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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 18:01

http://www.chouard.org/blog/2014/11/28/pour-que-les-choses-soient-claires

Pour que les choses soient claires

Par Etienne Chouard

Vendredi 28 Novembre 2014

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anti constitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite, je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions, histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que cela me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait, réellement, améliorer la vie sur terre.

Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens, de plus en plus, sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de tous ceux qui ne pensent pas comme moi, c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment, ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit, que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo d’Alain Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé, il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France, en s’appuyant sur les livres, bouleversants, d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense. Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait, comme moi, entre autres, à l’Union Européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme ». Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site d’Alain Soral. Un lien, parmi des milliers, je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalé, j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens, que je considère comme des adultes, pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment, ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions, souvent anonymes, à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire, je veux bien changer d’avis, j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion, mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste, il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine, bêtement, je sais.

Autre fait qui m’est reproché, depuis 2011, les militants d’Egalité et Réconciliation relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site, documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire et de gestion commune du bien commun, signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que, en toute logique, je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme ». Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait, mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique, plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante, les jeunes gens qui suivent et soutiennent Alain Soral, et qui étaient assez radicalement anti démocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti fausse démocratie », mais ils ne le savaient pas encore, ils pensaient, comme tout le monde, que l’alternative politique était entre le capitalisme, le libéralisme et la « démocratie », complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir, ou bien le communisme, le socialisme et la « démocratie populaire », complètement pourri, un capitalisme d’état, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir, ou bien le fascisme et la « non-démocratie », violent aussi, mais sans corruption, choix terrifiant, selon moi, évidemment. Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale, Bernard Manin, Morgens Hansen, Jean Jacques Rousseau, Yves Sintomer, Cornelius Castoriadis et Henri Guillemin, un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux, la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau. Eh bien, je suis sûr, je l’ai ressenti souvent, nettement, que nombre de ces jeunes militants, de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre, processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne, sont en train de devenir, ou sont déjà devenus, des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, cela peut changer d’avis si on le respecte en tant qu’être humain, et si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant et prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias, soi-disant parfois peu fréquentables, par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’aucun grand journal ni aucune grande radio de gauche, que j’aime quand même, ni « là-bas si j’y suis », ni le Monde Diplomatique, ni Politis, ni « terre à terre », dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005, aucun de ces médias n’a jamais relayé, ni signalé, ni commenté mon travail, depuis dix ans. Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a que les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions, l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche.

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut, que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs, sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion Sigaut et moi, on n’est pas d’accord du tout sur Jean Jacques Rousseau, sur Maximilien Robespierre, sur la Vendée et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion Sigaut m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’ancien régime, par exemple, le livre passionnant « le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan, et les intrigues fondatrices des « philosophes des Lumières », riches et marchandes, pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie des marchands libérés devenus législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Alain Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment, il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel, et non pas ses projets de société, me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Alain Soral, je prends ce qui m’intéresse, les informations sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme, et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Alain Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande s’il est antisémite, Alain Soral répond « non, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques, ce que Jean Luc Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF », dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux, même ceux qui ne sont absolument pas racistes, qui critiquent et condamnent la politique, elle, officiellement raciste et criminelle, du gouvernement israélien, critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme.

C’est ce nouveau sens seulement qu’Alain Soral assumait, en martelant, en substance que « j’en ai marre de ce chantage à l’antisémitisme et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que cela se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier, il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme, il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication d’Alain Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014, Alain Soral dit des mots que je n’avais jamais entendus de lui avant et qui me choquent tous profondément.

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire.

Je n’avais jamais vu Alain Soral parler comme cela. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde, il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination, résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas, avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumé, qui me hérissent vraiment, ce mélange est toxique. Stop, et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants, on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Alain Soral et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère, j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite, je supprime le lien de mon site vers Alain Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Stephen Walt, John Mearsheimer et Éric Hazan.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel, à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une confusion entre les vrais démocrates et « l’extrême droite », confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum. Si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel, je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment, prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, donc, il ne faut surtout pas élire l’assemblée constituante, si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours, nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra ».

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 17:18

http://www.ujfp.org/spip.php?article3692

https://www.npa2009.org/idees/boycottez-nous

« Boycottez nous »

Mercredi 10 Décembre 2014

Interview de Michel Warschawski

« Boycottez-nous, c’est le meilleur service que vous pouvez rendre à celles et ceux qui en Israël se battent pour que justice soit rendue au peuple palestinien »

Infatigable militant anticolonialiste, directeur du centre d’information alternative à Jérusalem, Michel Warchawski était de passage à Toulouse pour une réunion-débat organisée dans le cadre des rencontres Euro Méditerrannée. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Question. Quel bilan tires-tu de l’intervention à Gaza ?

Réponse. Cette agression, présentée à tort comme une guerre, est un échec pour le gouvernement israélien. Son objectif inavoué, mettre en échec le processus de réconciliation entre le Hamas et l’Autorité Palestinienne, n’a pas abouti. Car ne nous y trompons pas, ce n’est pas Gaza et la résistance qui étaient visés, c’était Mahmoud Abbas !

Question. C’est un point de vue inhabituel. Peux-tu développer ?

Réponse. Israël, pour poursuivre sa politique de colonisation, a besoin de montrer qu’il n’y a pas de partenaire pour la paix. L’attaque contre Gaza visait à faire se désolidariser l’Autorité Palestinienne de la résistance à Gaza. Mais ceci ne pouvait aboutir, car l’Autorité Palestinienne aurait été désavouée par le peuple palestinien si elle n’avait pas condamné cette agression. La brutalité de l’attaque a isolé Israël sur le plan international, et c’est sous la pression des Etats Unis et de l’Égypte que le gouvernement Netanyahou a été contraint de signer un armistice. La seule faute politique du Hamas a été d’accepter de voir les négociations sur la levée du blocus remises à quatre mois. Car la tactique d’Israël est la même depuis plus de vingt ans, remettre à plus tard les décisions, faire traîner les négociations, et continuer d’avancer dans son projet inchangé depuis sa création, poursuivre la colonisation de la Palestine. Et quatre mois plus tard, le blocus n’est toujours pas levé !

Question. Depuis, un nouveau front s’est ouvert à Jérusalem, en particulier autour de la question de l’accès à la mosquée al-Aqsa. Le conflit peut-il changer de nature ?

Réponse. Le conflit est toujours un conflit entre une puissance occupante, un état colonial, et un peuple qui veut reconquérir ses droits. En Cisjordanie, et depuis plusieurs années à Jérusalem, se poursuit la politique d’implantations des colonies. À Jérusalem, les destructions de maisons arabes et la construction de nouvelles colonies s’accélèrent. Par ailleurs, le gouvernement laisse des groupes de colons d’extrême droite multiplier les provocations sur l’esplanade des mosquées et limite l’accès de la mosquée aux Palestiniens. C’est cela la réalité. Mais en effet, sous la pression des ultras, la politique du gouvernement cherche à déplacer aux yeux de l’opinion le conflit sur le terrain religieux. Pour cela, il s’attaque à un symbole essentiel pour tous les musulmans. Ce n’est pas nouveau, déjà en 2000, la provocation d’Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées avait entraîné la deuxième intifada ! Aujourd’hui, la pression des ultras dépasse même le gouvernement qui ne sait comment faire machine arrière. Au cours de négociations secrètes avec la Jordanie, Benyamin Netanyahou a été mis en garde, toucher à ce lieu saint de l’islam ne concerne pas que les palestiniens, mais les musulmans du monde entier. Et là, ce serait un conflit d’une tout autre ampleur.

Question. Cela m’amène à la question suivante, quelle est l’évolution de la société israélienne ?

Réponse. Tout le monde peut l’observer, le gouvernement actuel est le plus à droite, voire à l’extrême droite, depuis la création de l’état d’Israël. Il n’y a que votre président pour ne pas s’en être aperçu, son discours d’amour pour Israël, lors de sa visite, était réellement honteux, de même que ses premières déclarations lors de l’agression contre Gaza.

Question. Au moment de cette agression, tu as parlé de « fascisation du régime ». N’est-ce pas un peu excessif ?

Réponse. Je persiste ! Quand un gouvernement pratique une politique pour museler l’opposition, quand il fait voter des lois racistes, liberticides, n’est-ce pas le début d’un processus qui vise à terroriser la population ? La brutalité de l’ambiance créée, plus l’apparition de petits groupes fascistes et de milices, ce n’est pas comme cela que ça a commencé en d’autres temps et d’autres lieux ?

Question. Et la gauche dans tout cela ?

Réponse. La droite est à l’offensive, structurée, réaffirmant sans état d’âme son projet colonial. La gauche, désarçonnée, est hors-jeu. Pour prendre une image, nous n’étions que trois mille à manifester au moment de l’agression contre Gaza, ce qui est très peu. Mais on pourrait dire que nous étions cent mille de plus si l’on compte celles et ceux qui quittent aujourd’hui le pays parce qu’ils ne supportent plus l’évolution de cette société. Ce sont les jeunes, souvent les plus diplômés, qui cherchent à partir. Beaucoup d’israéliens aujourd’hui se font faire des passeports pour avoir une double nationalité.

Question. En France, il y a beaucoup de reportages sur les départs des juifs français en Israël.

Réponse. Peut-être, mais ce qu’on oublie de dire, c’est qu’au bout d’un an, la moitié environ repart !

Question. À tes yeux, quel est le sens de la proposition du gouvernement d’une loi visant à instaurer Israël comme « état nation du peuple juif » ?

Réponse. C’est une provocation supplémentaire ! Et une surenchère de plus dans la réaffirmation des discriminations envers les palestiniens d’Israël. Une autre façon de demander au peuple palestinien d’oublier la question des réfugiés.

Question. Pour changer de registre, la France et d’autres membres de l’Europe s’apprêtent à reconnaître l’état palestinien. Qu’en penses-tu ?

Réponse. La rage que cela provoque dans la classe politique israélienne fait plaisir ! Mais au-delà, il faut l’interpréter comme un coup de semonce donné par la communauté internationale envers un allié qui devient incontrôlé et commence à irriter même l’establishment américain. Celui-ci a besoin dans sa coalition contre Daesh du soutien des gouvernements arabes, et les prises de position de Benyamin Netanyahou deviennent encombrantes. Alors tout ce qui est mauvais pour le gouvernement israélien est bon à prendre ! Mais ce n’est qu’un gain symbolique, cela ne changera pas la vie des palestiniens, la réalité de l’occupation, de la colonisation. Un état qui n’a pas de souveraineté, qui ne contrôle pas ses frontières, n’est pas un état, juste un bantoustan ! Et pour imposer la reconnaissance des droits des palestiniens à Israël, dont le projet, inchangé depuis sa création, faut-il le rappeler, reste la colonisation de plus de territoire possible, il faudra un bouleversement tout autre du rapport de forces à l’échelle internationale. Il faudra une réelle volonté politique de la communauté internationale de s’opposer réellement à la politique israélienne, au-delà du geste symbolique. Une remarque encore, il faut toute l’arrogance israélienne pour reprocher aux palestiniens de proclamer unilatéralement un état. Que je sache, l’occupation, la création même de l’état d’Israël, n’a pas été une décision conjointe !

Question. Alors que faire ?

Réponse. Cela se résume en trois mots, Boycott Désinvestissement Sanction (BDS). Quand les états ont failli, c’est aux sociétés civiles de prendre le relais ! Il faut boycotter, isoler par tous les moyens cet état voyou. D’ailleurs, cette campagne inquiète le gouvernement israélien qui vient de faire voter une loi criminalisant le soutien au boycott en Israël même. Amplifier cette campagne, en faire l’axe central de la solidarité, est aujourd’hui, à mes yeux, ce qui doit être la priorité du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. J’ai envie de vous dire, boycottez-nous, c’est le meilleur service que vous pouvez rendre à celles et ceux qui en Israël se battent pour que justice soit rendue au peuple palestinien.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 16:48

Grève générale en Italie contre la réforme de l’emploi (Reuters)

Des incidents ont éclaté Vendredi 12 Décembre 2014 à Milan et à Turin en marge d'une grève générale à l'appel des syndicats CGIL et UIL contre la réforme du marché du travail lancée par le président du conseil italien, Matteo Renzi.

La police dit avoir procédé à plusieurs interpellations lors d'accrochages avec des manifestants qui lançaient des fusées éclairantes et d'autres projectiles sur les forces de l'ordre.

La confédération générale italienne du travail (CGIL), principal syndicat du pays qui revendique six millions d'adhérents, et l'Union Italienne du Travail (UIL), qui en compte deux millions deux cent mille, avaient appelé à cette grève générale, la première en trois ans, pour dénoncer le contenu et la méthode de la réforme.

Matteo Renzi espère de son côté que les modifications du code du travail permettront de faire baisser le taux de chômage proche de treize pour cent, quarante pour cent parmi les jeunes.

Surveillé de près par l'Union Européenne et l'Allemagne, il estime que sa réforme est indispensable à la modernisation de l'économie italienne, qui en est à treize trimestres consécutifs de contraction.

L'une des dispositions les plus critiquées de ce projet de loi, que les Italiens ont baptisé « Jobs Act », supprimerait l'article dix-huit du code du travail qui contraint un employeur à réembaucher un salarié dont le licenciement a été jugé abusif.

La réforme vise également à faciliter les licenciements dans les entreprises confrontées à des difficultés économiques et prévoit la création d'un contrat de travail où le niveau de protection des salariés augmenterait progressivement en fonction de leur ancienneté.

LE GOUVERNEMENT NIE TOUTE HOSTILITÉ ENVERS LES SYNDICATS

Les syndicats estiment que le projet du président du conseil fait peser l'essentiel du fardeau des réformes sur les épaules des salariés et qu'il n'aura pas d'incidence sur le retour de la croissance.

« Le gouvernement doit changer sa politique en matière d'emploi », a déclaré Susanna Camusso, chef de file de la CGIL. « Le Job Act et le budget ne contribueront pas à la relance de l'économie et à la création d'emplois ».

La grève de vendredi a perturbé les transports publics ainsi que les hôpitaux, les écoles et les administrations dans l'ensemble de la péninsule transalpine. Selon les données de la CGIL et de l'UIL, la participation a été d'environ cinquante pour cent dans les transports ferroviaires et aériens et de soixante-dix pour cent pour les bus et le métro.

Des manifestations étaient prévues à Rome et dans une cinquantaine d'autres villes italiennes.

Dans la capitale, les organisateurs ont annoncé quarante mille manifestants, toujours selon les syndicats, ils étaient cinquante mille à Milan.

« Je pense que c'est une grève juste, il est temps, on a besoin de faire bouger les choses. Il faut commencer à jouer notre rôle de citoyens et de salariés », a déclaré Loriana Blasi, une habitante de la banlieue de Rome qui travaille dans la capitale.

Un autre syndicat italien, la Confédération Internationale des Syndicats Libres (CISL), a décidé de ne pas participer au mouvement de vendredi en dépit de son opposition aux réformes de Matteo Renzi.

En visite en Turquie jeudi soir, le chef du gouvernement a dit respecter le droit de grève, tout en prévenant que les syndicats ne parviendraient à faire échouer la réforme.

Sa secrétaire d’état Teresa Bellanova, attachée au ministère du travail et de l’emploi, a démenti pour sa part l'absence de concertation que dénoncent aussi les syndicats.

« Il n'existe aucune hostilité contre des rencontres avec les syndicats. Le temps des réunions enfumées est révolu, mais il n'existe ni hostilité, ni fermeture préconçue à leur endroit », a-t-elle dit.

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 12:39

http://www.frontsyndical-classe.org/2014/12/un-echo-dans-la-presse-de-la-petition-qui-circule-dans-la-cgt-que-nous-avons-signe-et-que-nous-appelons-a-signer-source-mediapart-cg

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-anselme/111214/cgt-la-base-prend-la-parole

La base prend la parole

Par Jean Pierre Anselme

Jeudi 11 Décembre 2014

Événement sans précédent à la CGT, depuis lundi, une pétition circule à l'intérieur de la première centrale syndicale française pour réclamer la démission de Thierry Lepaon et de l'ensemble du bureau confédéral. Les signataires du texte dénoncent un « abandon du syndicalisme de lutte de classes » depuis le début des années 1990 et plaident pour une réorientation stratégique.

« L'affaire Lepaon a été pour beaucoup un révélateur des dérives du fonctionnement confédéral, mais pour nous cela vient de loin et c'est ce qui nous a décidé à rédiger ce texte » explique Philippe Cordat, secrétaire du comité régional de la CGT Centre. C'est de là qu'est partie une pétition réclamant le départ « collectivement et sans délai » des dirigeants de la centrale syndicale qui « ont perdu toute crédibilité et représentativité pour parler au nom de la CGT ».

Parmi les premiers signataires de la pétition figurent des secrétaires généraux d'unions locales et départementales, de comités régionaux ou de chômeurs, d'anciens membres de la direction nationale du centre, du nord et du sud-est de la France. « Quantité de signatures arrivent chaque jour » se félicitent les promoteurs de la pétition. Parmi elles, certaines pèsent particulièrement lourd, comme celle de Patrick Picard, secrétaire de l'union départementale de Paris,

Adressée au départ aux organisations, fédérations, union départementale et locales et comités régionaux, qui composent le Comité Confédéral National, convoqué le 13 janvier 2015 en session extraordinaire par la commission exécutive confédérale, le CCN, le « parlement » de la CGT, est la seule instance habilitée à destituer le secrétaire général, la pétition est maintenant signée aussi par la base de la CGT, les syndicats, les unions locales et les syndiqués.

« Nous voulons un débat de fond »

Anticipant les tentatives d'arrangements au sommet, la pétition proclame « qu’au risque qu'elles se renouvellent demain, de telles affaires ne sauraient se régler à travers la rivalité de clan, ou par les luttes stériles d'appareil, de dirigeants qui ont failli aux responsabilités qui leur avaient été confiées et qui de plus ont fait le choix de vivre totalement en dehors des réalités qui sont celles des travailleurs ».

Les points sont mis sur les i, « cette crise ne se résoudra pas en cédant aux pressions d'où qu'elles viennent et pas davantage en procédant simplement à quelques remplacements de personnes ». Précisant leur pensée, les auteurs de la pétition fustigent le patronat et le gouvernement accusés d'intervenir « directement dans la vie de la CGT, en spéculant sur les noms de celles ou ceux qu’ils voient être califes à la place du calife ».

« Nous ne voulons pas rentrer dans un débat technique » explique Armelle Bruant, cadre et militante CGT à l'usine TDA Armements, dans le Loiret, et une des initiatrices de la pétition.

« Qui sera le futur secrétaire général, cela m'est égal. Il s'agit de redéfinir l'orientation stratégique du syndicat ».

« Nous voulons enclencher un débat de fond » renchérit Philippe Cordat.

« Ce qui est sans doute la pointe émergée de l'iceberg n'est-il pas au fond le résultat d'une rupture avec ce qu'était la CGT ? N'est-ce pas le résultat d'une capitulation qui a contribué à démobiliser, à désarmer et démoraliser les militants et les travailleurs eux-mêmes », interroge le texte qui tire à boulets rouge contre les rapports privilégiés avec la CFDT, depuis le début des années 1990, avec pour corollaire « la négociation au détriment de l'action, les gages donnés au patronat et au gouvernement, l'institutionnalisation, la bureaucratisation de l'appareil confédéral et de sa direction ».

« La politique contractuelle est une mascarade »

Et les signataires de la pétition de lister ce qui leur reste en travers de la gorge. Notamment, les récentes déclarations à la presse du secrétaire général affirmant « qu’il n’y a pas d’opposition de principe entre patronat et salariés » ou celle selon laquelle il y aurait « effectivement un problème de coût du travail dans certaines professions ».

C'est une certaine conception de syndicalisme, celle des « partenaires sociaux et du dialogue social », qui prévaut depuis une vingtaine d'année, qui est ainsi mise sur la sellette. « La politique contractuelle est une mascarade », s'insurge Armelle Bruant.

« C'est du même tonneau que le lean management appliqué dans toutes les entreprises, du privé comme du public. Une méthode vicieuse qui vise à faire croire aux salariés que leurs intérêts sont les mêmes que ceux des directions ».

La CGT « a toujours autant de mal à dégager une ligne claire », se lamentait récemment le quotidien néo libéral la Tribune. Très prosaïquement, le patronat et le gouvernement redoutent que la crise de la première centrale syndicale en France finisse par déboucher sur un coulage de leur « politique contractuelle », déjà bien mal en point. Ce n'est pas le passage de la « lutte des places » à la lutte des classes, revendiquée par les signataires de la pétition, qui va les rassurer.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 20:15

http://www.editions-lignes.com/Appel-a-la-Solidarite-avec-Nikos-Romanos-et-les-autres-grevistes-de.html

Appel à la solidarité avec Nikos Romanos et les autres grévistes de la faim en Grèce

Ajout du Jeudi 11 Décembre 2014, le parlement grec a voté Mercredi 10 Décembre 2014 un amendement qui prévoit l’usage du bracelet électronique afin que les prisonniers puissent poursuivre leurs études. Suite à cette décision, Nikos Romanos a annoncé qu’il mettait fin à sa grève de faim. En revanche, aucune solution n’a pas été encore trouvée pour les six cent quarante syriens qui occupent la place de Syntagma.

Nikos Romanos est un anarchiste âgé de vingt et un ans. Son nom a été rendu public lorsque, dans la nuit du 6 décembre 2008, son ami Alexandros Gregoropoulos est mort dans ses bras sous les balles d’un policier. Il a été incarcéré pour sa participation au double braquage de Velventos à Kozani en 2013. Pendant leur garde à vue, lui et ses trois autres complices ont subis des violences policières d’une extrême cruauté.

4 décembre 2014, Nikos Romanos est en grève de la faim depuis le 10 novembre 2014 pour l’obtention des sorties d’études. Etant en prison, il a passé le concours d’entrée à l’université, mais les autorités lui refusent obstinément les permissions de sorties que le droit prévoit pour les prisonniers-étudiants. Hospitalisé depuis plusieurs jours, le seuil critique pour l’arrivée des dommages irréparables semble franchi, le risque de mort est imminent.

6 décembre 2008, Alexandros Gregoropoulos tombe mort sous les balles d’un policier. Il laisse son dernier souffle dans les bras de son ami, Nikos Romanos. Des émeutes insurrectionnelles éclatent d’abord à Athènes, dans une ampleur inimaginable pour une métropole occidentale, puis partout en Grèce. Décembre 2008 sera un mois de révolte, connu sous le nom de dekemvriana, il rappellera la première incidence de ce nom, les dekemvriana de l’hiver 1944 et la bataille d’Athènes.

Aujourd’hui, à deux jours de l’anniversaire de la mort d’Alexandros Gregoropoulos, les autorités grecques semblent déterminées à « sacrifier » d’autres vies pour maintenir l’ordre.

Alors que la troïka réclame un énième prolongement du mémorandum, de six mois, assortis de mesures supplémentaires, la succes story du gouvernement tombe à l’eau. La tactique est bien connue, il faut détourner l’attention de « l’opinion publique » vers autre chose, et le plus souvent vers la démonstration « sécuritaire » d’un pouvoir viril qui maintient l’ordre à tout prix. Des manifestations de solidarité ne cessent de se multiplier tous les jours, à Athènes et dans d’autres villes grecques et européennes.

Mais Nikos Romanos n’est pas seul. Par solidarité avec son camarade, Yannis Michailidis a également entamé une grève de faim et se trouve actuellement hospitalisé.

Depuis le 19 novembre 2014, des réfugiés syriens occupent la place Syntagma devant le parlement grec. Depuis quelques jours un certain nombre d’entre eux a également entamé une grève de faim pour demander l’asile politique et des documents de voyage. Ils adressent aux autres pays membres de l’Union Européenne leur part de responsabilité. C’est cette même place de Syntagma qui a été occupée en 2011 pendant le déploiement du mouvement de places.

L’histoire ne se répète pas toujours en farce.

Nous affirmons notre solidarité totale avec Nikos Romanos et les occupants de la place Syntagma.

Nous exigeons une solution immédiate pour Nikos Romanos et la satisfaction de ses revendications.

Nous exigeons la légalisation immédiate des familles syriennes qui occupent actuellement la place Syntagma ainsi que la régularisation de tous les sans-papiers.

Nous exigeons l’abrogation de Dublin II qui met en péril la vie des immigrés en transformant des pays entiers en dépôts de « l’immigration choisie » et où les violences et les violations de tout genre deviennent monnaie courante.

Solidarité face à la barbarie

Premiers signataires : Jacques Rancière, Camille Louis, Maria Kakogianni, Stéphane Douailler, Marie Cuillerai, Étienne Balibar, Costas Douzinas, Gorgio Agamben

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 19:59

http://www.humanite.fr/la-fulgurante-ascension-de-podemos-559352

La fulgurante ascension de Podemos

Par Cathy Ceibe, envoyée spéciale de l’Humanité à Madrid

Jeudi 4 Décembre 2014

Lancée il y a moins d’un an, la formation de Pablo Iglesias bouleverse le paysage politique espagnol. Les sondages lui octroient une possible victoire aux élections générales de 2015.

Ce parti est parvenu à capter le « ya basta » généralisé d’une société en rupture avec les institutions.

Dans la famille Caballero Gonzalez, commençons par Jordi. Mécanicien de soixante et un ans, il est au chômage, comme six millions d’espagnols. Sans détour, il affirme qu’il votera, l’an prochain, lors des élections générales, Podemos. Interrogez Flora, cinquante-sept ans, femme au foyer, vous obtiendrez la même réponse, idem pour leur fils, Javi, vingt-huit ans, technicien en systèmes informatiques. Le programme de la formation, qui a vu le jour il n’y a même pas un an, en janvier 2014, ne circule pas, en tout cas, pas entre leurs mains. Et pourtant, les Caballero Gonzalez voteront pour ce parti qui, cinq mois après sa création, a obtenu un million deux cent mille voix aux élections européennes et envoyé ainsi cinq députés européens qui siègent depuis au sein du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE). Pourquoi un tel succès, parce que « la mauvaise politique, la corruption, la réforme du marché travail qui a conduit à plus de chômage », dit Jordi. « Il peut y avoir un changement », espère Flora. « Après tant d’années de crise, ni le Parti Populaire ni le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) n’ont apporté de réponse », déclare Javi.

Un récent sondage confirme les enquêtes de ces derniers mois, Podemos se hisse en tête des intentions de vote avec 28,3 %, dépassant la droite, larguant, loin, le PSOE, et laminant les autres formations qu’elles soient nationalistes ou à la gauche de la gauche, comme Izquierda Unida. La formation est un phénomène, à l’origine d’un big bang. Le gouvernement de droite a été contraint d’organiser un débat au sein du congrès sur la « régénération » de la vie politique. Le PSOE a procédé à des primaires pour élire un nouveau secrétaire général de quarante ans. Le jeune député d’Izquierda Unida Alberto Garzon a annoncé qu’il était candidat aux élections primaires au sein de sa formation après que le coordinateur fédéral, Cayo Lara, eut déclaré qu’il ne se présenterait pas. Le paysage politique ibérique vit un bouleversement sous l’effet Podemos. Pas un jour ne se passe sans la publication ou la diffusion d’un article, d’un reportage.

Son secrétaire général, Pablo Iglesias, élu à la tête du parti en novembre 2014, est omniprésent, pas même la quarantaine au compteur, son ton mordant décape. Coup de publicité, matraquage ou cabale médiatique, Podemos fait vendre. Cette ascension fulgurante est d’abord le fruit du rejet majoritaire de tout ce qui a représenté la vie politique depuis la fin de la dictature.

L’université Complutense de Madrid est un vivier de la formation. Ses principaux dirigeants y ont fait leurs classes. Obtenir un entretien avec l’un des leurs relève en ce moment de la gageure. Dans le bureau de Juan Carlos Monedero cohabitent sa carrière universitaire, ses valeurs et ses engagements. On y voit un poster du Che, des auto collants du drapeau de la république, une affiche du mouvement zapatiste, une photo d’Hugo Chavez, président défunt du Venezuela et figure du renouveau de la gauche en Amérique Latine, lors de sa venue à la faculté, et une bibliothèque d’ouvrages portant notamment sur l’Allemagne. Le professeur en sciences politiques ne manque pas d’images pour expliquer le succès de Podemos. Le parti est une sorte de « conte et pour que la fin soit heureuse », les acteurs, « les princes et les princesses », ne suffisent pas. Il faut un décor, une ambiance. « En Espagne, nous avons une crise économique qui a explosé les coutures du régime de 1978, la transition après la fin de la dictature, la monarchie, l’idée d’Europe, l’ascension sociale, la question territoriale, la relation avec l’Église », explique l’universitaire qui, il y a quelques années, a collaboré avec Gaspar Llamazares, député et ancien coordinateur fédéral d’Izquierda Unida.

L’explosion de la bulle immobilière, en 2008, a ravagé le pays au point de soulever l’indignation. La rupture est connue. Le 15 mai 2011, des centaines de milliers de jeunes, soutenus par leurs parents et leurs grands-parents, ont envahi les places publiques contre « ceux qui ne nous représentent pas » et qui sont à l’origine non pas « d’une crise mais d’une arnaque ». « Le mouvement des indignés a permis de construire un récit alternatif, progressiste », reconnaît Juan Carlos Monedero. Il y a aussi les têtes visibles du parti, dont « la trajectoire politique, tant dans les partis que dans les mouvements sociaux, a façonné la conscience des limites des uns et des autres ». Podemos fédère le « basta ya » d’une société excédée, « l’épuisement des partis de la gauche et des syndicats qui ont laissé de côté une partie importante des citoyens, le bipartisme, la casse du modèle social européen, la rupture du pacte inter générationnel qui a contraint à l’exil plus d’un million de jeunes espagnols et précarisé la vie des retraités », énumère-t-il. Les politiques néo libérales appliquées avec zèle tant par les gouvernements conservateurs que socialistes ces quatre dernières décennies mais surtout l’austérité de ces quatre dernières années ont été d’une rare violence. Elles se comptent en millions de pauvres, de chômeurs, d’exilés. À cela s’ajoute une corruption endémique qui n’a rien à envier au berlusconisme. Tous les jours, des scandales apparaissent.

Ils touchent toutes les institutions, les partis politiques, les syndicats, la couronne. Le dégoût se lit sur les lèvres. Podemos s’est engouffré dans la brèche, estimant, à juste titre, que les conditions du changement sont réunies. « Il faut une politique de la main dure et du nettoyage de la corruption. Le salaire maximum ne doit pas excéder trois fois le salaire minimum », revendiquent Jordi et Flora. Leur fils prône le même discours « corruption zéro », l’un des slogans phares de la formation. Des idées simples qui ont fait mouche. Le vocabulaire l’est autant et il s’est désormais imposé dans le langage courant.

Les dirigeants sont la « caste ». Ils sont « ceux d’en haut » et « les gens sont ceux d’en bas ». On taxe volontiers la formation de « populiste ». Le leader Juan Carlos Monedero assume. « Le populisme est un moment d’actualisation de la politique qui exprime la crise de la démocratie représentative. Si la démocratie libérale gère le conflit à travers la représentation, le moment populiste actualise le conflit. Le moment populiste a pour élément central la reconstruction de l’idée de peuple et il s’exprime par la nécessité d’un processus constituant ».

Sur le plan idéologique, Podemos n’est « ni de gauche ni de droite » mais revendique « la centralité au sens de la citoyenneté », cette grande majorité d’espagnols qui souffrent de la crise. Le « yes we can » espagnol refuse d’être ainsi relégué aux extrêmes de l’échiquier politique afin de capter largement les voix où qu’elles se trouvent à l’image des dix-sept pour cent d’électeurs de droite qui affirment vouloir voter pour lui en 2015.

« Même si Podemos chante l’Internationale, l’organisation évite de se positionner sur certains thèmes comme par exemple le modèle d’état, et s’en tient à revendiquer un référendum où les espagnols pourraient choisir la nature du régime. Il prend soin de ne pas employer des mots qui pourraient gêner l’électorat du centre et de centre droit comme la république, le féminisme ou l’immigration », soutient Daniel Ayllon, journaliste du mensuel la Marea, du nom des mobilisations sociales contre les « recortes », les coupes budgétaires dans les services publics comme la santé ou encore l’éducation. Pour le sociologue et directeur de la fondation européenne des citoyens d’Izquierda Unida, Jaime Aja, « Podemos est une grande machine électorale » qui entend s’inspirer non pas de manière idéologique et programmatique mais d’un point de vue stratégique d’autres expériences politiques comme Syriza en Grèce ou le Mouvement Cinq Etoiles en Italie.

« Les espaces pour lesquels le parti Podemos lutte sont hétérogènes tant en termes idéologiques que sociaux. Sur le plan idéologique, les contradictions sont évidentes. Il met des questions historiquement importantes pour la gauche de côté, comme la république, ou opte pour une position floue. Sur le plan social, les intérêts de la grande classe moyenne se juxtaposent. L’objectif est l’idée d’un grand projet moderne de teinte progressiste. Il reprend des lieux communs, sans s’expliquer sur des thèmes épineux tels que la politique fiscale ou le paiement de la dette. Mais le principal danger est la mise en avant de l’indignation comme projet purement électoral. Cela peut s’avérer désastreux pour la gauche politique et sociale », analyse-t-il. La formation, qui prône « l’horizontalité » tout en personnifiant le pouvoir autour de son secrétaire général, n’a pour ligne d’horizon que les élections générales et régionales. Et ne répond pas, du moins à l’heure où ces lignes étaient écrites, aux appels à la convergence lancés par le député Alberto Garzon.

Quant aux élections municipales, c’est une autre affaire. À titre individuel certains se présenteront mais certainement pas sur des listes fédérant mouvements sociaux et partis.

« Nous refusons la soupe des sigles », tranche Juan Carlos Monedero. L’autre raison, de l’aveu même de ses dirigeants, est que le parti n’a pas les moyens de contrôler l’ensemble des candidatures, et craint ainsi de présenter, à son corps défendant, « de nouveaux caciques, corrompus ou arrivistes », selon le journaliste Daniel Ayllon. « Nous pouvons mais nous ne pouvons pas » est une blague qui circule chez les responsables de Podemos, soutient notre confrère. Il a un manque évident de cadres intermédiaires et à la base. Et son succès peut devenir problématique. Cela s’est déjà vu par le passé. C’était en 1982 lorsque le PSOE, après son raz de marée électoral, s’était retrouvé en difficulté. À l’époque, au sortir de la longue nuit du franquisme, il n’était question que d’espoir.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 19:37

Le Sénat vote la reconnaissance de la Palestine (Reuters)

Les sénateurs français ont adopté Jeudi 11 Décembre 2014 par cent cinquante-trois voix contre cent quarante-six une résolution non contraignante des groupes du Parti Socialiste, du Front De Gauche et d’Europe Ecologie Les Verts qui vise à reconnaître l’état palestinien, dix jours après une initiative similaire de l’Assemblée Nationale.

Cette résolution « exprime le souhait que la France reconnaisse l’état palestinien souverain et démocratique sur la base des lignes de 1967 avec Jérusalem comme capitale des deux états ».

Son adoption, avec un score beaucoup plus serré qu'à l'Assemblée Nationale, où elle avait été votée par trois cent trente-neuf voix contre cent cinquante et une, a eu lieu au lendemain de la mort d'un ministre palestinien à la suite de heurts avec des soldats israéliens en Cisjordanie.

La droite, qui dispose de nouveau d'une large majorité au Sénat depuis les élections de fin septembre, a majoritairement voté contre ce texte déposé par les trois groupes de gauche, qui se sont bien mobilisés pour le faire adopter.

« C'est un signal qui sera mal interprété » a dit l'UMP Roger Karoutchi, reprenant ainsi l'argumentation d'Israël lorsque l'Assemblée Nationale avait voté le même texte.

Pour le sénateur socialiste Gilbert Roger, en revanche, « cette reconnaissance est la condition sine qua non à l'ouverture de véritables négociations entre Israël et la Palestine afin d'aboutir à une paix durable ».

Harlem Désir, le secrétaire d’état chargé des affaires européennes, a apporté son soutien à la résolution et a rappelé la position de la France dans le conflit israélo-palestinien.

Le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, avait déclaré le 28 novembre 2014 devant les députés que la France reconnaîtrait « sans délai » l’état de Palestine si une ultime tentative de résolution négociée sous l'égide de la communauté internationale échouait, évoquant un délai de deux ans.

Les initiatives françaises font suite aux votes par les parlements espagnol et britannique de la reconnaissance de l’état palestinien, qui a été reconnu par la Suède.

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 19:15

La police commence à évacuer les manifestants à Hong Kong (Reuters)

Les autorités d’Hong Kong ont commencé Jeudi 11 Décembre 2014 à faire évacuer le principal site occupé par les manifestants pour la démocratie depuis plus de deux mois.

Au petit matin, plusieurs centaines de policiers sont arrivés dans le quartier d'Admiralty, situé tout près des bureaux du gouvernement et de Central, le quartier des affaires, tandis que des ouvriers portant des casques de chantier utilisaient des cisailles pour faire tomber les barricades érigées par les manifestants.

Cette intervention fait suite à une décision de justice rendue mardi.

« Tout le monde doit suivre la décision de justice et partir immédiatement », a déclaré un huissier.

Les manifestants ont opposé peu de résistance. Ils ont rassemblé oreillers, couvertures et autres effets personnels qui se trouvaient à l'intérieur des tentes et se préparaient à partir.

« Certains de mes amis sont prêts à rester jusqu'au dernier moment, mais je vais m'en aller », a déclaré Lucy Tang, une étudiante de vingt ans. « C'est sûr, cet endroit va me manquer. C'est devenu mon chez-moi ».

Beaucoup avaient les larmes aux yeux en quittant le site. D'autres soulignent que ce mouvement pour la démocratie a remis de la vie dans le mouvement pour la démocratie.

« Le mouvement est un processus de réveil pour Hong Kong. Des gens, qui n'étaient pas intéressés par la police auparavant, le sont désormais et n'ont pas peur d'être arrêtés, notamment les jeunes », déclare Lee Cheuk Yan, député du Labour.

« Le mouvement pour la démocratie est plein d'énergie. C'est le passage du flambeau d'une génération à l'autre ».

« NOUS REVIENDRONS »

Une large banderole jaune portant un parapluie, symbole du mouvement et l'inscription « nous reviendrons » est déployée dans le centre de la voie où les manifestants ont campé. Des messages du même genre sont affichés sur les tentes.

Près de la base de l'Armée Populaire de Libération, l’armée chinoise, dans le centre de la ville, une immense banderole orange traversant les barricades clame « ce n'est que le début ».

L'évacuation n'est pas la fin du mouvement, déclare le chef de la Fédération des Etudiants d’Hong Kong, Alex Chow.

« On peut évacuer aujourd'hui, mais les gens reviendront dans les rues un autre jour », dit-il.

Près de la base de l'APL, on pouvait apercevoir, assis, le magnat de la presse, Jimmy Lai, qui soutient les manifestants par des dons et par les articles de ses journaux. A ses pieds, une pancarte conseille « restez calme ».

Environ sept mille policiers devaient être déployés en deux vagues pour réaliser l'évacuation, selon la presse de l’ancienne colonie britannique.

Avant l'évacuation finale, plus de dix mille personnes se sont massées mercredi soir sur le site, malgré les appels des autorités à rester à l'écart.

Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997 sous le régime « un pays, deux systèmes » qui donne à la ville plus d'autonomie et de liberté qu'au reste de la Chine communiste.

Les manifestants réclament une liberté des candidatures pour la prochaine élection du chef de l'exécutif d’Hong Kong, prévue en 2017. Le Parti Communiste Chinois à Pékin veut sélectionner au préalable les candidats qui se présenteront au suffrage des électeurs d’Hong Kong.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 21:20

http://www.publico.es/politica/558297/icv-euia-podemos-guanyem-y-proces-constituent-avanzan-hacia-una-lista-conjunta

ICV, EUiA, Podemos, Guanyem et Procès Constituant avancent vers une liste commune

Les formations, après avoir accepté un code éthique, travaillent pour « vertébrer » une candidature unique à la Mairie de Barcelone

Mardi 25 Novembre 2014

L’initiative pour toute la Catalogne (ICV) et le conseil d’EUiA de Barcelone ont validé le code éthique de l’accord avec Guanyem Barcelone, Podemos et Procès Constituant, qui suppose pour ICV-EUiA « un pas en avant dans la configuration d'une candidature de convergence » pour les élections municipales.

Selon des sources d’ICV-EUiA, ces formations et les plates-formes de travail pour « vertébrer » une candidature unique à la Mairie de Barcelone pourraient parvenir à un accord dans un mois et demi.

La candidature de Guanyem, qui dirige l'activiste Ada Colau, a indiqué que le code éthique signé par les cinq formations sera soumis à un processus de participation citoyenne du 26 novembre au 3 décembre. Guanyem a reconnu que c’est « la première grande rencontre de convergence entre les citoyens et diverses forces politiques » qui ont également rejoint le mouvement social.

Le code éthique qui sera présenté à partir de demain à la validation des citoyens contient des critères de transparence, de responsabilité, de financement et de mesures anti-corruption qui engageront tous les élus dans une candidature unitaire de ces forces politiques. La candidature de Guayem Barcelone a informé que le document final du code éthique est le résultat de trois mois de travail entre les différentes formations et des espaces politiques, ainsi que la somme des différents amendements citoyens présentés par plus de trois cent personnes à travers l'outil numérique DemocracyOS.

En outre, le texte a incorporé les amendements contenus dans une conférence municipale tenue le 10 et le 11 octobre. Parmi les propositions contenues dans le code de déontologie, il y a la fixation du salaire maximum pour une charge élective à deux mille deux cent euros.

Le projet de création d'un code d'éthique qui fixe de nouvelles règles pour gouverner les institutions publiques a été impulsé par Guanyem Barcelone, « comprenant la nécessité et l'urgence d'établir des mécanismes de transparence, de responsabilité et de limitation des salaires et des mandats de la politique institutionnelle et professionnelle ».

Guanyem Barcelone et les forces signataires, Podemos Barcelone, ICV-EUiA et Procès Constituant, la plate-forme impulsée par la sœur Teresa Forcades et l’économiste Arcadi Oliveres, considèrent que « les nouvelles formes de faire de la politique passent par une meilleur pouvoir de décision des citoyens dans les questions politiques ». Par conséquent, le document sera soumis à une ultime validation citoyenne, encore une fois grâce à l'outil DemocracyOS.

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10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 20:31

L’aile gauche du Parti Socialiste prête à en découdre sur la loi Macron (Reuters)

L'aile gauche du Parti Socialiste emmenée par Martine Aubry a confirmé Mercredi 10 Décembre 2014 sa volonté d'en découdre avec le gouvernement sur la loi Macron, y voyant un combat emblématique des différences idéologiques qui opposent les « deux gauches ».

Sortie cet été du silence médiatique qu'elle s'était imposée depuis l'élection de François Hollande en mai 2012, l'ancienne patronne du Parti Socialiste a pris la tête de la contestation à l'extension du travail du dimanche prévue par la loi Macron.

« Je combattrai cette régression pour notre société au niveau national comme dans ma ville », dit l'ancienne ministre du travail, qualifiant l'examen du texte au parlement de « moment de vérité » dans une tribune publiée par le Monde.

Présenté mercredi en conseil des ministres, le projet de loi pour la croissance et l'activité du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, prévoit de faire passer, sur autorisation du maire, le nombre des dimanches ouverts par an de cinq à douze.

Pour Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front De Gauche à la présidentielle de 2012, cette loi doit être torpillée grâce à une mobilisation dans la rue. « Il faut tracer une ligne d'arrêt sur laquelle nous pourrions remporter une victoire contre le libéralisme. Ce point d'arrêt, c'est le point Macron », explique le député européen.

Au Parti Socialiste, la contestation déborde du cadre de la trentaine de députés « frondeurs » qui s'abstiennent régulièrement de soutenir le gouvernement.

Cette fois, des élus socialistes font savoir qu'ils voteront contre le projet de loi s'il reste en l'état, une perspective qui, selon eux, rend son approbation incertaine sans l'utilisation du troisième alinéa du quarante-neuvième article de la constitution, qui permet au gouvernement de passer en force.

« Cela ne passe pas », assure le député frondeur Jean-Marc Germain, qui rappelle que les votes du budget n'ont été acquis qu'avec une marge de vingt voix. « Nous transformerons nos quarante voix d'abstention en voix contre et comme il n'y a que vingt voix d'écart entre les pour et les contre, cela ne passe pas ».

PEAU DE CHAGRIN

« Les budgets, c'est très difficile pour les députés de la majorité de voter contre, c'est l'appartenance même à la majorité, cette logique-là ne fonctionnera pas » pour ce texte, estime le député Laurent Baumel pour qui « la possibilité qu'un nombre important de députés votent contre ce texte existe ».

Ce dernier appelle donc le gouvernement à « retirer du texte les points les plus controversés ».

Un poids lourd de la majorité, qui est pourtant réformiste, estime que le gouvernement devra céder du terrain.

« A partir du moment où la majorité s'est rétrécie, on ne peut plus faire grand-chose », dit-il.

« Cela se réduit comme peau de chagrin. Sur le dimanche, il va devoir lâcher ».

Mais le premier ministre s'est dit mercredi « certain » de gagner la bataille parlementaire, tout comme le président du groupe du Parti Socialiste à l’assemblée nationale, Bruno Le Roux.

Accusé par la droite d'avoir abandonné toute volonté de réformer en profondeur l'économie française, Manuel Valls a au contraire proposé tout un agenda de réforme courant jusqu'à la fin du mandat de François Hollande, en 2017.

« La volonté réformatrice du gouvernement est intacte », a-t-il rappelé, ajoutant qu'il était prêt à un large dialogue avec sa majorité sans pour autant rogner ses ambitions.

D'autres voix au Parti Socialiste tiennent à relativiser les oppositions sur ce texte.

« Nous avions des débats qui étaient bien plus violents au moment du projet de loi de financement de la sécurité sociale », rappelle Juliette Méadel, porte-parole du Parti Socialiste, selon qui l’utilisation du troisième alinéa du quarante-neuvième article de la constitution ne sera pas nécessaire.

« Il y a des gens qui ne sont pas d'accord, d'abord ils ne sont pas majoritaires et ensuite il se trouve que sur ce texte, le gouvernement est dans une attitude de dialogue, donc je n'y crois pas », a-t-elle expliqué.

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