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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 15:47

 

DU SECOND EMPIRE A LA COMMUNE DE PARIS

 

Des militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) publiaient récemment une nouvelle édition d’une brochure de 1997 relative à l’histoire de la lutte des classes en France depuis la révolution française de 1789.

Il y a bien évidemment dans cette brochure de nombreuses considérations relatives à la période contemporaine mais il y a aussi une présentation synthétique de l’histoire de la lutte des classes en France au dix neuvième siècle.

Vous trouverez ci-dessous les paragraphes relatifs à une période de vingt deux ans entre 1848 et 1870.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.npa-dr.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.npa-dr.org/index.php/9-article-lettre/51-la-question-du-parti

 

DU SECOND EMPIRE A LA COMMUNE DE PARIS

 

La pression de la classe ouvrière conduisit le gouvernement à lui concéder des droits. En 1864, la loi d’Isaac Le Chapelier fut abolie et le droit d'association reconnu.

En 1862, à l'occasion de l’exposition universelle qui eut lieu à Londres, le gouvernement favorisa la constitution d'une délégation ouvrière.

Celle-ci entra en contact avec des représentants de la classe ouvrière anglaise et confronta avec elle les conditions qui étaient faites aux différentes classes ouvrières.

Les perspectives de développement qui s'ouvraient au mouvement ouvrier, non seulement en France mais dans tous les pays industriels d'Europe, exigeaient que les idées se mettent en accord avec les nouvelles conditions ainsi créées. Les idées proudhoniennes, le mutualisme et le mouvement coopératif étaient dépassées, tout autant que les sociétés secrètes et les conceptions blanquistes.

Il fallait que les militants s'arment d'une conception politique, théorique et nouvelle, celle du marxisme.

Le mouvement coopératif contribuait à donner confiance aux travailleurs en leur démontrant qu'ils étaient capables eux-mêmes de gérer la production. Mais il fallait que cette conscience aille beaucoup plus loin et qu'elle s'élève jusqu'à la conscience de la nécessité pour la classe ouvrière de gérer l'ensemble de la société. Le mouvement ouvrier ne pouvait dans son développement se contenter d'un cadre purement national. La classe ouvrière était une classe internationale. Elle ne pouvait se contenter d'organisations nationales.

C'est pour répondre à ces besoins que fut créée à Londres en 1864, l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), la première internationale. Karl Marx en rédigea le manifeste dans lequel il affirmait que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. Les efforts des travailleurs pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à constituer de nouveaux privilèges mais à établir pour tous des droits et des devoirs égaux et à anéantir la domination de toute classe. L'émancipation économique des travailleurs est le grand but auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen. Tous les efforts faits jusqu'ici ont échoué faute de solidarité entre les ouvriers des différentes professions dans chaque pays et d'une union fraternelle entre les travailleurs des différentes contrées. L'émancipation des travailleurs n'est ni locale ni nationale, mais sociale. Elle embrasse tous les pays dans lesquels la vie moderne existe et elle nécessite pour sa solution leur concours théorique et pratique ».

Elle lançait à tous les travailleurs cet appel, « prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

Pour son rédacteur comme pour tous ceux qui y adhéraient, ce manifeste était un appel à l'initiative lancé aux travailleurs pour qu'ils prennent eux-mêmes en main la construction de leur propre organisation en s'emparant de ces idées.

Le développement de l'AIT reposa bien souvent sur l'énergie et la volonté de tout petits groupes de militants, voire de militants isolés.

A Paris, l'activité de l'ouvrier relieur Eugène Varlin en témoigne.

Dès qu'il avait fini de gagner son pain et qu'il laissait son atelier et ses reliures, Eugène Varlin courait d'un bout à l'autre de Paris prendre contact avec des ouvriers et des camarades à la sortie des ateliers, des restaurants et des cafés. Maurice Dommanget raconte ainsi sa vie, « il les anime et les entraîne, les entretenant de ce qui a été fait et de ce qui se fera. Il les pousse à redoubler d'ardeur, à avoir du courage et à ne pas se laisser abattre par les difficultés. On estime qu'à cette époque, Eugène Varlin amena à lui seul à la section parisienne de l'internationale les trois quarts de ses membres ».

Bien que convaincu de la nécessité de faire pénétrer dans la classe ouvrière les idées de la lutte de classe, il ne négligeait aucune forme d'organisation, quelle qu'elle soit. Il disait que « les sociétés ouvrières, sous quelque forme qu'elles existent actuellement, ont déjà cet immense avantage d'habituer les hommes à la vie de société et de les préparer ainsi pour une organisation sociale plus étendue. Elles les habituent non seulement à s'accorder et à s'entendre, mais encore à s'occuper de leurs affaires, à s'organiser, à discuter et à raisonner de leurs intérêts matériels et moraux, toujours au point de vue collectif, puisque leur intérêt personnel, individuel et direct, disparaît dès qu'ils font partie d'une collectivité ».

Les sections de l'internationale qui se créèrent, bien souvent se structuraient à partir des organisations existantes, à partir de coopératives ouvrières de production ou de consommation, de caisses de secours ou de corporations de métiers.

Parfois, elles se créaient à partir d'un correspondant, entouré de quelques amis, comme ce correspondant de Castelnaudary qui écrivait au bureau parisien de l'AIT que « nous sommes ici quelques hommes qui, désirant prendre une part active à l'évolution qui porte la classe ouvrière vers la conquête légitime et pacifique de ses droits, avons formé le dessein de nous constituer en section de la société internationale. Nous vivons au sein d'une population très arriérée, très réfractaire à toutes les idées de progrès et d'amélioration et très dominée par le fanatisme et l'ignorance. Dans un tel milieu, il est de très grande importance que nous agissions avec prudence. Nous ne savons comment nous y prendre pour nous concerter et pour nous réunir ».

Tous ces efforts dispersés, rassemblant dans une volonté commune des hommes aux idées souvent très différentes, au passé et aux expériences diverses, qui les uns et les autres ne manquaient pas de préjugés, dont la culture politique était extrêmement faible et ignorant tout des idées du communisme, ne purent prendre toute leur signification que quand ils furent enrichis, démultipliés en quelque sorte, par la vague des luttes ouvrières qui éclatèrent à partir de 1867 et surtout en 1869.

Eveillés par les luttes, les ouvriers se tournaient vers l'AIT dont l'influence dépassait largement celle de ses militants le plus souvent dispersés, isolés et sans grands moyens.

Cet essor du mouvement ouvrier aboutit dans le cours de la guerre de 1870 à ce que l'on peut considérer comme la première tentative d'exercice du pouvoir par le prolétariat, la Commune de Paris, dont Friedrich Engels pouvait dire qu'elle était de par l'esprit l'enfant de l'AIT.

Le 4 septembre 1870, le second empire s'effondrait. Louis Napoléon Bonaparte qui s'était lancé dans l'aventure d'une guerre contre l'Allemagne pour essayer de sauver son régime discrédité, était fait prisonnier avec son armée à l'issue de la bataille de Sedan. Les armées allemandes encerclaient Paris. La république fut proclamée à l'issue du soulèvement du peuple de Paris. Les politiciens bourgeois, portés au pouvoir au profit de l'écroulement de l’empire, craignaient bien plus le prolétariat que les armées prussiennes. Et leur seul souci était de composer avec l'armée prussienne et de désarmer la classe ouvrière.

Le 18 mars 1871, alors que les troupes d’Adolphe Thiers cherchaient à prendre ses canons au peuple de Paris, celui-ci s'insurgea, le gouvernement et la bourgeoisie prises de panique s'enfuirent à Versailles.

Les ouvriers parisiens étaient maîtres de la ville. Ils organisèrent leur pouvoir, la Commune de Paris.

Ce pouvoir reposait sur l'armement du prolétariat, organisé dans les bataillons de la garde nationale. Les élus de la Commune de Paris étaient tous contrôlables et révocables à tout moment. Ils recevaient un salaire d'ouvrier. Les décisions de la Commune de Paris étaient exécutoires immédiatement. Les ouvriers abolirent la séparation entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, sur laquelle repose la démocratie bourgeoise, et ils instaurèrent la démocratie directe, l'application par ceux qui les votent de toutes les décisions, le pouvoir reposant sur le peuple en armes, la dictature du prolétariat selon les mots de Karl Marx.

La bourgeoisie ne pardonna pas à la classe ouvrière d'avoir osé contester sa domination et d'avoir postulé pour elle-même à la direction de la société. Elle le lui fit payer par le massacre de la semaine sanglante.

Au lendemain de la Commune de Paris, le mouvement ouvrier, vaincu, se disloqua. Des milliers d'ouvriers étaient morts sur les barricades, des milliers d'autres furent déportés ou s'enfuirent en exil. Il ne restait rien, de fait, des organisations ouvrières. Le mouvement ouvrier disparut de la scène politique, occupée par la réaction, l'armée et l’église, les piliers de la troisième république, alors que la bourgeoisie se lançait dans la conquête coloniale.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 18:10

 

http://www.madrid15m.org/absueltos-cinco-anos-despues-los-once-detenidos-en-la-manifestacion-de-juventud-sin-futuro

 

https://www.diagonalperiodico.net/libertades/32542-absueltos-cinco-anos-despues-once-detenidos-la-manifestacion-juventud-sin-futuro

 

Onze personnes arrêtées dans une manifestation de Juventud Sin Futuro acquittées cinq ans plus tard

 

Mardi 20 Décembre 2016

 

La vingt quatrième cour pénale de Madrid a acquitté onze personnes accusées de désordre public, l’une d’entre elles également d’atteinte à l’autorité, dans le cadre d’une manifestation appelée par Juventud Sin Futuro le 7 Avril 2011 à Madrid.

Les onze personnes arrêtées étaient accusées de « trouble à l’ordre public », selon l'accusation, d’avoir jeté des pierres et des objets à des agents de police, ainsi que d’avoir brûlé des conteneurs et des clôtures publiques. L'une d’entre elles était également accusée d'avoir agressé un agent de police. Le ministère public avait demandé pour elles des peines allant de un à trois ans de prison.

L'acquittement, auquel a eu accès Diagonal, dit qu’il n’a pas été prouvé pendant le procès que les manifestants aient agi en groupe, ni qu’ils ont revendiqué les dommages et altérations de la voie publique dont ils ont été accusés. Il n’y a pas eu non plus de preuve que la personne accusée d'atteinte à l'autorité était la personne qui avait jeté une pierre contre l'un des agents.

« Nous sommes satisfaits du jugement », a déclaré à Diagonal l'avocat Daniel Amelang, membre du réseau juridique. « C’était le seul résultat possible, les policiers ont reconnu qu’ils ne se souvenaient pas très bien des faits et leurs histoires étaient criblées de contradictions », ajoute-t-il.

La manifestation, appelée par Juventud Sin Futuro sous le slogan « contre les coupures contre les jeunes », avait eu lieu dans au moins sept capitales provinciales, impulsée par des groupes universitaires qui protestaient contre la privatisation de l'éducation et la précarité de la jeunesse. C’était l’une des manifestations qui ont précédé le mouvement du 15 mai 2011 qui explosait un mois plus tard dans les rues de centaines de villes.

A Madrid, la manifestation avait rassemblé plus de deux mille personnes qui avaient défilé de la place Anton Martin au musée Reina Sofia à Atocha.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 17:13

 

http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/erdogan-turquie-opposants

 

http://www.estherbenbassa.eelv.fr/non-erdogan-nest-pas-invincible-huffington-post-12-decembre-2016

 

Non, Recep Tayyip Erdogan n'est pas invincible. 

 

Recep Tayyip Erdogan n'est pas hors d'atteinte. L'Europe doit savoir lui dire non.


 

Par Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie Les Verts (EELV) du Val-de-Marne et directrice d'études à l'EcolePratique des Hautes Etudes (EPHE)


 

Sergio Coronado, Cécile Duflot, députés, et moi-même, sénatrice, sommes partis trois jours en Turquie du Jeudi 8 Décembre au Samedi 10 Décembre 2016 pour rencontrer des associations LGBT, des avocats défenseurs des députés du parti démocratique des peuples (HDP) détenus, des élus du parti de la justice et du développement (AKP), du parti républicain du peuple (CHP) et du HDP, des journalistes, des signataires de la pétition Academics for Peace soutenant la paix avec les kurdes, des militants de l'association turque des droits de l'homme et des gens du journal Cumhuriyet, un des derniers à garder son indépendance, créé il y a quatre vingt treize ans et dont dix des journalistes se trouvent en détention.

Notre départ pour la Turquie ne fut pas facilité par les réticences du Quai d'Orsay que notre détermination finit par faire tomber, au final, trois journées marathon entre Istanbul et Ankara.

Mustafa Kemal et les foulards

Lorsque nous arrivons à Istanbul, nous débarquons dans un aéroport moderne qui ressemble à un centre commercial illuminé. Il est décoré d'arbres de Noël, une vieille tradition qui perdure donc. Une multitude de photos grand format de Mustafa Kemal, le fondateur de la république laïque, complète la mise en scène parfaite. Des femmes circulent en foulard, narguant celui qui avait fini par découvrir de force la tête de leurs aïeules. Il n'y a aucun slogan islamiste et des enseignes européennes. Rien ne dénote non plus, dans les rues, que le pays va mal et que les opposants au régime subissent une rude répression, tantôt associés au terrorisme du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), tantôt aux adeptes de Fethullah Gülen.

Fethullah Gülen, le dirigeant d'une sorte d'Opus Dei islamiste, fut un temps le compagnon de route de Recep TayyipErdogan lors de sa marche vers le pouvoir. Leurs chemins finirent par se séparer après des affaires de corruption dont il l'accusa. Longtemps, le mouvement güleniste noyauta différents secteurs de la société turque, allant de l'armée à la justice. Le putsch raté du mois de juillet 2016, attribué aux chevilles ouvrières de ce mouvement, alors même que celui-ci le condamna sans ambiguïté, n'a eu qu'un effet, la consolidation du régime autoritaire de Recep Tayyip Erdogan et la répression qui s'est ensuivie à travers le pays.

La société turque est entrée dans une ère du soupçon, les gens se dénonçant mutuellement. L'islamo-nationalisme écrase désormais la scène politique. Recep Tayyip Erdogan prend sa revanche sur ses opposants, profitant de l'état d'urgence déclaré à la suite de la tentative de putsch. Et préparant la voie au référendum susceptible de consacrer sa future présidence sans contre-pouvoir parlementaire. Recep Tayyip Erdogan est le futur calife président des sunnites conservateurs et nationalistes, base de son électorat.

Une répression impitoyable et aveugle

Son ennemi, sur cette route, était jusqu'ici le HDP, ce parti kurde l'empêchant d'avoir une majorité suffisante auparlement, en obtenant treize pour cent des voix aux élections législatives de 2015. Cinq mois plus tard, aux nouvelles élections, et malgré la détérioration du climat avec la reprise du conflit kurde et la répression, le HDP faisait encore un score de dix pour cent.

Il n'y avait, de nouveau, pas de majorité suffisante pour l'AKP, le parti de Recep Tayyip Erdogan, qui lui permette de réformer la constitution et d'asseoir son régime présidentiel autoritaire.

La tentative de putsch a donné des ailes à Recep Tayyip Erdogan. Tous les opposants sont devenus des terroristes. Ainsi la députée d'Istanbul Serap Yasar, membre de l'AKP, sorte de voix de son maître, assise tête couverte sous le portrait de Mustafa Kemal, nous affirmera-t-elle que « le terrorisme ne consiste pas seulement à tuer, le terrorisme, c’est aussi soutenir le terrorisme ». Des écrivains, des journalistes et des intellectuels ne seraient donc pas arrêtés pour leurs écrits, mais pour terrorisme. Soit en raison de leur soutien aux kurdes, soit parce qu'ils seraient des gülenistes, alors même que la plupart d'entre eux, ne serait-ce que par leur façon de penser, sont évidemment loin d'avoir les moindres accointances avec ces derniers.

Il n'y a plus de logique politique. Mille cent vingt huit universitaires signent le 11 janvier 2016 une pétition pour la paix avec les kurdes, ils sont accusés d'être des gülenistes et d'humilier l’état. Les procès contre eux se multiplient et les passeports de certains d'entre eux sont annulés pour les empêcher de partir à l'étranger. Le gouvernement décide de nommer les recteurs des universités pour mieux les contrôler, à peine vingt pour cent des enseignants de l’université de Galatasaray, francophone, s'y opposent. Ils ont peur de perdre leur emploi. Les étudiants sont fatigués.

Des avocats défendent comme ils le peuvent les onze élus du HDP en détention, prétendument pour propagande terroriste et insulte contre l’état turc. Lorsqu'ils se rendent en prison pour rencontrer leurs clients, leurs numéros de cartes d'identité sont fichés. Les conditions de détention sont dégradantes, la torture et l'isolement sévissent. Des avocats sont à leur tour mis en détention, à tel point que les avocats sortant de prison se donnent pour tâche première de défendre leurs collègues qui y entrent.

L'absurdité est sans limite, une femme portant à un mariage un vêtement traditionnel kurde est arrêtée. La violence n'a de cesse, des villages kurdes sont rasés.

Des médias bâillonnés

Soixante dix pour cent des médias se sont transformés en organes de presse gouvernementaux, environ trente pour cent des autres journaux sont devenus stériles pour ne pas être importunés par le régime. Cent quarante six journalistes sont arrêtés sans motif, la plupart sans chef d'accusation précis. Le journal social-démocrate Cumhuriyet a dix de ses journalistes en prison, ce qui paralyse son fonctionnement. Lui-même est accusé d'être güleniste. Accusation invraisemblable, s'agissant d'un journal laïc, pilier du kémalisme jusqu'à un passé récent. Quatre vingt à quatre vingt cinq médias kurdes ont été voués au silence. Y compris une chaîne de télévision kurde pour enfants. Parce que les schtroumpfs s'y exprimaient en kurde.

Dans cette atmosphère, il ne faudra pas s'étonner que les colombes kurdes se transforment en faucons, pour reprendre les mots d'un député du HDP que nous avons rencontré. Les attentats perpétrés Samedi 10 Décembre 2016 à Istanbul, à peu près à l'heure où nous atterrissions à Paris, très vite attribués par le pouvoir au PKK, ne risquent pas de démentir cette crainte.

Interdire la représentation légale des kurdes, c'est ouvrir une guerre qui ne pourra être qu'importante, ainsi que nous l'a déclaré le même député.

Plus de cent mille fonctionnaires sont suspendus ou déchus de leurs droits, leurs épouses et les membres de leurs familles subissent les mêmes persécutions. Ils sont condamnés à la mort civile et à un dénuement complet. Quelques milliers de sociétés, avec des milliers de travailleurs, voient leurs capitaux saisis, des administrateurs judiciaires sont nommés à leurs têtes et elles sont censées être vendues par un fonds public ad hoc.

Les droits humains bafoués

La Turquie de Recep Tayyip Erdogan viole quotidiennement et massivement les droits humains. La garde à vue est prolongée à trente jours, l’état a le droit de changer l'avocat du détenu. Le courrier en direction de la prison est censuré. Trois cent soixante dix associations et Organisations Non Gouvernementales (ONG) sont dissoutes. Des milliers de personnes sont en garde à vue ou en détention. Trente six mille personnes sont détenues pour relations avec les gülenistes. Le taux d'incarcération est de trois sur mille en Turquie quand, en Europe, il est de un sur mille. Le nombre de détenus est passé de cent quatre vingt trois mille à cent quatre vingt dix sept mille.

Nos interlocuteurs demandent à l'Union Européenne de ne pas lâcher la Turquie, qui risque de se tourner davantage vers l'islam et vers l’orient. La décision de geler son entrée dans l'Union Européenne a fait dégringoler la livre turque de trente pour cent en quelques jours. Recep Tayyip Erdogan a beau vociférer qu'il n'a pas besoin de l'Europe, économiquement il en a cruellement besoin. L'Union Européenne ne peut laisser faire Recep Tayyip Erdogan. Elle ne peut le laisser durcir son régime autoritaire. Notre ministre des affaires étrangères ne peut plus se contenter de déclarer qu'il faut laisser la Turquie se défendre.

Cette tolérance de l'Europe envers le régime répressif turc a plusieurs motifs. Elle a surtout un, nous avons choisi de sous-traiter nos réfugiés à la Turquie, dans l'espoir sans doute vain d'endiguer nos propres populismes. Alors nous fermons les yeux.

Non, Recep Tayyip Erdogan n'est pas invincible

La Turquie est en guerre à l'intérieur et à l'extérieur. Son chef rêve d'extirper l’occident de son pays, qui regarde pourtant en cette direction depuis le dix huitième siècle. Il finira par plonger plus encore dans l'islamo-nationalisme. Il a la base électorale nécessaire pour y arriver. Que feront alors les démocrates de ce pays, sous la férule d'un dictateur charismatique, qui continuera à sévir au nom de la lutte contre le terrorisme, pratiquant une politique paranoïaque de répression toujours plus impitoyable ?

Des sanctions économiques pourraient freiner quelque peu cette fuite en avant. Recep Tayyip Erdogan n'est pas hors d'atteinte. L'Europe doit savoir lui dire non. Et cesser de trembler au motif que la Turquie occupe une place importante dans le dispositif de l'Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ou parce qu'elle constituerait une muraille, toute imaginaire, contre l’Etat Islamique et ses djihadistes.

Recep Tayyip Erdogan semble invincible. Lui-même doit croire qu'il ne l'est pas. En revanche, pour s'imaginer entouré de tant d'ennemis, il doit se sentir bien en danger. En attendant, les opposants à son régime antidémocratique paient un lourd tribut. La tolérance de nos dirigeants à son endroit est politiquement irresponsable et éthiquement scandaleuse. À nous de le leur rappeler.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 16:14

 

DE LA MONARCHIE DE JUILLET AU SECOND EMPIRE

 

Des militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) publiaient récemment une nouvelle édition d’une brochure de 1997 relative à l’histoire de la lutte des classes en France depuis la révolution française de 1789.

Il y a bien évidemment dans cette brochure de nombreuses considérations relatives à la période contemporaine mais il y a aussi une présentation synthétique de l’histoire de la lutte des classes en France au dix neuvième siècle.

Vous trouverez ci-dessous les paragraphes relatifs à une période de dix huit ans entre 1830 et 1848.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.npa-dr.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.npa-dr.org/index.php/9-article-lettre/51-la-question-du-parti

 

DE LA MONARCHIE DE JUILLET AU SECOND EMPIRE

 

Au cours des années 1830, le mouvement ouvrier anglais avait accompli de son côté des progrès impressionnants. En Angleterre aussi, la bourgeoisie industrielle s’était servie de la combativité des prolétaires pour renforcer sa position dans la société et dans l'état. En 1832, les industriels obtinrent le droit de vote, rien que pour eux-mêmes. A la suite de cette trahison, des militants liés à la classe ouvrière relevèrent le défi et organisèrent un vaste mouvement dans tout le pays pour que les travailleurs obtiennent eux aussi des droits politiques.

Ils regroupèrent leurs revendications dans une charte, d’où le nom de mouvement chartiste, pour obtenir notamment le suffrage universel et une indemnité parlementaire permettant à de futurs députés ouvriers de siéger au parlement. Ces revendications politiques permettaient à la conscience de classe des ouvriers anglais de prendre corps. Mais elle s’accompagnait aussi de l’illusion que, avec le suffrage universel, la majorité des voix irait aux candidats ouvriers, lesquels pourraient ensuite résoudre les problèmes liés à l’exploitation de la classe ouvrière.

En 1840 au congrès de Manchester, tous les groupes locaux chartistes se regroupèrent dans une organisation nationale. Mais le parti chartiste restait très hétérogène avec des tenants de la lutte exclusivement légale et d’autres de la préparation à l’insurrection armée. Le mouvement chartiste atteignit son point culminant en 1842. Des meetings monstres se tinrent dans les régions industrielles. Une pétition avançant en plus des revendications politiques, des revendications économiques telles que la limitation du temps de travail, recueillit plus de trois millions de signatures. La pétition fut repoussée par le parlement. Les chartistes tentèrent de riposter en déclarant une grève générale, le mois sacré, qui fut un échec. De nombreux militants chartistes furent emprisonnés.

Vladimir Lénine considérait que le chartisme avait été « le premier grand mouvement révolutionnaire prolétarien, réellement massif et politiquement cristallisé ». A l’époque du chartisme, le jeune Friedrich Engels, fils d’industriel allemand, avait été envoyé en stage à Manchester dans une usine paternelle. Ce fut pour lui l’occasion de se lier au mouvement chartiste et d’en dégager des enseignements précieux.

Il lui appartint avec un autre jeune intellectuel d’origine allemande, Karl Marx, qui devint son ami, de formuler les idées nouvelles qui résultaient de toute l’évolution antérieure. Ils surent voir dans la classe ouvrière la force sociale qui, en s’émancipant elle-même de l’exploitation, émanciperait l’ensemble de la société de la propriété bourgeoise pour construire une société communiste. Ces deux jeunes intellectuels militaient dans une petite organisation, la Ligue des Communistes qui avait été fondée à Paris par des ouvriers allemands de l'émigration politique, dont la fréquentation était pour eux une source d'enthousiasme et surtout de leçons et que Friedrich Engels décrivit ainsi, « ils étaient les premiers prolétaires révolutionnaires que j'eusse vus. Et bien que, sur des points de détail, il y eut alors de grandes divergences entre nos idées, à leur communisme égalitaire borné, j'opposais encore une part d'orgueil philosophique non moins bornée, je n'oublierai jamais l'impression que ces trois hommes véritables firent sur moi qui n'étais encore qu'en train de devenir un homme ».

Ces deux jeunes intellectuels ne tardèrent pas à gagner la confiance des ouvriers communistes et à les aider à évoluer du blanquisme vers les idées communistes modernes et la science de la lutte du prolétariat pour son émancipation. Pour eux, il en découlait la nécessité d’un parti regroupant les éléments les plus conscients de la classe ouvrière, un parti représentant les intérêts généraux du mouvement ouvrier international intervenant dans toutes les luttes économiques et politiques en fonction de ce but historique. Ce parti ne pouvait en aucune façon être une secte, avec ses prophètes, sa manie du secret, son sentimentalisme, son incapacité à être attentif aux capacités du mouvement ouvrier et sa tendance à se substituer à lui et à passer à l’offensive sans tenir compte des conditions politiques et sociales.

En 1848, ils publièrent une petite brochure qui devait constituer le programme de la Ligue des Communistes. Ils l'appelèrent « le manifeste communiste ».

Ils y exposaient pour la première fois sous forme d'un programme leurs conceptions.

Dégageant les leçons de l'évolution des sociétés humaines et des sociétés de classes comme de l'évolution de la société bourgeoise, ils affirmaient que « de plus en plus, la société entière se partage en deux camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées l'une à l'autre, la bourgeoisie et le prolétariat ». Décrivant les crises qui accompagnaient le développement du capitalisme pourtant alors en pleine expansion, ils écrivaient que « les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même. Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort, elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes, les ouvriers modernes, les prolétaires ».

A peine publiées, les idées formulées par Karl Marx et Friedrich Engels allaient pleinement se vérifier dans la révolution de 1848.

La bourgeoisie libérale française s'était lancée en 1848 dans une agitation politique pour obtenir une réforme électorale. Sa forme préférée d'action, les banquets républicains, ne faisait pas trembler le régime, jusqu'au jour où en réponse à une provocation policière, au mois de février 1848, le peuple de Paris, ouvriers en tête, se souleva. En trois jours, la monarchie fut balayée et la république fut proclamée.

Les bourgeois libéraux qui avaient pris la direction du mouvement n'avaient pas d'autres ambitions que de conquérir des droits politiques pour leur propre compte afin de participer à la gestion des affaires de l'état pour y défendre leurs propres intérêts. Le roi chassé et la république proclamée, pour eux, la révolution était finie. Les ouvriers qui avaient été les artisans de cette révolution n'y avaient pas d'objectifs et de politique propres.

Les mois qui suivirent la révolution de février 1848 leur révélèrent qu'on ne cherchait qu'à les duper et que les discours sur la république sociale n'étaient que des mensonges creux derrière lesquels se profilait une politique bourgeoise anti-ouvrière. La bourgeoisie, quant à elle, n'avait qu'une obsession, désarmer moralement et physiquement les ouvriers parisiens. De provocations en provocations, le prolétariat parisien n'eut d'autre choix que l'insurrection.

Au mois de juin 1848, pour la première fois de son histoire, le prolétariat en armes se mesura à la société bourgeoise.

La bourgeoisie se vengea sauvagement de cette audace des opprimés. Le mois de juin 1848 vit le massacre de plus de quarante mille travailleurs. Les ouvriers insurgés qui ne furent pas exécutés sur le champ furent emprisonnés et déportés par milliers.

En s'insurgeant, le prolétariat parisien avait pris conscience de lui-même et révélait aux yeux de tous les travailleurs que, entre la bourgeoisie et lui, il n'y avait plus aucun intérêt commun.

Tirant les leçons de l'insurrection de juin 1848 et de toute la période passée, Karl Marx écrivait que « le temps des coups de main et des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête de masses inconscientes est passé. Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit et les raisons pour lesquelles elles interviennent avec leur corps et avec leur vie. Voilà ce que nous a appris l'histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu'il y a à faire, un travail long et persévérant est nécessaire ».

Ce travail trouve au lendemain de la révolution de 1848 un vaste et large terrain, du fait d'un nouvel essor du mouvement ouvrier dû au développement industriel. Le second empire, celui de Louis Napoléon Bonaparte qui garantit l'ordre bourgeois au lendemain de la révolution impose le silence à la classe ouvrière dans le même temps qu'il favorise et protège le développement de la bourgeoisie.

L'état impulsa une politique de grands travaux, les grands travaux publics qui transformèrent le centre de Paris et des grandes villes, la construction des chemins de fer et le développement de l'industrie minière, textile, chimique et métallurgique. Le gouvernement impulsa la création des grandes compagnies des mines, de transport, de navigation et de crédit.

Un prolétariat moderne, concentré dans les grandes villes, se développait extrêmement vite, connaissant des conditions de vie le plus souvent misérables.

Méprisé, surveillé par la police, repoussé dans les quartiers misérables et insalubres à la périphérie des grandes villes dont on rénovait le centre, ce jeune prolétariat, qui vit ses conditions de vie bouleversées en l'espace de quelques années, s'éveillait aux nécessités de la lutte.

Des grèves éclatèrent, parfois très déterminées, et la jeune classe ouvrière trouva le chemin des luttes et de l'organisation.

 

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 15:38

 

Le conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) demande l'arrêt des colonies israéliennes en Cisjordanie (Reuters)

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté Vendredi 23 Décembre 2016 par quatorze voix pour et une abstention, celle des Etats Unis, une résolution demandant l'arrêt des constructions visant à la colonisation par Israël de la Cisjordanie, une mesure dont l’état hébreu a immédiatement refusé l'application.

Les Etats-Unis, qui d'ordinaire opposaient leur veto à toute résolution visant la question de la colonisation des territoires occupés palestiniens, se sont cette fois abstenus sur le texte présenté par la Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Venezuela et le Sénégal.

La veille, l'Egypte qui avait proposé le texte avait décidé de faire machine arrière sous la pression d'Israël et du président élu américain Donald Trump.

La résolution a été adoptée, sous les applaudissements, par quatorze des quinze états membres siégeant au conseil de sécurité de l'ONU, une première sur ce sujet depuis près de huit ans.

L'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Samantha Power, a expliqué que la poursuite des constructions en Cisjordanie « menaçait sérieusement la sécurité d'Israël. Les Etats-Unis ont adressé le message selon lequel les implantations privées et publiques devaient cesser pendant près de cinq décennies », a-t-elle expliqué devant le conseil de sécurité.

« On ne peut pas à la fois se faire le défenseur d'un accroissement des colonies israéliennes et d'une solution à deux états qui soit viable pour mettre fin au conflit », a-t-elle poursuivi. « Il faut faire un choix entre la colonisation et la séparation ».

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué l'adoption de cette résolution et a appelé israéliens et palestiniens « à travailler avec la communauté internationale pour créer un environnement propice à la reprise de négociations significatives ».

Les services du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont annoncé que l’état hébreu ne respecterait pas cette résolution et se sont dit impatients de travailler avec l'administration de Donald Trump.

« L'administration de Barack Obama n'a pas seulement failli à la protection d'Israël contre le traquenard à l'ONU, elle s'en est rendue complice en coulisses », affirme un communiqué du gouvernement.

« Israël attend avec impatience de travailler avec le président élu Donald Trump et avec tous nos amis au congrès, républicains et démocrates, pour annuler les effets négatifs de cette résolution absurde », ajoute le texte.

Le ministre israélien de l’énergie Yuval Steinitz a estimé que les Etats-Unis avaient abandonné son pays.

« Ce n'est pas une résolution contre les colonies, c'est une résolution anti-israélienne, contre le peuple juif et contre l’état des juifs », a-t-il dit.

« Ce soir, les Etats-Unis ont tout simplement abandonné leur seul ami au Proche-Orient », a estimé Yuval Steinitz, un proche de Benjamin Netanyahu sur la chaîne de télévision Channel Two.

La décision de s'abstenir a été critiquée par le président républicain de la chambre des représentants Paul Ryan ainsi que par le sénateur John Mac Cain qui a jugé que les Etats-Unis s'étaient rendus « complices d'une attaque odieuse ».

Réagissant immédiatement sur son compte Twitter, Donald Trump a affirmé que les choses « seraient différentes après le 20 janvier 2017 », date à laquelle il doit être investi président des Etats-Unis.

La Maison Blanche a défendu la position des Etats-Unis sur cette résolution, rappelant que malgré les critiques de Donald Trump, Barack Obama demeurait président jusqu'au 20 janvier 2017.

« Nous ne pouvions pas en toute conscience opposer un veto à la résolution qui exprimait les inquiétudes face à la tendance qui sape les fondations d'une solution à deux états », a commenté Ben Rhodes, porte-parole de la présidence américaine.

Les palestiniens ont accueilli cette résolution comme un jour de victoire, le président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas estimant qu'il s'agissait d'un camouflet pour la politique israélienne.

« La résolution du conseil de sécurité de l’ONU est un énorme revers pour la politique israélienne, une condamnation internationale unanime des colonies et un soutien fort à une solution à deux états », a déclaré Nabil Abou Rdainah, porte-parole de Mahmoud Abbas cité par l'agence Wafa.

« Il s'agit d'une journée de victoire du droit international, une victoire pour le dialogue civilisé et la négociation et un rejet total des forces extrémistes en Israël », a déclaré le négociateur palestinien Saeb Erekat.

« La communauté internationale a dit aux israéliens que la sécurité et la paix ne seraient pas atteintes par l'occupation, mais par la paix, la fin de l'occupation et l'établissement d'un état palestinien à côté de l’état d'Israël suivant les frontière de 1967 », a ajouté Saeb Erekat.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 20:14

 

L'opposant Alexeï Navalny candidat aux élections présidentielles russes de 2018 (Reuters)

 

Alexeï Navalny, opposant au président Vladimir Poutine et figure de proue en Russie de la lutte contre la corruption, a annoncé Mardi 13 Décembre 2016 son intention d'être candidat aux élections présidentielles russes de 2018.

Beaucoup s'attendent à ce que le chef du Kremlin brigue un quatrième mandat en 2018. Alexeï Navalny n'est pas considéré comme un adversaire de taille à inquiéter Vladimir Poutine mais sa candidature pourrait être source d'embarras pour le pouvoir.

Sa présence dans la course aux élections présidentielles pourrait amener le Kremlin à chercher à le discréditer et l'empêcher de se présenter, au risque d'être accusé de truquer le scrutin.

Mais, ajoute la politologue Ekaterina Schulmann, Alexeï Navalny pourrait aussi cristalliser sur son nom un large vote protestataire, ce qui écornerait l'image de Vladimir Poutine.

Au mois de novembre 2016, la cour suprême de Russie a annulé une décision de justice condamnant cet ancien avocat à une peine de cinq ans de prison avec sursis pour détournement de fonds dans une affaire de vente de bois d'un domaine public de la région de Kirov.

Alexeï Navalny est issu de l'opposition libérale, il est fondateur de la fondation anti-corruption et il avait parlé à son encontre d'une condamnation à caractère politique destinée à l'empêcher de prendre part à des élections.

Dans un communiqué publié Mardi 13 Décembre 2016, il déplore le fait que « depuis vingt ans aucune élection équitable ne se soit déroulée en Russie ».

Se disant « fatigué de ne voir que des candidats de pacotille qui évitent soigneusement de critiquer le vainqueur désigné d'avance », il ajoute être conscient « que pour moi le seul fait d'être candidat ne sera pas chose facile ».

A quarante ans, Alexeï Navalny jouit d'une certaine popularité auprès des classes moyennes urbaines, en particulier à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Candidat à la mairie de Moscou en 2013, il avait fini deuxième derrière le candidat du Kremlin, avec vingt sept pour cent des suffrages exprimés.

Il semble toutefois éprouver des difficultés à élargir son audience politique et la présentation toujours négative que font de lui les médias officiels ne l'aide pas.

 

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 19:50

 

LA DEBACLE QUI VIENT

 

Le site internet Mediapart publiait le Jeudi 18 Septembre 2014 de très longues bonnes feuilles d'un livre d'un de ses journalistes, Laurent Mauduit, dont le titre est « à tous ceux qui ne se résignent pas à la débâcle qui vient ».

Le site Mediapart présentait le livre de son journaliste comme « une enquête sur des responsables socialistes et une plongée dans leurs débuts en politique, à l'Organisation Communiste Internationaliste (OCI) trotskyste, à l'Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) et à la Mutuelle Nationale des Etudiants de France (MNEF). Après Jean Christophe Cambadélis, voici Manuel Valls ou l'histoire de vingt années de manoeuvres dans les coulisses socialistes avant de percer ».

Vous trouverez simplement ci dessous deux tout petits paragraphes de ces très longues bonnes feuilles d'un livre non moins volumineux.

Je vous invite bien évidemment à la lecture de la totalité du message du site Mediapart disponible si vous consultez les liens ci dessous et à la lecture de la totalité du livre de Laurent Mauduit.

 

Bernard Fischer

 

http://www.gauchemip.org/spip.php?article23299

 

https://www.mediapart.fr/journal/france/180914/manuel-valls-lombre-de-la-mnef-et-les-coulisses-du-ps

 

http://socialisme-2010.fr/blog2016/decembre2016.php#dec08

 

LA DEBACLE QUI VIENT

 

L’histoire de Manuel Valls, qui croise celle de Jean Christophe Cambadélis et de Jean Marie Le Guen, donne tout autant à voir sur la nécrose qui a gagné le Parti Socialiste. Elle donne à réfléchir sur ce parti qui s’est coupé des milieux populaires, ce parti de technocrates hautains ou de professionnels de la politique n’ayant jamais travaillé de leur vie, ou si peu de temps, et qui sont souvent mobilisés autour d’une seule cause, la leur.

C’est le point commun entre Jean Christophe Cambadélis et Manuel Valls, ils n’ont pas de légitimité universitaire, n’ayant fait que de maigres études. Ils n’ont pas de légitimité professionnelle puisque leur ascension, c’est d’abord à d’obscures et dérisoires manigances dans les coulisses du Parti Socialiste qu’ils la doivent.

Si ces nouveaux promus ont un passé commun, ils sont aujourd’hui des alliés, c’est Manuel Valls qui a personnellement insisté pour que Jean Marie Le Guen entre au gouvernement, lequel Jean Marie Le Guen a tout fait pour que son vieil ami Jean Christophe Cambadélis décroche le poste de premier secrétaire du Parti Socialiste. Les trois associés pourraient bien aussi nourrir des desseins identiques, comme tourner une bonne fois pour toutes la page du socialisme. Et conduire le parti vers d’autres horizons ou d’autres abîmes.

Le premier témoignage sur le parcours de Manuel Valls, c’est un ancien militant de l’OCI, Michel Assoun, qui me l’a fourni dans le cours de mon enquête. La scène se passe au beau milieu du mois d’août 1980 au siège du bureau national de l’UNEF, où il est de permanence.

Les locaux sont déserts, comme de coutume en cette période de l’année. Et pourtant, ce jour-là, il se passe un événement anodin mais exceptionnel dans la vie du syndicat étudiant, un lycéen sonne à la porte et dit au responsable de l’UNEF qu’il est venu pour adhérer, en prévision de son inscription à l’université à l’automne. Événement microscopique mais étrange, de mémoire de syndicaliste étudiant, il n’était jamais arrivé auparavant qu’au creux de l’été un lycéen fasse spontanément une telle démarche et ce n’est vraisemblablement jamais arrivé depuis. Selon Michel Assoun, qui en parle les jours suivants à d’autres dirigeants de l’UNEF, l’affaire est entendue, cette adhésion hors norme ne peut s’expliquer que parce que ce lycéen leur a été envoyé. Ce lycéen se nomme Manuel Valls.

L’UNEF et de très longues années universitaires

Par qui aurait-il donc été envoyé ? À l’époque, la direction de l’OCI a dépêché comme sous-marins certains de ses militants dans de nombreuses organisations rivales. Il y a eu ainsi des trotskistes infiltrés à la direction de l’UNEF rivale, dite UNEF-Renouveau, dont Paul Robel. Il y en a eu d’autres dans le Comité pour l'Organisation du Syndicat des Etudiants de France (COSEF), le syndicat étudiant socialiste, parmi lesquels Jean-Marie Grosz ou Carlos Pieroni, évoqué précédemment. Il y en a eu en pagaille dans les rangs du Parti Socialiste, jusqu’au sommet, dont Lionel Jospin.

Tout un temps, la rumeur circule donc dans les rangs étudiants de l’OCI selon laquelle ce jeune lycéen venu spontanément adhérer à l’UNEF, et dit être rocardien, a peut-être, lui aussi, les mêmes attaches secrètes.

Cependant rien ne viendra confirmer cette hypothèse. À ma connaissance, elle a seulement été évoquée par Denis Pingaud, dans son ouvrage « la gauche de la gauche ». Bon connaisseur du monde de la communication, pour avoir travaillé à Matignon sous Laurent Fabius, et avoir entretenu longtemps des relations avec Stéphane Fouks, l’intéressé donne pour certain le fait que Manuel Valls a eu des attaches secrètes avec le lambertisme. Il ne fait que l’affirmer, sans en apporter de preuve.

Quoi qu’il en soit, il existe déjà à l’époque un noyau d’étudiants rocardiens qui a opéré le mouvement vers l’UNEF et qui a participé au congrès de réunification de l’UNEF à Nanterre au mois de mai 1980. Ils sont peu nombreux, sans doute guère plus d’une dizaine au plan national. Mais l’OCI, qui a besoin de montrer que ce congrès de l’UNEF est un événement historique pour la vie universitaire, les a accueillis à bras ouverts. En outre, comme les fausses cartes circulent à foison, il y a plus d’adhérents à l’UNEF à Strasbourg que d’étudiants inscrits à l’université, l’OCI déroule le tapis rouge à ces jeunes rocardiens qui donnent du crédit au mouvement de réunification.

Dans les semaines qui précèdent le congrès de réunification de l’UNEF, d’âpres négociations se déroulent dans les cafés voisins du bureau national de l’UNEF, situé rue de Hanovre, dans des locaux qui appartiennent à la Confédération Générale du Travail (CGT) Force Ouvrière, à deux pas de l’Opéra, entre la direction du syndicat étudiant et ce courant des étudiants rocardiens, dont les deux chefs de file sont Stéphane Fouks, futur dirigeant de l’agence de communication Euro-RSCG, rebaptisée Havas, et Alain Bauer, futur grand maître de la principale loge maçonnique, le Grand Orient de France.

Négociations surréalistes, régulièrement, Stéphane Fouks suspend les tractations en prétendant qu’il va téléphoner à Michel Rocard pour le consulter, alors que l’ancien leader du Parti Socialiste Unifié (PSU) et rival de François Mitterrand ignore tout de ce qui se trame dans les arrières cuisines de l’UNEF. Ces suspensions interviennent alors que l’OCI veut devancer les désirs de ces étudiants rocardiens et leur accorder des positions syndicales importantes, même dans des villes où ils ne pèsent rien. Plusieurs associations générales d’étudiants de l’UNEF, en province, leur sont offertes avant même que ne se tienne le congrès de réunification de l’UNEF à Nanterre, en mai 1980, à l’issue duquel Stéphane Fouks et Alain Bauer font leur entrée au bureau national de l’UNEF. Encore lycéen en mai 1980, Alain Bauer rate le premier jour du congrès parce qu’il doit se rendre en cours.

De ce noyau d’étudiants rocardiens, c’est Stéphane Fouks le plus âgé et celui qui a le plus d’expérience politique. Fils d’un ancien résistant juif communiste, qui a été dans les maquis du Jura puis a rompu avec le Parti Communiste Français (PCF) après la guerre pour basculer vers le mendésisme, il a adhéré au Parti Socialiste à l’âge de quinze ans, en 1975, alors qu’il était encore lycéen. Il militait au sein de la section socialiste de Charenton-le-Pont, où il a fait la connaissance de l’une des figures de proue du rocardisme, Yves Colmou. Devenu étudiant, il a adhéré à un petit syndicat, le Mouvement d’Action Syndicale (MAS), où se côtoyaient des rocardiens et des militants de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR).

C’est avec cette expérience qu’il participe au congrès de réunification de l’UNEF, au mois de mai 1980, et fait cause commune avec un autre jeune rocardien, Alain Bauer.

De son côté, Manuel Valls fait un choix, la politique et le Parti socialiste, où il bascule vite et s’investit. Sa première section d’accueil est celle de Paris Sorbonne. Il rejoint le comité directeur du Parti Socialiste quand Stéphane Fouks lui cède sa place. Il y bascule si vite qu’il néglige ses études. Plus de trente ans plus tard, sa biographie, postée sur le site internet de Matignon, affiche fièrement ce parcours d’études d’histoire dans ladite université, « études d’histoire à l’université de Paris Sorbonne », sans préciser quels diplômes l’étudiant aurait pu décrocher. Sur le site internet du ministère de l’intérieur, peu avant, son cursus universitaire était présenté de manière encore plus énigmatique, « ancien élève en histoire à l’université de Paris Sorbonne ». Et pour cause, à l’époque, il n’en décroche aucun d’importance. Au terme « d’un parcours universitaire chaotique », selon la formule de son ami Alain Bauer, il obtient tout juste une licence d’histoire, s’il faut en croire sa biographie sur Wikipédia.

 

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 18:44

 

https://blogs.mediapart.fr/la-sdj-de-mediapart/blog/211216/le-journaliste-maxime-azadi-blogueur-sur-mediapart-arrete-la-demande-du-pouvoir-turc

 

Le journaliste Maxime Azadi, blogueur sur Mediapart, arrêté à la demande du pouvoir turc

 

La société des journalistes de Mediapart demande la libération du journaliste kurde de nationalité franco-turque Maxime Azadi, par ailleurs blogueur sur Mediapart. Maxime Azadi a été interpellé et placé en détention Jeudi 15 Décembre 2016 par la police belge, exécutant un mandat d'interpol demandé par les autorités turques, arguant de faits supposés de terrorisme, selon les premiers éléments dont nous avons pu prendre connaissance.

Maxime Azadi est journaliste et directeur de l'information de Firat News Agency, un site d’information kurde en Europe. Selon son avocat Luc Walleyn, joint par Mediapart, il est détenu depuis le Jeudi 15 Décembre 2016 dans la prison de Turnhout, au nord d’Anvers. Une requête de mise en liberté doit être examinée Vendredi 23 Décembre 2016. Les autorités turques lui reprochent des faits qui se seraient produits en Turquie il y a quelques années et réclament son extradition. Dans le cadre des accords judiciaires entre l’Union Européenne et la Turquie, les états membres sont requis de tenir les personnes concernées par ce type de demande à disposition des autorités.

Selon Firat News Agency, l’arrestation du journaliste « est totalement liée à des reportages publiés par notre agence. L’arrestation d’un journaliste dans un pays européen pour ses reportages est une honte au regard de la démocratie et des libertés. Nous demandons à la Belgique et à l'Union Européenne sa libération immédiate », ajoute l'agence. Une pétition en ce sens a été lancée par des kurdes vivant en Europe sur le site www.change.org.

Au début du mois de novembre 2016, la justice belge a renoncé à poursuivre trente six personnalités kurdes, parmi lesquelles des militants et des journalistes, accusés par le pouvoir turc de participation à un groupe terroriste à cause de leurs liens supposés avec le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Mais le ministère public a fait appel de la relaxe.

Journaliste, Maxime Azadi tient depuis le mois d’octobre 2010 un blog sur Mediapart consacré à la question kurde et aux dérives autoritaires du pouvoir turc du président Recep Tayyip Erdogan. Journaliste engagé, il est proche du parti démocratique des peuples (HDP), le parti qui a porté les révoltes de la jeunesse turque et dont les principaux dirigeants et parlementaires sont aujourd’hui arrêtés ou sous le coup de poursuites judiciaires en série. Ces derniers mois, depuis la reprise de la guerre dans le Kurdistan turc et les offensives militaires lancées par Ankara, Maxime Azadi a abondamment relayé la répression puis les interdictions en cascade des médias kurdes ainsi que l’interdiction professionnelle de fait signifiée à des centaines de journalistes kurdes.

Le black out sur l’information étant presque total au Kurdistan, le gouvernement turc fait désormais la chasse aux médias kurdes basés en Europe. C’est ainsi qu’il a obtenu de l’organisme français Eutelsat qu’il mette fin au mois d’octobre 2016 à la diffusion de deux chaînes de télévision kurdes Med Nuçe et Newroz et qu’il engage des poursuites contre des journalistes kurdes basés en Europe.

Au mois de septembre 2016, dans le cadre d’un débat organisé par Mediapart et Reporters Sans Frontières (RSF) sur les atteintes à la liberté de la presse, la situation de la Turquie avait été longuement évoquée. Depuis, elle n'a fait qu'empirer, des centaines de médias ayant été interdits.

Les journalistes de Mediapart demandent la libération de leur confrère Maxime Azadi et rappellent que la Turquie est membre du conseil de l'Europe et, à ce titre, qu'elle se doit de respecter les droits fondamentaux. La liberté de la presse et la liberté d'expression en font partie.

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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 17:30

 

 

DE BABEUF A BLANQUI

 

Des militants du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) publiaient récemment une nouvelle édition d’une brochure de 1997 relative à l’histoire de la lutte des classes en France depuis la révolution française de 1789.

Il y a bien évidemment dans cette brochure de nombreuses considérations relatives à la période contemporaine mais il y a aussi une présentation synthétique de l’histoire de la lutte des classes en France au dix neuvième siècle.

Vous trouverez ci-dessous les paragraphes relatifs à une période de quarante ans entre 1789 et 1830.

Le message est disponible en totalité si vous consultez le site www.npa-dr.org à l’adresse ci-dessous.

 

Bernard Fischer

 

http://www.npa-dr.org/index.php/9-article-lettre/51-la-question-du-parti

 

DE BABEUF A BLANQUI

 

Le besoin de s'organiser et de se constituer en parti est apparu dès que la classe ouvrière, ou une fraction d'entre elle, a été entraînée dans les luttes politiques et sociales et dès qu'elle s'est éveillée, à travers ces luttes, à la conscience de ses propres besoins et de ses propres intérêts face aux autres classes sociales.

C'est dans le cours même de la révolution bourgeoise de 1789 que cette nécessité d'une organisation politique a commencé à être formulée par les hommes qui voulaient agir contre les classes privilégiées au nom des classes opprimées. Pour eux, cette organisation ne pouvait être que révolutionnaire.

Par la suite, tout au long de l'histoire du mouvement ouvrier, en même temps que se développaient la classe ouvrière et ses luttes, les militants se sont dévoués à l'organisation de leur classe, donnant à cette idée de parti un contenu plus riche et plus large à travers leurs différentes tentatives, leurs erreurs comme leurs succès.

Les efforts de ces hommes, leurs idées, leurs conceptions et leurs évolutions, tout comme les résultats concrets de leur action, représentent pour nous une expérience et un capital indispensable dont la connaissance est nécessaire à tout travailleur soucieux de l'émancipation de sa classe.

La révolution de 1789 fut l'œuvre des masses de paysans pauvres et du petit peuple des villes, les sans-culottes, les prolétaires de l'époque, qui eurent l'audace et l'initiative qui manquaient tant à la bourgeoisie, toujours prête à composer avec l'ancien régime.

Principal acteur de la révolution, les masses ou une fraction d'entre elles y apprirent à s'organiser, à intervenir pour exercer leur pression politique, à discuter et, ce faisant, à prendre conscience qu'entre leurs intérêts et ceux de la bourgeoisie, s'il y avait certes, une communauté contre la vieille aristocratie, il y avait un antagonisme bien plus profond, l'antagonisme entre les riches et les pauvres.

La bourgeoisie avait une conscience aiguë de cet antagonisme. Dès 1791, elle institua la loi d’Isaac Le Chapelier qui déclarait illégale toute association ouvrière et, lorsqu'en 1794 éclatèrent dans les manufactures d'armement des grèves pour les salaires, la bourgeoisie empêcha tous les rassemblements ouvriers.

La révolution n'était pas achevée que, prise de peur, la bourgeoisie se retournait contre le peuple qui l'avait portée au pouvoir.

En intervenant dans la vie politique, les masses populaires avaient révélé l'antagonisme qu'il y avait entre elles et la bourgeoisie, elles en avaient pris confusément conscience. Il y eut au cours de la révolution des hommes pour l'exprimer, les Enragés puis les Egaux, autour de Gracchus Babeuf.

Gracchus Babeuf était avant la révolution une sorte de percepteur d'impôts en Picardie. Chargé de percevoir les taxes féodales sur les paysans, il avait ainsi découvert tous les mécanismes de la propriété et s'était convaincu que la propriété elle-même était la racine de tous les maux.

Quand la révolution éclata, il prit sans hésiter fait et cause pour elle, soutint les Jacobins et se reconnut dans l'intransigeance révolutionnaire de Maximilien Robespierre.

Lorsqu'en 1794, pendant Thermidor, Maximilien Robespierre et les Jacobins furent éliminés et que la révolution commença à refluer, Gracchus Babeuf fut mis en prison par les bourgeois thermidoriens. C'est là que, avec d'autres révolutionnaires, il formula le projet d'une organisation représentant réellement les opprimés. Ils s'appelèrent les Egaux, convaincus de la nécessité d'une nouvelle révolution. « La révolution n'est pas finie », disaient-ils, « parce que les riches absorbent tous les biens et commandent exclusivement tandis que les pauvres travaillent en véritables esclaves, languissent dans la misère et ne sont rien dans l’état ».

Le manifeste du nouveau mouvement, le Manifeste des Egaux, affirmait que « la révolution française n'est que l'avant-courrière d'une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle et qui sera la dernière ».

Les amis de Gracchus Babeuf menèrent une propagande active parmi les ouvriers et les soldats au travers de brochures expliquant que seule la « communauté des biens et des travaux peut garantir l’égalité de fait ».

C’est aussi à travers les prisons qu’ils recrutèrent leurs partisans. Les prisons de Paris étaient des foyers de fermentation d'idées et le transfert de prisonniers d'une prison à une autre permettait aux idées de circuler et aux militants de mieux se connaître. La fermeté des convictions de Gracchus Babeuf, son audace intellectuelle comme son attention aux autres, son souci de partager comme son sens de la solidarité, surent forcer bien des réticences et lui attirer des sympathies, au point que, en pleine période de répression et de recul de la révolution, Gracchus Babeuf et ses camarades eurent l'audace d'organiser une tentative de nouvelle révolution, la Conjuration des Egaux, qui devait établir « l'égalité sans tache et sans réserve ».

Trahie, l'organisation fut démantelée. Gracchus Babeuf et nombre de ses camarades furent guillotinés en 1797. Mais l'un de ses amis, Philippe Buonarotti, auquel il avait su transmettre ses convictions, échappa à la répression et put transmettre les idées dont il était devenu l'héritier.

Ses idées contenaient en germe toutes les notions qui deviendront plus tard les idées du mouvement communiste.

C'est de cet exemple et de ces idées que se nourriront vingt ans plus tard les militants qui participèrent au réveil du mouvement révolutionnaire et aux premières luttes de la classe ouvrière qui s'était développée avec la révolution industrielle du premier tiers du dix neuvième siècle.

Un prolétariat industriel était né dans les industries textiles. De grosses agglomérations et de grosses cités ouvrières étaient apparues, comme Lyon. Les dures conditions des usines ou du logement dépouillaient le plus souvent les travailleurs de leur dignité, usés par quinze heures et demi de travail par jour, et les poussaient vers l'alcoolisme, parfois la prostitution ou la criminalité, et elles privaient leur existence de toute certitude quant à la possibilité d'avoir du travail, de se loger et de manger le lendemain. Sous l'effet du besoin impétueux de la bourgeoisie de développer la production, naissait une classe jeune, dressée à la vie et au travail collectif, que toutes les conditions qui lui étaient faites poussaient à la révolte, à l'action collective et à l'organisation.

C'est du besoin de solidarité que naquirent les premières organisations, caisses communes d'entraide ou mutuelles, organisations secrètes du fait de l'interdiction des associations ouvrières. Très vite, les travailleurs qui s'y regroupaient furent amenés à se poser la question des salaires et à prendre l'initiative d'organiser des grèves pour exiger leur dû, comme celle qui éclata dans l'industrie textile à Paris en 1829.

Ces premières tentatives d'organisation visaient à s'opposer à la concurrence entre travailleurs. Elles restaient dans le cadre de leurs intérêts économiques.

Sur le plan politique, la classe ouvrière, le petit peuple et ceux qui les représentaient, restaient dans le cadre des revendications et des luttes de la bourgeoisie industrielle. Cette bourgeoisie industrielle n'avait pas accès directement au pouvoir politique et elle ne disposait même pas d'un parlement dans lequel elle aurait pu discuter de ses véritables intérêts.

Elle aspirait à exercer pleinement ses pouvoirs politiques, ce qui supposait de liquider tous les éléments des vieilles classes de l'ancien régime qui s'étaient emparés de l'appareil d’état après la chute de Napoléon.

Ce fut le sens de la révolution de juillet 1830, ces trois journées de barricades et d'insurrection, les Trois Glorieuses, qui renversèrent Charles X.

Les Trois Glorieuses furent l'œuvre du prolétariat. C'est lui qui se battit sur les barricades, mais il ne se battit pas pour lui-même. Il le fit pour le compte de la bourgeoisie. Celle-ci, prise de panique devant ses propres succès, refusa un pouvoir qu'elle aurait dû au peuple et elle se jeta dans les bras de Louis-Philippe, le roi bourgeois qui se proclamait « père et protecteur du peuple », représentant les intérêts des banquiers et de la bourgeoisie d'affaire.

La réponse des travailleurs ne se fit pas attendre. En 1831 éclatait à Lyon la révolte des canuts.

Installés à Lyon et dans ses faubourgs, les travailleurs de la soie, les canuts, faisaient vivre la moitié de la seconde ville du pays, avec leurs trente mille métiers à tisser. Ils ne formaient pas une classe ouvrière homogène, huit mille d'entre les canuts étaient des maîtres ouvriers ou chefs d'atelier, propriétaires en moyenne de deux à six métiers à tisser, installés à leur domicile, et faisant travailler, outre leurs femmes et leurs enfants, trente mille compagnons et apprentis. Toute cette industrie était dominée par les fabricants qui, au demeurant, ne fabriquaient rien, mais se contentaient de vendre ce que les canuts produisaient, après qu'ils leur aient fourni la matière première.

C'est le refus des fabricants d'augmenter les tarifs auxquels ils achetaient la soie des canuts, qui provoqua la grève. Elle se transforma en manifestation armée puis en insurrection. Les barricades se dressèrent, surmontées de drapeaux noirs, signe de deuil, portant la devise des insurgés, « vivre en travaillant ou mourir en combattant ».

En trois jours, ils se rendirent maîtres de la ville et ils mirent en place un gouvernement municipal, qui fut un véritable gouvernement ouvrier, administra Lyon, organisa les secours pour les familles des tisseurs et assura l'ordre dans la ville.

L’état ne pouvait tolérer cette révolte, l'armée occupa Lyon et réprima l'insurrection.

Deux ans plus tard, au début de l’année 1834, une nouvelle révolte éclata, réprimée elle aussi dans le sang.

Au même moment, à Paris, dans la nuit du 13 au 14 avril 1834, éclataient des manifestations républicaines. Les troupes du général Thomas Robert Bugeaud, sous les ordres d’Adolphe Thiers, ministre de l'intérieur de Louis-Philippe, se livrèrent à un véritable massacre, le massacre de la rue Transnonain.

Le régime de Louis-Philippe, né de l'insurrection de 1830, en réprimant dans le sang le mouvement ouvrier et le mouvement républicain, assurait son autorité mais poussait les éléments les plus conscients de ces deux mouvements à unir leur action.

Au début des années 1930, une véritable agitation avait gagné de larges fractions de la classe ouvrière. Des centaines de militants ouvriers, des cordonniers, des tailleurs et des horlogers, rédigeaient des brochures, des articles, des lettres, des poèmes ou des affiches pour exprimer les aspirations et les protestations de leur classe.

Ainsi l'ouvrier cordonnier Zael Efrahem rédigea en 1833 une brochure appelant les ouvriers de tous les corps d’état à s'unir dans une seule et même association, « si nous restons isolés et éparpillés, nous sommes faibles. Il faut donc un lien qui nous unisse et une intelligence qui nous gouverne, il faut une association. Les droits et les intérêts des ouvriers, à quelque corps d'Etat qu'ils appartiennent, sont toujours les mêmes ».

Dans les grandes villes du pays, se formèrent des sociétés secrètes, se revendiquant de la tradition communiste de Gracchus Babeuf ou des précurseurs des idées du communisme qu'étaient au début du siècle Etienne Cabet, Charles Fourier et Saint-Simon. Ces sociétés secrètes s'opposaient à tout l'ordre social et se proposaient d'éduquer les travailleurs autour de l'idée de la nécessité de le renverser et de le remplacer par un ordre nouveau où la richesse appartiendrait à la collectivité. Les représentants les plus connus de ces idées étaient Louis Blanc et Armand Barbès, qui restaient partisans de simples réformes, et surtout Auguste Blanqui, partisan de la lutte politique révolutionnaire pour le renversement de l'ordre bourgeois.

Auguste Blanqui fit ses premières armes politiques dans une société secrète républicaine radicale, la charbonnerie française.

Il participa le fusil à la main à l'insurrection de 1830 et sut tirer les leçons de l'attitude des républicains qui s'étaient jetés dans les bras de Louis-Philippe par peur de la classe ouvrière.

Fervent lecteur de Charles Fourier et de Saint-Simon, il devint communiste. En 1832, à vingt sept ans, il fit la connaissance de Philippe Buonarotti, le vieux compagnon de Gracchus Babeuf, auprès duquel il trouva la tradition des Egaux et l'expérience de l'époque révolutionnaire.

A partir de cette date, toute son énergie et toute son intelligence furent consacrées, avec un dévouement sans faille, à pénétrer l'esprit des ouvriers et des républicains les plus avancés, des idées de Gracchus Babeuf et de Philippe Buonarotti. En retour, la bourgeoisie lui voua une haine sans limite qui lui valut de passer trente sept ans de sa vie en prison. Mais rien n'arrêtait ce petit homme tenace, qui mettait chaque période de liberté à profit pour diffuser ses idées et organiser de nouveaux complots.

Quand de retour en prison, on lui demandait sa nationalité, toujours il répondait fièrement « prolétaire ».

Par la parole et par la plume, en prison, dans les clubs et les sociétés secrètes, par la presse, Auguste Blanqui expliquait inlassablement l'opposition de classe irréductible qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat et dénonçait tous les marchands d'illusions qui obscurcissent la conscience de classe des prolétaires par « des phrases de tribun ou des pilules soporifiques ». Toute sa pensée et toute son activité visaient à éveiller la conscience des travailleurs sur leur propre condition pour les aider à prendre par eux-mêmes conscience de la nécessité de la lutte politique, pour la conquête du pouvoir.

Encore dominé par les idées de Gracchus Babeuf et sans que le développement du mouvement ouvrier ait pu lui offrir une autre perspective, Auguste Blanqui croyait dans l'action d'une minorité consciente, éclairée et organisée clandestinement et qui, ayant conquis le pouvoir par la voie de l'insurrection, saurait prendre toutes les mesures pour permettre aux masses de participer pleinement à la transformation de leurs propres conditions d'existence.

Militant profondément engagé dans le combat de son époque, Auguste Blanqui restait prisonnier d'une vision exclusivement politique du combat sans percevoir les armes spécifiques et originales du prolétariat, liées à sa place dans l'économie et à son rôle dans la production.

 

 

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 20:47

 

http://www.liberation.fr/debats/2016/12/18/liberte-pour-oleg-sentsov-et-les-artistes-russes_1536112

 

http://www.scam.fr/detail/ArticleId/4731/Liberte-pour-Oleg-Sentsov-et-les-artistes-russes

 

Liberté pour Oleg Sentsov et les artistes russes

 

Par un collectif d'artistes, dont Michel Hazanavicius, Agnès Jaoui et Bertrand Tavernier

 

Dimanche 18 Décembre 2016

 

Plusieurs cinéastes et acteurs du monde de la culture, dont l'ancienne Pussy Riots, Maria Alyokhina, se mobilisent pour le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov. Ce dernier a été arrêté au mois de mai 2014, quelques jours après l’annexion de la Crimée, sous l’accusation de « préparation d’actes terroristes » et condamné au mois d'août 2015 à vingt ans de réclusion au terme d’un procès fortement contesté.

 

« J’ai été en prison deux ans pour une chanson contre Vladimir Poutine. Oleg Sentsov n’a jamais chanté de chanson, mais il a reçu une condamnation du tribunal à vingt ans de prison. Oleg Sentsov est un réalisateur ukrainien que le gouvernement a accusé de terrorisme pour avoir prétendument tenté de faire exploser le monument de Vladimir Lénine en Crimée. Oleg Sentsov a quarante ans, il a deux enfants qu’il a laissés seuls. Vingt ans de prison en Russie, cela signifie la mort. Oleg Sentsov n'a évidemment pas fait exploser de monument, sa faute est simplement d’être un citoyen de Crimée qui a ouvertement dénoncé la situation sur l’annexion. Je suis convaincue que la libération d'Oleg Sentsov est une cause commune. Cet artiste devrait être libre. Et comme je l’ai dit à l’occasion des European Film Awards, une communauté unie peut changer les choses. C’est pourquoi je vous demande de vous lever et de défendre Oleg Sentsov ».

 

Maria Alyokhina, à l'occasion des vingt neuvièmes European Film Awards à Wroclaw en Pologne le 10 décembre 2016.

 

Vendredi 2 décembre 2016, des personnalités culturelles russes ont exhorté le président Vladimir Poutine à protéger la liberté de création et la liberté d’expression des artistes.

 

En réponse, Vladimir Poutine a rappelé que les artistes devaient faire attention et ne pas dépasser les limites, c’est-à-dire ne pas offenser les religions. Il a à ce moment présenté l’attaque de 2015 contre Charlie Hebdo comme un exemple des dangers d’offenser les sentiments religieux.

 

Mais il a également ajouté « qu’il y a une ligne très étroite entre la bouffonnerie dangereuse et la liberté d’expression ».

 

Le réalisateur russe Alexandre Sokourov, qui a remporté le lion d’or au festival du film de Venise en 2011 pour son film Faust, a quant à lui réagit vivement, « qui va protéger les athées ? »

 

Il a interpellé Vladimir Poutine et il a demandé la libération d’Oleg Sentsov, « il doit être en compétition avec moi dans les festivals de cinéma et non pas assis dans notre prison de l’Arctique », a déclaré Alexandre Sokourov. « C’est une honte, c’est triste ».

 

Inébranlable, Vladimir Poutine a insisté sur le fait que le tribunal a reconnu Oleg Sentsov coupable de préparer des attaques terroristes et qu’il avait été condamné par la justice.

 

Le procès a été dénoncé par Human Rights Watch comme un procès « stalinien », car Oleg Sentsov, et son coaccusé Alexandre Koltchenko, ont été enlevés en Crimée quelques semaines après l’annexion de celle-ci par Moscou et emprisonnés en Russie. Pour pouvoir les juger, les autorités russes leur ont attribué de force la nationalité russe, alors qu’aucun des deux ne l’a jamais demandé et ils ont continué à affirmer leur nationalité ukrainienne. « Je ne suis pas un serf pour être transféré avec la terre », s’était indigné Oleg Sentsov à la fin de son procès.

 

Aucune preuve réelle n’ayant été apportée, cette condamnation est basée sur des témoignages obtenus par le FSB par intimidation et, malgré les demandes des avocats à un procès équitable, aucune des accusations de torture des témoins n’a jamais fait l’objet d’une enquête.

 

La tendance à incarcérer des artistes en Russie a surgi avec le resserrement du contrôle sur la scène politique nationale après la troisième élection de Vladimir Poutine en 2012.

 

Les membres du groupe punk Pussy Riot ont été arrêtés en 2012. Maria Alyokhina et Nadezhda Tolokonnikova ont passé près de deux ans en prison pour « hooliganisme motivé par la haine religieuse ».

 

En 2015, l’artiste Piotr Pavlensky a été emprisonné. Il a passé sept mois derrière les barreaux jusqu’à ce qu’un tribunal ordonne sa libération au mois de juin 2016 après la mobilisation de l’opinion publique.

 

De nombreux autres cas existent.

 

La France est l’amie de la société civile russe et de ses artistes, le régime politique actuellement en place attaque dangereusement les libertés fondamentales, il use d’intimidation, il crée la peur d’être emprisonné et il remet en question le principe même de la démocratie en Russie. Les artistes sont les voix libres d’une société.

 

Aujourd’hui plus que jamais, nous demandons à notre gouvernement d’affirmer fort la liberté d’expression et la place des artistes, la France ne peut rester sourde, aveugle et muette, nous devons rappeler au Kremlin qu’il se doit de respecter ses obligations en vertu de l’accord de Minsk et de libérer Oleg Sentsov, Alexandre Koltchenko et tous les ukrainiens illégalement détenus.

 

Nous demandons également à nos candidats qui souhaitent un rapprochement avec le chef du Kremlin, d’exprimer clairement leur avis et leur position sur les propos de Vladimir Poutine sur la limite de la liberté d’expression et de création des artistes qui toucheraient notamment à la religion.

 

Nous cinéastes, artistes, acteurs du monde de la culture et citoyens, sommes totalement indignés par de telles déclarations sur les libertés d’expression et de création et sommes révoltés sur la situation d’Oleg Sentsov et de tous les artistes ou opposants incarcérés illégalement en Russie.

 

 

 

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