conception abstraite et idéologique de notre morale ou, plus justement, des représentations de notre être civilisationnel. La conscience que nous en avons est mise en hébétude, pourtant nous devrions nous rappeler que Sigmund Freud sentait monter quelque chose de cet ordre quand il écrivait que « le malaise dans la civilisation » décrivait les mécanisme du moi dans les mouvements de foule et quand, plus tard, a la veille de la grande nuit barbare qu’allait devenir la deuxième guerre mondiale, il proposait sa deuxième topique articulée à la pulsion de mort ?

Le blog des crises proposait il y a quelques jours un article ou plus exactement un recueil d’articles que vous trouverez plus bas, sous une rubrique qui reprenait le titre de l’un d’eux, « antiracisme et féminisme, des valeurs incompatible ». Antiracisme et féminisme étaient au côté de l’écologie, deux des nouveaux fronts que les liquidateurs du Parti Communiste Italien (PCI) pensaient pouvoir substituer a celui de la lutte des classes devenu archaïque et trop clivant, en tout cas insuffisant pour construire le grand rassemblement des démocrates qu’il aspiraient à conduire vers une nouvelle conception de la politique. Les camarades prenait une nouvelle identité, celle du citoyen qui représentait de nouveau, après la parenthèse marxiste léniniste, la vérité de l’homme en tant que personne allégorique morale. Ils rejetaient, dans une décision « historique » la leçon de Karl Marx pour qui une telle occurrence n’ était autre que celle de la figure de l’individu égoïste apparu sous une forme abstraite. Cette aggiornamento audacieux salué par toute les démocraties s’opposait à tout l’apport de Karl Marx qui au contraire pensait que l’émancipation humaine ne pourrait devenir réalité que « lorsque l’homme aura reconnu ses propres forces sociales et les aura organisées comme telles et que par conséquent il ne séparera plus de lui la force sociale sous la force politique ». Faisant fi de ce que nous enseignait l’histoire du mouvement ouvrier et la lutte de classe, ils tournaient le dos à l’histoire, au progrès et au développement de la démocratie pour les plats de lentille du pouvoir bourgeois. Nous en voyons les conséquences. Antiracisme et féminisme sortis du contexte des forces sociales se retrouvent vidés de leur portée universalistes. Partout le fascisme s’infiltre dans les failles laissées, jouant le clivage, partout où les valeurs prolétariennes ont été reniées.

Libération n’est n’est pas de reste et, depuis longtemps dans cette univers défraichi, il laisse courir ses ambiguïtés à pleines lignes donnant, sous prétexte d’informer, la parole à qui apporte de l’eau à son moulin. Il suggère, au lieu de prendre position en écrivant par exemple, ce que dit un ancien élu social-démocrate de Berlin, cette perle, « le problème, c’est l’image des femmes qu’ont de nombreux migrants venus du Moyen Orient » ou, en insinuant avec bonhommie « que l’alcool a sans doute joué un rôle ». Suivent d’autres articles, l’un de Philippe Grasset, l’autre franchement plus conservateur de John Laughland et les commentaires qu’ils suscitent auprès de lecteurs. Ces articles posent un certain nombre de questions que nous aurions tort de balayer d’un revers de main. Nous devons en prendre connaissance et travailler les interrogations qui s’y révèlent mais je dois dire que j’ai été choqué a plus d’une reprise au cours de la lecture que j’en ai fait, choqué et peut être déstabilisé par ce qu’il pourraient impliquer si nous ne savons reprendre l’initiative. Pour autant, nous voilà plonger dans un courant violent, celui ou s’affrontent des modes de vie différents mais ou, surtout, frustration et sentiment de rejet s’additionnent dans de dangereux cocktails . Ne faut-il pas voir dans cette « massification » transgressive un des effets du « désir d’occident » dont nous parlait Alain Badiou dans son texte sur les crimes de masse ? Désir de la chose occident et de ses manifestations hollywoodiennes, dont le sexuel en tant qu’objet de consommation est à la fois le symptôme et le totem. Pourtant, je me rappelle la campagne tentée il y a quelques années à propos des gangs de banlieue qui infiltraient les manifestations de lycéens pour les dépouiller ou profiter de leur manque d’expérience et d’organisation pour se livrer au pillage. Là aussi, les images ne manquaient pas, ni les chroniques alarmées.

Quand à l’idée proposée d’une organisation de ces comportement dans plusieurs villes successivement, je ne sais qu’en penser précisément mais pourquoi ne pas s’interroger aussi sur le sens et la fonction de ces fêtes de la Saint Sylvestre, de leur surgissement en tant qu’événement de masse accompagné et encouragé par les médias ?

Si Philippe Grasset voit un crash de civilisation dans ces événements, Klaus Stein, le secrétaire de la section du parti communiste allemand (DKP) de la ville de Cologne, donne une interprétation des faits beaucoup plus nuancée et distanciée.

Par contre pour lui, « le sentiment d’impunité conduit à la dissolution du droit », des derniers vestiges du droit d’asile et de la convention de Genève sur les réfugiés. Car pour mener la guerre contre le reste du monde, l’impérialisme a besoin de la forteresse Europe vis-à-vis de l’extérieur et de la terreur chez lui. Il donne en effet un ton différent et remet les pendules à l’heure en appelant à la mobilisation et en lançant le mot d’ordre « non au racisme, non a la violence sexuelle ». Pendant ce temps, chez nous, la gauche de la gauche, logique avec elle-même, déraisonne une fois de plus. Elle lance par l’intermédiaire de l’une de ses portes paroles ce qui devient un exercice classique d’anti soviétisme chez elle, une violente attaque contre l’armée rouge qui, à soixante dix ans de distance, continue à hanter les nuits de ceux qui préféraient Adolf Hitler au Front Populaire. « Doit -on salir les libérateurs d’Auschwitz pour blanchir les salafistes », Marc Cohen lui répond et lui montre le combat des femmes soviétiques.

Il suffirait de peu qu’Aylan s’appelle Durafour par exemple.

Les juifs savent rire d’eux-mêmes, les prolétaires aussi peuvent se traiter de mulet, le second degré n’est pas réservé aux élites.

Mais lorsque les oppresseurs se moquent des opprimés, quand un adorateur du troisième reich ironise sur la shoah, quand François Hollande traite de « sans dents » ceux qu’il peut embastiller et quand un canard publié dans un pays dominateur avec l’argent des magnats de la presse déverse son cynisme sur les victimes du terrorisme et de l’impérialisme, il n’y a pas de second degré.

Il vient un moment où l’esprit frondeur et la satire deviennent le contraire d’eux-mêmes, c’est lorsqu’ils prennent pour cible non plus les puissants mais leurs victimes.

Dans ce cas, et avec tous les degrés qu’on voudra, l’humour noir de Charlie Hebdo prend la couleur des chemises brunes ou des drapeaux de l’Etat Islamique.

L’humour occidental de Charlie Hebdo a des relents coloniaux.

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 18:47

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/01/18/face-a-l-etat-d-urgence-des-citoyens-font-de-la-resistance_4849014_3224.html

Face à l’état d’urgence, des citoyens font de la résistance

Par Camille Bordenet

Lundi 18 Janvier 2016

Il aura fallu laisser passer le temps de la sidération et de l’émotion pour que leurs voix commencent à se faire entendre. Leurs voix de citoyens, présentes mais si peu audibles face à la communication gouvernementale qui préfère mettre en avant le soutien supposé de l’opinion publique à l’état d’urgence déclaré en réaction aux attentats du mois de novembre 2015 et dont le renouvellement pour trois mois avait été plébiscité par quatre vingt onze pour cent des français. Tous ne se reconnaissent pourtant pas, ou plus, dans ce pourcentage.

Inquiets d’une dérive sécuritaire et de la menace que l’état d’urgence et ses mesures de police administrative font peser sur l'état de droit et les libertés publiques, certains citoyens ont décidé d’entrer en résistance. Ils ne veulent pas que ce régime d’exception, qui permet notamment des perquisitions administratives et des assignations à résidence sans contrôle du juge judiciaire, soit à nouveau prolongé. Et encore moins constitutionnalisé, comme le prévoit le projet de révision constitutionnelle du gouvernement.

Naissance d’un conseil d’urgence citoyenne

« Loin de déboucher sur une protection accrue des français, l’état d’urgence a conduit à une confiscation des libertés publiques et du pouvoir citoyen », estime Séverine Tessier, fondatrice de l’association anticorruption Anticor. « Au motif de lutter contre le terrorisme, l’équilibre des pouvoirs et la nature du régime sont en train de changer ».

Cette militante fait partie des initiateurs d’un conseil d’urgence citoyenne qui a vu le jour Mercredi 6 Janvier 2016 à Paris autour d’un manifeste. Derrière ce nom, un groupe pluriel de citoyens, universitaires, juristes, historiens, artistes, travailleurs sociaux, zadistes, élus et militants, souhaitent fédérer l’ensemble des opposants à l’état d’urgence et faire émerger un débat de fond sur la question, quand celle de la déchéance de nationalité accapare désormais l’essentiel des débats.

Alors que plusieurs initiatives, pétition, tribunes et meetings, contre l’état d’urgence ont déjà été prises, le conseil d’urgence citoyenne ambitionne de regrouper ces acteurs. « L’idée est désormais de nous unir pour passer à l’action, dans une logique de résistance, mais aussi de s’inscrire dans une logique de proposition en réfléchissant à des alternatives pour réinventer notre démocratie », explique Séverine Tessier.

La construction d’un nouvel outil citoyen

Concrètement, le conseil d’urgence citoyenne appelle les opposants à l’état d’urgence à constituer des comités locaux, soit sur des assises associatives existantes, soit ex nihilo, et à consigner leurs travaux dans des cahiers de vigilance et de propositions. L'objectif est d'organiser pour chaque comité une délégation afin de participer, à terme, à une convention nationale qui aura pour mission de présenter une série de propositions de lois.

Pour l’instant, il n'y a pas d’agenda précis, les réunions et ateliers des divers comités se feront comme chacun l’entend. Pas question non plus de se constituer en association et de « créer une chapelle, la force du mouvement va être sa liberté d’organisation pour que chacun se l’approprie à sa façon et que toutes les causes puissent converger », détaille Séverine Tessier.

Le nouvel outil citoyen est encore en phase de construction, mais il commence à essaimer localement, grâce aux relais associatifs et militants. A Carpentras, dans le Vaucluse, Adèle Côte, qui tient depuis trois ans le café-citoyen « le point de lumière » a lancé Jeudi 14 Janvier 2016 le premier comité local de la région Provence Alpes Côte d'Azur (PACA), « qu’on soit pour ou contre, la question de la prolongation de l’état d’urgence nous concerne tous et nous ne pouvons pas laisser les élus décider sans nous ».

Elle a déjà donné rendez-vous pour le prochain conseil dans dix jours. En espérant que la quinzaine de personnes présentes au premier en ramènera d’autres. En activant son réseau de cafés associatifs, elle souhaite insuffler petit à petit une dynamique pour que d’autres comités émergent dans la région. L’un d’eux doit voir le jour au début du mois de février 2016 à Nice, et un appel a été lancé en Nord-Pas-de-Calais Picardie.

Soulèvement

Preuve que l’enjeu mobilise et que l’attente citoyenne était là, alors que le conseil d’urgence citoyenne n’a pas encore de site internet, nombreux sont ceux qui l’ont déjà contacté via sa page facebook. « Je ne suis pas militante dans l’âme, je n’ai jamais été politisée mais l’idée que l’état d’urgence puisse devenir le mode de fonctionnement ordinaire de notre société m’effraie », explique Audrey Koulinsky, directrice artistique à Marseille, qui a entendu parler du conseil d'urgence citoyenne par le bouche-à-oreille. Une peur qui a créé chez elle le déclic. Et lui a donné envie de s’investir.

« Si on en est là, c’est qu’en tant que citoyen on n’a pas fait ce qu’il fallait. Je veux donc prendre ma part de responsabilité ».

Déclic aussi pour Léa, le prénom a été modifié, une fonctionnaire parisienne qui elle non plus n’a jamais milité, au moment où des militants écologistes ont été assignés à résidence dans le cadre de la conférence climatique. « Là, j’ai réalisé les abus qu’il pouvait y avoir. Et depuis, je ne vois plus que cela », dit-elle en égrenant des cas de perquisitions brutales ou humiliantes. « D’accord pour l’état d’urgence les premiers jours qui ont suivi les attentats, mais désormais on se demande si dans le fourre-tout de la lutte contre le djihadisme, le ministère de l’intérieur ne cache pas des intérêts beaucoup moins avouables ».

Pour Paul Alliès, président de la convention pour la sixième république, qui a rejoint le conseil d’urgence citoyenne, l’état d’urgence aura « au moins eu cela de positif » qu’il a eu un effet levier, en « secouant les consciences, un réseau de citoyens qui était resté dormant et inaudible sur les questions de libertés publiques et d’état de droit est en train de se soulever ».

Enseignants, médecins, postiers, acrobates, lycéens, chômeurs, cheminots et retraités, ils sont aujourd’hui près de trente quatre mille à avoir signé la pétition « nous ne céderons pas », mise en ligne dès le mois de décembre 2015 par une centaine d’associations, de la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) à la CIMADE en passant par l’Observatoire International des Prisons (OIP). Une pétition suivie d’un appel à « sortir de l’état d’urgence ».

Un « Citizen Act » pour éviter le « Patriot Act »

Un combat d’autant plus « urgent », selon ces citoyens, que le gouvernement prépare déjà l’après état d’urgence à travers un projet de loi qui prévoit de reprendre certaines mesures de ce régime d’exception en temps normal. « Face au danger d’un Patriot Act à la française nous voulons construire un Citizen Act », souligne ainsi Séverine Tessier.

Espace d’échange et de propositions, le conseil d’urgence citoyenne se veut aussi une instance de contrôle et de vigilance aux mains de la société civile, « pour ne pas se contenter du contrôle parlementaire, exercé à travers la commission des lois, ou journalistique ».

« L’état d’urgence et la déchéance de nationalité sont des sujets extrêmement graves. Il faut créer des espaces pour que les citoyens puissent s’en emparer et exercer leur propre vigilance », estime Isabelle Attard, l’une des six députés à avoir voté contre la prolongation de l’état d’urgence, Jeudi 19 Novembre 2015. Elle a rejoint le conseil d'urgence citoyenne en tant que « députée citoyenne » et souhaite mettre son expérience de parlementaire au service des citoyens, qu’elle estime les plus légitimes à se positionner sur ces sujets.

Aujourd’hui, l’élue redoute que la déchéance de nationalité soit « mise sur la place publique comme un os à ronger pour éviter de parler de l’inscription de l’état d’urgence dans la constitution ». Mais elle est persuadée qu’ils seraient aujourd’hui bien plus de six députés à voter contre une deuxième prolongation de ce régime d’exception qui doit prendre fin le 26 février 2016.

En attendant que la résistance s’étende et s’organise, le conseil d’urgence citoyenne a d’ores et déjà fixé un rendez-vous, en appelant à une « grève citoyenne » le 3 février 2016, jour où les députés commenceront l’examen de la constitutionnalisation de l’état d’urgence. Mobilisation qui pourra s’exprimer en portant par exemple le signe « v » de « vigilance » sur un brassard. « On travaille aussi sur d’autres formes d’actions et d’interpellations, qui pourront passer par des lettres ouvertes », détaille Séverine Tessier.

A Carpentras, Adèle Côte est bien décidée à répondre à l’appel de la grève, « même si on doit être dix et qu’il n’y a que la presse locale pour parler de nous. On aura posé une pierre pour dire plus jamais cela. Et peut-être que d’autres suivront ».

Les juges administratifs aussi se mobilisent

Les citoyens et les habituels défenseurs des libertés publiques ne sont pas les seuls à se mobiliser. En première ligne de l’état d’urgence, des juges administratifs réfléchissent eux aussi à se réunir au sein d’un collectif qui agrégerait juges judiciaires, avocats et universitaires. « Cela dans le but d’apporter notre expertise juridique aux conseils citoyens et de s’articuler à leur travail », nous explique l’un d’eux, sous couvert d’anonymat, du fait de son devoir de réserve. « Citoyens et juges, nous avons une responsabilité collective face à cette situation ».

Dans une tribune sur Mediapart, plusieurs juges administratifs appelaient déjà à la fin du mois de décembre 2015 à un « débat large et organisé dépassant l’enceinte du seul parlement et associant toutes les parties dont le rôle est de veiller à la protection des libertés publiques ». Un débat qui leur permettrait aussi d’expliquer leurs difficultés, à l’heure où ils se retrouvent « dotés d’une responsabilité accrue sans avoir véritablement les moyens de l’assumer », au détriment du juge judiciaire.

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 20:34

http://www.revolutionpermanente.fr/15-janvier-1919-Luxemburg-Liebknecht-le-feu-ne-meurt-jamais

« Im gedenken am Rosa und Karl »

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, le feu ne meurt jamais.

Vendredi 15 Janvier 2016

Par une froide journée de janvier 1919, les deux corps de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht étaient jetés dans le Landwehrkanal qui ceinture toujours Berlin. Avec leur assassinat et celui de milliers d’autres révolutionnaires, sous les balles des corps francs aux ordres du nouveau pouvoir social-démocrate, la révolte spartakiste de Berlin s’éteignait.

Si la flamme de la révolution se rallumera en Bavière, où entre le 7 avril et le 3 mai 1919 vit une éphémère république des conseils et plusieurs fois encore en Allemagne par la suite, les communistes avaient perdu deux dirigeants exceptionnels.

Suivant l’exemple des russes, des milliers de soldats et d’ouvriers allemands s’étaient levés contre cette sale guerre, barbare et fratricide. La révolution allemande débute le 29 octobre 1918 avec la mutinerie des marins de Kiel qui refusent d’appareiller et de mourir pour « l’honneur ». Elle se propage ensuite dans tout le pays, où des centaines de conseils d’ouvriers et de soldats se créent sur le modèle soviétique. La révolution russe, qui entre dans sa première année, a fait naître un immense espoir. À la faveur du soulèvement, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, dirigeants de l’aile gauche du parti social-démocrate, opposés à la guerre, sont libérés de prison. Il y étaient depuis 1916, Karl Liebknecht, pour avoir crié en pleine burgfrieden, l’union sacrée allemande, « à bas la guerre, à bas le gouvernement », lors de la manifestation du premier mai 1916, tout en endossant l’uniforme. Son immunité parlementaire lui fut aussitôt retirée et il est jeté en prison sans autre forme de procès. Rosa Luxemburg, quant à elle, fut placée sous surveillance policière avant d’être incarcérée une nouvelle fois en juillet 1916. Elle avait déjà connu la prison entre 1915 et février 1916.

Depuis le début du vingtième siècle, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht étaient des figures de premier plan du plus grand parti ouvrier au monde, le parti social-démocrate d’Allemagne (SPD).

À la veille d’une guerre qui lui sera fatale, il était fort d’un million d’adhérents et publiait soixante dix quotidiens. Avec ses milliers d’associations ouvrières, il était un état dans l'état. Par peur de voir le parti déclaré illégal, ce qui signifiait tout perdre, et d’être jetés en prison s’ils s’opposaient à la guerre, les députés sociaux-démocrates votent les crédits de guerre en août 1914. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg dénonceront, comme Vladimir Lénine et Léon Trotsky, cette capitulation. La « brochure de junius », qu’elle écrit sur la crise de la sociale démocratie, circule sous le manteau pendant le conflit. Opposés à la guerre, c’est tout naturellement qu’ils seront portés à la tête du mouvement contre la boucherie qui finit par éclater.

En automne 1918, alors que les armées allemandes se replient, une journée va sceller et pour toujours la scission définitive entre les sociaux-démocrates et les communistes, le 9 novembre 1918. Le matin, le social-démocrate et futur boucher Philipp Schneidemann proclame la république, qui deviendra celle dite de Weimar, depuis le reichstag.

Il s’agit d’une république bourgeoise, mais jusqu’ici l’Allemagne n’avait eu que des empereurs à sa tête. Mais les ouvriers ont l’exemple soviétique en tête, ils ne veulent pas se contenter de remettre le pouvoir à une bourgeoisie qui les a jetés dans les tranchées. Le même jour, à 16 heures, depuis la fenêtre de la résidence impériale des Hohenzollern, Karl Liebknecht proclame la république des conseils, la räterepublik. L’affrontement entre ces deux perspectives se terminera dans un bain de sang, les sociaux démocrates choisissant d’écraser les conseils. Le 11 novembre 1918, l'état major allemand capitule sans condition et signe un humiliant armistice en forêt de Rethondes.

Les soldats qui, à l’instar d’un certain Adolf Hitler, avaient trouvé dans la lutte à mort pour la patrie de quoi donner un sens à une vie misérable, n’auront de cesse par la suite d’accuser les révolutionnaires d’avoir, par ce soulèvement, asséné un coup de poignard dans le dos de la nation allemande. Ils rejoindront massivement les milices paramilitaires des corps francs qui, sous les ordres des sociaux-démocrates, massacreront les conseils. Beaucoup d’entre eux intégreront les rangs des Sections d'Assaut.

Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht paieront de leur vie cette froide stratégie des réformistes visant à liquider ce qui aurait été un levier formidable pour étendre la révolution en Europe et sortir ainsi la Russie de son isolement, ainsi que du reflux politique qui menaçait l’authenticité du pouvoir ouvrier à Moscou, Petrograd et ailleurs.

Quelques jours après leur mort, Léon Trotsky avait su trouver les mots pour raviver l’espoir révolutionnaire, en ces moments d’immense douleur, « camarades, si l’enveloppe matérielle de Karl Liebknecht a disparu, sa mémoire demeure et demeurera ineffaçable.

Mais avec le nom de Karl Liebknecht, celui de Rosa Luxemburg se conservera à jamais dans les fastes du mouvement révolutionnaire universel.

Connaissez-vous l’origine des légendes des saints et de leur vie éternelle ? Ces légendes reposent sur le besoin qu’éprouvent les hommes de conserver la mémoire de ceux qui, placés à leur tête, les ont servis dans le bien et la vérité, elles reposent sur le besoin de les immortaliser en les entourant d’une auréole de pureté.

Camarades, les légendes sont superflues pour nous, nous n’avons nul besoin de canoniser nos héros, la réalité des événements que nous vivons actuellement nous suffit, car cette réalité est par elle-même légendaire.

Elle éveille une puissance légendaire dans l’âme de nos chefs, elle crée des caractères qui s’élèvent au-dessus de l’humanité.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg vivront éternellement dans l’esprit des hommes. Toujours, dans toutes les réunions où nous évoquions Karl Liebknecht, nous avons senti sa présence et celle de Rosa Luxemburg avec une netteté extraordinaire, presque matérielle.

Nous la sentons encore, à cette heure tragique, qui nous unit spirituellement avec les plus nobles travailleurs d’Allemagne, d’Angleterre et du monde entier, tous accablés par le même deuil et par la même immense douleur.

Dans cette lutte et dans ces épreuves, nos sentiments aussi ne connaissent pas de frontières ».

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 20:04

Attaque djihadiste meurtrière au cœur d’Ouagadougou (Reuters)

Les forces de sécurité du Burkina Faso ont repris Samedi 16 Janvier 2016 le contrôle d'un grand hôtel de la capitale, Ouagadougou, attaqué par un commando d’al Qaïda Vendredi 15 Janvier 2016 dans une opération qui a fait au moins vingt huit morts, selon les bilans disponibles.

D'après le ministère français des affaires étrangères, cette attaque, la première contre la capitale du Burkina Faso, a fait au total vingt neuf morts dont deux français. Une française figure parmi les blessés, ajoute le Quai d'Orsay. La section antiterroriste du parquet de Paris a ouvert une enquête pour assassinats et tentatives d'assassinat.

Six canadiens, deux suisses et un néerlandais ont également été tués.

A la différence du Mali voisin, le Burkina Faso avait jusqu'à présent été largement épargné par les violences islamistes, bien que le pays ait connu des troubles politiques.

L'attaque djihadiste visait l'hôtel Splendid et le café-restaurant Cappuccino voisin, prisés des occidentaux et des soldats français déployés dans le pays dans le cadre de l'opération Barkhane pour lutter contre les djihadistes au Sahel.

Elle a été revendiquée par Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) au nom d’al Mourabitoune, le groupe du djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar qui lui a fait allégeance. Ce groupe était déjà impliqué dans l'attaque au scénario similaire menée au mois de novembre 2015 contre l'hôtel Radisson Blu de Bamako, au Mali, qui avait fait vingt morts de diverses nationalités.

L'attaque d’Ouagadougou signale une expansion des opérations de la mouvance islamiste dont les groupes forgent de nouvelles alliances pour apparaître plus visibles, en écho à la montée en puissance de l'Etat Islamique au Moyen-Orient.

Actes ignobles et lâches

« La situation que nous vivons depuis hier au Burkina Faso est une situation inédite », a déclaré le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, qui s'est rendu sur les lieux.

Le président Roch Marc Christian Kaboré, qui a évoqué des « actes ignobles et lâches », a fait état de vingt huit morts au Splendid et au Cappuccino.

Roch Marc Christian Kaboré, élu au mois de novembre 2015, vient à peine de nommer son gouvernement.

S'exprimant à la télévision, il a fait état de cent cinquante six otages libérés durant l'assaut mené par les forces du Burkina Faso appuyées par les forces françaises et américaines. Environ cinquante civils ont été blessés ainsi que quatre membres des forces de sécurité, dont un soldat français.

Selon le récit d'une survivante du Cappuccino, ceux qui y dînaient ont d'abord pris les tirs et les explosions entendus pour des pétards, avant que deux hommes armés, entièrement vêtus de noir et brandissant des fusils d'assaut AK-47, ne fassent irruption vers 20 heures 30 en tirant au hasard.

« Nous avons entendu des tirs, des grenades et des détonations. Cela fait de l'écho et c'était extrêmement fort. Cela a continué pendant longtemps », a déclaré une survivante slovène, spécialisée dans l'anthropologie sociale.

Ils revenaient pour voir si les blancs bougeaient

« Ils n'arrêtaient pas d'aller et venir dans le Cappuccino. On pensait que c'était fini et alors ils revenaient et tiraient sur plus de gens. Ils revenaient pour voir si les blancs bougeaient et alors ils tiraient à nouveau sur eux », a-t-elle ajouté.

« Mon amie avait une personne blanche morte au-dessus d'elle, qui saignait sur elle. Mais son corps l'a sauvée », a expliqué l'anthropologue qui a demandé à ce que son nom ne soit pas cité.

Un autre survivant, Ludovic, un architecte français, qui se trouvait à une terrasse de bar près du Cappuccino quand l'attaque a commencé, a dit avoir vu trois assaillants repérant les blancs avant de s'engouffrer dans le Splendid.

Les attaquants ont incendié des voitures et tiré en l'air pour faire refluer la foule dans le bâtiment avant d'entrer dans l'hôtel et de prendre des otages.

Aux premières heures du Samedi 16 Janvier 2016, les forces de sécurité du Burkina Faso, appuyées par les forces françaises et américaines, sont entrées dans le Splendid dont une partie du hall était en feu. Leur progression a été freinée, les djihadistes ayant piégé à l'explosif les accès aux étages supérieurs de l'établissement.

Selon un journaliste de Reuters, les affrontements les plus durs ont pris fin après une période de tirs nourris et d'explosions qui semble s'être centrée sur le Cappuccino, Samedi 16 Janvier 2016.

Les tirs sporadiques ont ensuite continué toute la matinée. Le dernier assaillant a été tué à l'hôtel Yibi, tout proche.

Par ailleurs, les autorités ont annoncé qu'un médecin australien et sa femme, Kenneth et Jocelyn Elliott, avaient été enlevés Vendredi 15 Janvier 2016 dans le secteur de Baraboulé, dans le nord du pays, près de la frontière malienne. Tous deux dirigent un dispensaire et sont installés au Burkina Faso depuis 1972.

D'après le Quai d'Orsay, un peu plus de trois mille neuf cent français sont installés au Burkina Faso, dont un peu plus de trois mille dans la capitale.

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 19:50

http://www.revolutionpermanente.fr/Apres-Charlie-le-site-d-Aube-Doree-publie-le-dessin-de-Riss

Aube Dorée a apprécié « l'oeuvre »

Après Charlie, le site d’Aube Dorée publie le dessin de Riss

Jeudi 14 Janvier 2016

La publication, dans la dernière édition de Charlie Hebdo, d’un dessin de Riss n’en finit plus de faire polémique. La caricature, croquant deux jeunes symbolisant le jeune Aylan mort en méditerranée et se lançant à la poursuite de femmes pour leur « tripoter » les fesses, a provoqué nombre de réactions sur les réseaux sociaux. Mais une organisation a particulièrement apprécié la publication, au point de la publier sur son site internet, le parti néo-nazi grec Aube Dorée.

La publication de l’article critique « Charlie Hebdo, où s’arrête l’humour, où commence le racisme » sur Révolution Permanente dans l’édition du Mercredi 13 Janvier 2016 a provoqué de vives réactions, dans les commentaires comme sur la page facebook. Du lecteur pro-Charlie, défendant l’esprit Charlie et le droit à la dérision sans limite de mauvais goût, au lecteur dénonçant les dérives racistes du journal satirique, les nombreuses interprétations de « l'oeuvre » n’auront pas manqué de faire réagir.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la publication du dessin de Riss sur le site internet d’un parti néo-nazi, qui a une place importante sur l’échiquier politique grec, continuera à alimenter le débat. A la suite des événements de Cologne, qui ont inspiré le dessinateur, le mouvement d’extrême droite Pediga n’avait pas manqué d’initier le processus de récupération politique pour justifier ses positions xénophobes envers les étrangers, et plus particulièrement les migrants fuyant le chaos au Moyen Orient.

En tant que quotidien traitant l’actualité avec un point de vue d’extrême gauche clairement assumé, nous avions avancé dans l’édition d’hier que ce dessin publié dans Charlie Hebdo tombait dans « l’amalgame pur et dur et participait » à ce processus de récupération politique par l’extrême droite. La reprise de ce dessin par Aube Dorée est un élément allant dans le sens de cette analyse.

La volonté de « rire de tout » n’absout pas tout message politique. Cette affirmation résonne elle aussi avec d’autant plus de force, après la récupération du dessin de Riss par Aube Dorée. Le caractère raciste et le message ô combien réactionnaire de la caricature sont ici canalisés politiquement par l’organisation néo-nazie. Nul besoin de retouche, ou de détourner le message, il suffit de traduire le texte « migrants, que serait devenu le petit Aylan s’il avait grandi, tripoteur de fesses en Allemagne » pour légitimer le discours xénophobe d’Aube Dorée. Et pour cause, l’essence politique même du dessin est constituée des positions réactionnaires et racistes qui font le lit des mouvements de type Aube Dorée.

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